Attrix Cap Nord : les défis de la relève du camionnage
Plusieurs entreprises de transport québécoises existent depuis des décennies, souvent dirigés par la même personne depuis leur fondation. Cependant, vient inévitablement le moment où cette direction doit être transmise à la génération suivante. Dans les entreprises familiales, cela signifie souvent léguer la compagnie à ses enfants, qui auront la lourde tâche de faire progresser l’entreprise tout en préservant son héritage.
C’est à ce défi que sont confrontés les quatre panélistes d’une conférence organisée lors de la conférence des utilisateurs Cap Nord d’Attrix, à Mont-Tremblant. Tous partagent un point commun : ils travaillent au sein de l’entreprise fondée par un membre de leur famille.

Trouver sa place dans l’héritage familial
L’un des plus grands défis évoqués par les panélistes est de réussir à se tailler une place dans la continuité de l’héritage familial. «Il faut être capable de chausser les souliers de son père, celui qui a fondé la compagnie. C’est un gros défi. Je crois qu’il faut avoir la passion du transport pour vouloir faire ce qu’on fait », a déclaré Marc-Antoine Petit, vice-président et propriétaire de Transport Petit, fils du fondateur Sylvain Petit.
Le partage des valeurs fondatrices demeure également essentiel. «L’important, c’est de garder sa couleur, de faire une introspection pour savoir quelles sont tes valeurs, comment tu veux gérer ta vie et la compagnie, et t’assurer que tes valeurs sont en lien avec celles de tes parents», a expliqué Jean-François Brossard, directeur Technologie et Innovation énergétique chez Location Brossard, fils du fondateur Guy Brossard.
Pour Marilyn Bourassa, directrice de flotte chez Transport Bourassa (entreprise dirigée par son père Jean Bourassa), le principal enjeu est de maintenir une harmonie entre la famille et les affaires :
«Il faut quand même penser au bien de la compagnie en général et s’entendre tous ensemble.»
Le respect à gagner au sein de l’entreprise
Être «l’enfant du patron» ne garantit pas automatiquement le respect ou la légitimité dans l’entreprise. Les panélistes ont confirmé qu’ils ont dû faire leurs preuves en commençant au bas de l’échelle.
«Ça a été un gros défi d’obtenir la notoriété et le respect des plus anciens employés», a souligné M. Petit, qui raconte avoir pris des cours de mécanique et commencé sa carrière comme mécanicien dans l’entreprise familiale.
Le respect passe aussi par la reconnaissance du rôle des employés. «Il faut être à l’écoute et trouver des solutions. Oui, on est une entreprise et le but, c’est d’avancer, mais à la base, sans les employés, on n’a pas d’entreprise», a affirmé Mme Bourassa.
Cette transition implique souvent un changement de style de gestion entre les générations. M. Brossard note ainsi la différence entre son approche analytique et stratégique et celle, plus opérationnelle, de son père.
Pour Brandon Abraham, vice-président des services corporatifs chez Simard Transport, cette différence se manifeste surtout dans la relation avec les employés :
«Mon père et mes oncles aiment nos employés et ont de bonnes relations avec eux, mais ils gardent une certaine distance. Moi, j’aime être ami avec tout le monde. C’est important d’avoir de bonnes relations, autant avec le personnel de bureau qu’avec nos chauffeurs.»
Les panélistes s’accordent aussi à dire qu’ils ont pu bénéficier du soutien de leurs proches dans la transition. « On parle de donner ou de léguer une compagnie, mais ça ne se passe pas comme ça. Ça demande de la préparation, du coaching, et ça, c’est précieux», a précisé M. Brossard.
Nouvelles technologies et transition énergétique
En prenant la relève, la nouvelle génération doit également composer avec des défis inédits auxquels leurs parents n’avaient pas été confrontés.
D’abord, l’adoption rapide des nouvelles technologies : «Nos parents ont connu l’arrivée d’Internet et des téléphones cellulaires, des technologies qui prenaient des années à maîtriser. Nous, on a quelques minutes pour les apprendre. C’est ça la grande différence», a expliqué Mme Bourassa.
Ensuite, la transition énergétique, devenue incontournable dans le secteur. Transport Bourassa, Location Brossard et Simard Transport ont déjà commencé à intégrer des véhicules électriques à leur flotte — toujours dans l’optique de répondre aux besoins de leurs clients.
«C’est sûr que l’environnement est super important, mais notre responsabilité, c’est de ne pas imposer les véhicules énergétiques à nos clients, mais de leur offrir cette solution», a souligné M. Brossard.
M. Abraham abonde dans le même sens : «L’important pour nous, c’est d’être là pour nos clients. S’ils veulent réduire leurs émissions, il faut pouvoir leur offrir une solution adaptée.»
Pour M. Petit, il n’y a pas de secret : évoluer est essentiel à la survie de l’entreprise. «Tu n’as pas le choix d’avancer et d’être au courant des nouvelles technologies. Si tu n’avances pas, tu te fais sortir. Pour être le meilleur, il faut évoluer.»
Malgré ces changements, la relève demeure fidèle à l’esprit familial qui a bâti leurs entreprises.
«On n’aurait pas une compagnie familiale depuis 75 ans si on n’avait pas su s’adapter et innover. La façon de faire d’avant est différente, mais on va trouver nos propres solutions pour continuer à faire grandir l’entreprise», a conclu M. Abraham.
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