Il est temps d’exiger une commission d’enquête sur l’industrie du camionnage
Avant 1998, ça faisait dur dans l’industrie du camionnage. Il y avait des camions tout croches, mal entretenus, dangereux. Il n’y avait pas d’encadrement obligeant les propriétaires et exploitants de véhicules lourds à respecter des normes réglementaires au risque de se voir interdire le droit de circuler. Puis est arrivée la Loi 430, conséquence directe de l’accident d’autocar qui avait fait 44 victimes aux Éboulements en 1997. Loi qui a mis en place des mécanismes et a attribué à la Commission des transports du Québec le pouvoir de sortir les délinquants de la route.
Il n’a pas fallu longtemps avant de voir apparaître des flottes rajeunies, des camions plus en ordre. En peu de temps, on avait mis en place un registre d’entreprises et un système de contrôle efficace avec des dents capables de déchiqueter le droit de circuler d’une entreprise de camionnage. Capable d’imposer une sanction qui fait mal, pas une amende ridicule.
Vingt-six ans plus tard, ça fait plus dur que jamais dans l’industrie du camionnage, mais pour d’autres raisons. On entend parler d’accidents de camions pas immatriculés et pas assurés. De centaines de milliers de dollars en frais de dépannage qui ne seront jamais payés. De camionneurs qui se sauvent littéralement en courant après avoir «versé» un camion sur l’autoroute. D’écoles de conduite qui acceptent des pots-de-vin pour délivrer des permis de conduire de classe 1 et qui inscrivent de fausses expériences de conduite au dossier du conducteur.

On se croirait au Far West avec des cow-boys qui se foutent carrément de tout. On a fait un retour en arrière avec de nouveaux délinquants à la puissance 10 qui transportent au rabais et illégalement, ceux qu’on appelle les Chauffeurs inc., engagés par des entreprises sans scrupules qui font de l’évitement fiscal. Les pirates des temps modernes.
C’est vraiment dans ce monde-là qu’on évolue maintenant? Mais qu’est-ce qui se passe?
Qui sont les expéditeurs qui les engagent, heureux d’économiser sur leur transport délinquant tout en se gargarisant de vertus environnementales, sociales et de gouvernance dans leurs rapports annuels? Savent-ils au moins à qui ils confient leurs marchandises?
Année après année, les gouvernements qui se sont succédé ont laissé aller et ont laissé empirer les choses. Nous avons publié notre premier article sur le sujet en 2013 et, depuis, le stratagème s’est propagé, traversant la frontière de l’Ontario et envahissant le Québec, du Lac-Saint-Jean jusqu’en Gaspésie, transportant au rabais les cargaisons des entreprises de camionnage qui payent leurs charges sociales, leurs assurances et leurs impôts.
Qui sont les expéditeurs qui les engagent, heureux d’économiser sur leur transport délinquant tout en se gargarisant de vertus environnementales, sociales et de gouvernance dans leurs rapports annuels? Savent-ils au moins à qui ils confient leurs marchandises?
Tout ce qui traine se salit, et le stratagème des Chauffeurs inc. traine depuis ridiculement longtemps. Il se propage partout et plus vite que jamais. Il cause un tort économique phénoménal aux entreprises de transport légitimes, mais aussi à tous les contribuables – on parle de pertes de milliards de dollars en charges sociales non payées. Et il cause un tort énorme à la sécurité avec ses faux permis et ses camions non assurés.
Les gouvernements, un après l’autre, regardent cela aller sans rien dire depuis 11 ans. Même si les instances gouvernementales disent que ça avance, dans les faits, ça n’avance pas.
Il est temps de réclamer une commission d’enquête dans l’industrie du camionnage, comme cela s’est fait dans d’autres industries, comme la construction. Il est temps d’exposer au public la situation gangrenée qui prévaut dans l’industrie, situation qui lui coûte des milliards et qui menace sa sécurité. Il est temps d’appeler à témoigner les acteurs et les victimes de ce stratagème, expéditeurs y compris.
Il est temps de faire le ménage.