Après avoir chuté en mai, l’Indice Scotia des prix des produits de base, qui évalue les tendances influant sur le prix de 32 des principales exportations canadiennes, a encore jeté du lest en juin, bien qu’il ne s’agisse que d’un léger recul de – 0,3 % en glissement mensuel. L’indice global n’a subi qu’une légère correction, soit – 2,8 % comparativement à son excellente performance d’avril 2011, et gagne tout de même 55,3 % sur le creux cyclique enregistré en avril 2009, après la « grande récession ».
« Le prix des produits de base négociés en bourse s’est stabilisé en juillet après la publication d’indicateurs économiques laissant entrevoir un “atterrissage en douceur” en Chine (PIB en 2011 : hausse de 9,5 % au 2e trimestre en glissement annuel, à peine moins élevée que la hausse de 9,7 % du 1er trimestre — et la production industrielle représentant 15,1 %) », révèle Patricia Mohr, vice-présidente, Études économiques, et spécialiste, Marché des produits de base à la Banque Scotia. « Cependant, un indice instantané des acheteurs établi pour le mois de juillet laisse à penser que les marchés ralentiront ce mois-ci. Il y a de fortes chances que la Chine resserre encore sa politique monétaire pour combattre l’inflation (augmentation de 6,4 % de l’IPC en juin en glissement annuel), ce qui représentera probablement un défi pour les décideurs à Beijing. »
Le cours du baril de WTI et de Brent a aussi vu une reprise fin juillet, à 99 $ US et 118 $ US respectivement, après un bref recul entraîné par une augmentation de la production de l’Arabie Saoudite et la vente de stocks stratégiques par l’AIE (annoncée le 23 juin).
« La baisse du prix des produits de base en juin était surtout le fait du pétrole et du gaz (- 3,2 % en glissement mensuel) », ajoute Mme Mohr. « De fortes baisses du prix du brut léger et lourd en Alberta et le prix légèrement en baisse du propane à Edmonton et à Sarnia ont plus que neutralisé les prix légèrement supérieurs des exportations de gaz naturel. »
Par ailleurs, l’indice des métaux et des minéraux a gagné 0,1 % en glissement mensuel en juin. Bien que les prix des métaux précieux et de base étaient inégaux, le prix du cuivre sur le marché des métaux de Londres a progressé à 4,10 $ US la livre et a enregistré d’autres gains en juillet (jusqu’à 4,44 $ US le 26, à 3,6 % du sommet de tous les temps, soit 4,60 $ US atteint le 14 février 2011).Après avoir procédé à la liquidation de leurs stocks pendant la majeure partie de 2011, les fabricants et les négociants chinois ont encore augmenté leurs importations en juin étant donné la vigueur sous-jacente de la demande de cuivre pour les appareils de climatisation, le transport d’énergie dans les villes et les habitations à loyer modéré.
Le prix au comptant de la potasse de catégorie standard (FAB Vancouver), dont la marge garantie du fret maritime est établie au port, a grimpé de 445 $ US la tonne en mai à 481 $ US en juin et à 490 $ US en juillet (une hausse de 111 $ US depuis décembre). Étant donné la vigueur de la demande, BPC et Canpotex ont réussi à augmenter deux fois leurs prix cette année au Brésil et en Asie du Sud-Est, et on s’attend à une troisième augmentation (entre 30 et 40 $ US), applicable cet automne. De janvier à mai 2011, les importations brésiliennes de chlorure de potassium ont bondi de 48 % en glissement annuel; le Canada en a vendu un peu plus d’un million de tonnes et a ainsi arraché une part de marché de 35,1 % (tout juste derrière le Bélarus, dont la part s’élève à 38,8 %).
L’indice des produits forestiers a lui aussi gagné 1,4 % en glissement mensuel en juin avec le rebond saisonnier du prix du bois d’œuvre et des panneaux OSB et après avoir chuté en mai tout juste au-dessus du coût direct moyen des scieries. Le nombre de mises en chantier a augmenté aux États-Unis et atteint 629 000 unités annualisées en juin, les unités à plusieurs logements représentant plus de la moitié de ce gain.
L’indice des produits agricoles, tiré par le prix du canola, a affiché un autre gain appréciable en juin et gagné 1,8 % en glissement mensuel. Le prix au comptant du canola à Vancouver — un oléagineux faible en gras trans utilisé surtout pour la fabrication de l’huile végétale, de la margarine et des sauces pour salade — a bondi à 608 $ CA la tonne (+ 2,3 % en glissement mensuel et + 40 % en glissement annuel).
Aux États-Unis, le prix du maïs au Chicago Board of Trade (sans doute le prix des céréales et des oléagineux ayant le plus d’incidence sur le prix mondial des aliments) a reculé à 6,89 $ US fin juillet après avoir établi un record de 7,87 $ US le boisseau le 10 juin 2011, puisque le département américain de l’Agriculture a fortement révisé à la hausse le volume de plantations printanières de maïs aux États-Unis. Malgré ces hypothèses très favorables relatives aux plantations et aux rendements, que plusieurs observateurs estiment trop optimistes étant donné la chaleur qui s’est récemment abattue sur le continent, la vigueur de la demande internationale réduira le ratio stocks en fin d’année/consommation du maïs aux États-Unis de 6,6 en 2010-2011 à seulement 6,5 en 2011-2012, soit près de la moitié seulement de la moyenne de 13,7 % enregistrée au cours des dix dernières années. Cette situation donne à entendre que la demande en engrais et le prix des céréales resteront élevés.
« Puisqu’il est probable que l’expansion économique des pays du G7, restreinte par les programmes d’austérité visant la réduction des importantes dettes et des lourds déficits gouvernementaux, sera lente pendant quelque temps, il est essentiel que les Canadiens partent à la recherche de possibilités d’exportations et d’investissements directs dans le “monde émergent”, tout particulièrement dans la région de l’Asie-Pacifique et en Amérique latine », estime Mme Mohr. « Dans ce contexte, un accord de libre-échange de biens et de services avec l’Inde, combiné à un accord sur les investissements, serait particulièrement bienvenu et procurerait de précieuses occasions pour les exportateurs canadiens tout comme pour l’Inde. Le ministère canadien du Commerce international a lancé les négociations avec l’Inde en novembre 2010 et les reprendra cet automne. »
Le 25 juillet, le prix au comptant de l’or a établi un nouveau record, 1 624,07 $ US l’once, avec l’impasse sur le plafond de la dette américaine.Le calendrier de l’augmentation du plafond de la dette, qui s’établit aujourd’hui à 14,29 billions de dollars américains, pour éviter le défaut de paiement, et la crédibilité des mesures proposées de réduction du déficit sont en jeu. Bien que l’Union européenne ait adopté la semaine dernière un deuxième train de mesures d’aide financière pour la Grèce, la durabilité à long terme de ces mesures semble mise en doute, quoique les nouveaux pouvoirs accordés à la Facilité de stabilité financière européenne pour empêcher que la contagion se propage à d’autres pays ont représenté un point tournant opportun. Un défaut de paiement temporaire et sélectif de certaines obligations grecques étant une quasi-certitude, puisque des détenteurs privés d’obligations grecques ont volontairement accepté des échanges et des refinancements qui ont réduit de 21 % en moyenne la valeur nette actuelle de leurs titres, Moody’s a une fois encore abaissé la dette souveraine de la Grèce le 25 juillet. L’or mis à part, le franc suisse, qui a atteint un sommet par rapport au dollar américain le 25 juillet et se renforce comparativement à l’euro, semble être la devise de choix. L’or pourrait conserver son rythme pendant encore quelque temps.
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