Extrême inconduite

Avatar photo

Je ne sais pas pour vous, mais je remarque que les camionneurs, comme les automobilistes, ont une conduite de plus en plus téméraire.

Je conduis des camions depuis 1990 et la situation s’est particulièrement dégradée depuis quatre ou cinq ans. Je le constate et nos chauffeurs nous en parlent. Ils disent être témoins de comportements que l’on ne voyait pas avant. Ils partent souvent une bonne heure à l’avance parce que bien des gens ne savent pas conduire.

Pas plus tard que la semaine dernière, un camionneur m’a dépassé à 100 km/h par la droite, le capuchon de son chandail kangourou sur la tête bloquant sûrement son champ de vision.

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis fait doubler par la droite sur le boulevard Métropolitain par des automobilistes, des camions de livraison et des poids lourds. Je me fais couper par des autos qui passent de la voie de droite à la voie de gauche dans la même manœuvre sans jamais mettre de clignotant.

On se fait souvent dépasser par des camions dont la vitesse n’est clairement pas limitée à 105 km/h.

Comment en sommes-nous arrivés là?

Crédit: ministère des Transports du Québec
(Photo: MTQ)

Est-ce que nous montrons aux nouveaux conducteurs à conduire correctement? Et je ne parle pas seulement des camionneurs, mais aussi des automobilistes.

Est-ce que les automobilistes sont conscients des angles morts et des distances d’arrêt? Demandez à dix personnes ce que signifie le D placardé sur les camions de transport hors norme : cinq vont vous répondre que ça veut dire danger, et les cinq autres ne sauront pas ce que ça veut dire. Ça signifie «Dimensionné».

« Les automobilistes ne se méfient pas autour des camions parce qu’ils ne connaissent pas les risques. »

Les automobilistes ne se méfient pas autour des camions parce qu’ils ne connaissent pas les risques. On le répète depuis longtemps : les cours de conduite automobile devraient comprendre des notions sur la cohabitation avec les camions.

En tant qu’industrie, nous avons aussi un rôle de sensibilisation à jouer et nous devons engager et former  de bons chauffeurs. Je suis chanceux, nous avons un bon programme de recrutement et d’intégration des camionneurs. Même lorsqu’il nous manque des chauffeurs, nous n’engagerons pas n’importe qui.

Nous avons de très bonnes écoles de formation au Québec, mais quand les diplômés prennent la route, il est primordial de les accompagner.

Le gouvernement travaille à mettre en place un programme de formation obligatoire de base de 135 heures pour les aspirants camionneurs. J’applaudis cela. À mon sens, un chauffeur n’est jamais trop formé. Des histoires comme celle de Humboldt ne doivent plus jamais se reproduire. Mais 135 heures, ce ne doit être que le début. On pourrait facilement en exiger le double dans les prochaines années.

J’aimerais aussi dire quelques mots sur le gaz naturel comprimé (GNC), une énergie qui propulse 28 de nos camions depuis près de 10 ans.

L’électrification, c’est une bonne chose, mais le gouvernement du Québec met ses énergies dans l’électrification. Il faudrait en consacrer une petite partie au GNC. On semble vouloir sauter une étape et passer du diesel à la batterie et à l’hydrogène, en oubliant que le GNC est un carburant qui a sa place dans la transition énergétique.

L’arrivée du moteur au GNC de 15 litres va offrir de nouvelles possibilités dans l’industrie du transport routier de marchandises. Aux États-Unis, UPS a commandé 3 000 camions au GNC.

La batterie, c’est parfait pour la livraison du dernier kilomètre, pour le transport local et ça va apporter beaucoup à l’économie du Québec. Mais je demande au gouvernement de ne pas oublier ceux qui se sont lancés dans le GNC.

L’électrification a mis le GNC sur l’accotement, mais on a besoin du GNC pour faire la transition énergétique.

Avatar photo