ExpoCam 2025 : développer un réseau de recharge électrique public pour les véhicules lourds

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L’un des principaux enjeux dans l’électrification du transport lourd au Québec, c’est l’infrastructure de recharge. Un camion électrique ayant besoin de beaucoup de temps pour se recharger complètement, les transporteurs sont souvent obligés de faire rouler leurs véhicules électriques sur des trajets limités qu’ils peuvent effectuer en une seule charge, ce qui affaiblit leur efficacité opérationnelle. Un système de recharge public pour véhicules lourds pourrait améliorer la chose.

La recharge d’un camion électrique se fait essentiellement au terminal. Ce procédé fonctionne convenablement pour les transporteurs interurbains, car ils ne vont se soucier de la recharge publique qu’en cas d’urgence. Mais l’évolution de la technologie pousse les transporteurs à envisager l’utilisation de véhicules lourds électriques sur des trajets longue distance.

«Plusieurs qui me disent : “on est conscient que ça s’en vient, des camions avec plus d’autonomie, puis bientôt on va vouloir faire du Montréal-Québec”. Et là, ça va nous prendre des stations le long des autoroutes», a déclaré Martin Archambault, délégué principal du développement des affaires – électrification des flottes et véhicules lourds à la direction Mobilité chez Hydro-Québec, lors du Forum sur la transition énergétique tenu à ExpoCam 2025.

Martin Archambault (Photo : David Simard-Jean)

Des stations spéciales

Un des objectifs d’Hydro-Québec est de faciliter le fonctionnement des bornes de recharge pour les utilisateurs. «Mais on ne peut pas faire un système qui fait en sorte que tu n’es pas capable d’utiliser ton véhicule parce que tu n’es pas capable d’utiliser la borne», a expliqué M. Archambault. «Il faut que ce qu’on déploie puisse répondre à tous les besoins et soit simple. Mais ce n’est pas toujours simple quand on y va avec la technologie en évolution.»

«Il faut que ce soit facile pour l’usager en bout de piste. On ne veut pas que l’usager ait à s’installer une suite d’applications sur son téléphone, ou à s’abonner et recevoir un paquet de 25 cartes d’accès à des réseaux, comme on le vit par exemple en Europe actuellement», a-t-il ajouté.

Il faudra notamment repenser les sites de recharge afin de subvenir aux besoins particuliers des véhicules lourds et mi-lourds. Ils devront notamment contenir un stationnement «prime», un réseau WiFi, une boutique d’accessoires pour les camions, une balance à camion, un lave-camion ainsi que des installations pour les besoins des camionneurs comme des salles de bain, une buanderie ou une salle de divertissement.

Cependant, Hydro-Québec a un problème particulier face à cela. «On s’installe de très beaux sites, mais contrairement, par exemple, à une pétrolière qui a déjà plein de sites qui lui appartiennent, nous, on n’en a pas. On est toujours installé sur le terrain de quelqu’un d’autre», a indiqué M. Archambault. «Quand tu installes deux bornes dans un stationnement pour véhicules légers, ce n’est pas trop mal, mais avec quatre bornes pour véhicules lourds, on vient à bloquer pas mal de place de stationnement pour le propriétaire.»

Projets en place

Hydro-Québec et Le Circuit électrique mènent en ce moment un projet pilote de stations publiques. Il prévoit quatre installations (à Montréal, à Laval, sur la Rive-Sud ainsi que sur la Rive-Nord) qui servent à tester le modèle urbain et périurbain. Le quatrième et dernier site est actuellement en installation.

Aussi, dans le cadre de la Stratégie québécoise sur la recharge de véhicules lourds, d’autres bornes seront installées le long des autoroutes 20 et 40, les premiers sites devant entrer en service dès cet été. «On a eu accès à une somme de 35 millions $ pour installer des bornes de recharge dans les prochaines années. Dès l’été qui s’en vient, des nouvelles stations vont apparaître, essentiellement le long des grands axes routiers de l’autoroute 20 et 40, l’idée étant de s’assurer que les corridors les plus couramment utilisés par les véhicules mi-lourds et lourds puissent commencer à s’électrifier tranquillement», a souligné M. Archambault.

Il y a également un projet de corridor de recharge publique entre la Ville de Québec et Toronto, en collaboration avec un partenaire ontarien. Il y a aussi une collaboration avec l’Institut du véhicule innovant pour la mise en place et l’essai d’une station avec une borne de recharge MCS, qui possède une plus grande vitesse de recharge, à l’aire de service de la Porte du Nord sur l’autoroute 15, à Saint-Jérôme.

Tous ces projets serviront à avoir une meilleure compréhension des stations de recharge publiques pour véhicules lourds. «Il est plus important de créer des petits succès que d’essayer de mettre en place une grosse station mal analysée qui ne répond pas à tous les besoins. On fait des petits pas, on apprend, et après ça on va être capable de déployer en grande quantité et en faisant des sites qui vont être fonctionnels», a affirmé M. Archambault.

Il a également mentionné qu’Hydro-Québec cherche toujours des partenaires privés, que ce soit pour trouver des emplacements ou pour l’installation de bornes de recharge. «On le sait que, dans le cas du véhicule lourd, il y a des joueurs qui sont déjà bien implantés dans l’énergie et qui ont l’intention et le désir d’utiliser leurs ressources pour mettre en service des stations de recharge, et c’est tant mieux», explique-t-il.

«On le dit souvent, au Québec, on est très bon en électricité et en bornes de recharge, mais on n’est pas des experts dans le transport de marchandises ou en véhicule lourd, donc il faut vraiment travailler en partenariat.»


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