Attrix Cap Nord : naviguer dans le «Messy Middle»
Même si elle a pris du recul ces derniers temps, la transition énergétique demeure un enjeu majeur pour l’industrie du camionnage au Québec. Elle ne se fera toutefois pas uniquement par l’électrification des flottes, mais par une diversité d’énergies, comme l’ont rappelé les intervenants d’un panel consacré au «Messy Middle», tenu lors de la conférence des utilisateurs Cap Nord d’Attrix à Mont-Tremblant.

Complémentarité d’énergies
L’objectif de la carboneutralité en 2035 au Québec a été revu, sans être abandonné. La transition énergétique se poursuit, mais avec des cibles et des rythmes mieux arrimés aux réalités opérationnelles – une vision plus réaliste, selon les panélistes.
«La transition va continuer, mais à un rythme différent, sans justement venir imposer certaines technologies à l’industrie qui sont un peu moins prêtes que d’autres», a déclaré Marc-André Caza, directeur général des ventes pour le marché routier au Québec chez Cummins.
«Avoir tout réajusté, ça montre une prise de conscience : on essaie de faire quelque chose de plus réaliste, tout en maintenant l’ambition de poursuivre dans cette direction», a ajouté Sylvain Cabanetos, directeur du développement des affaires chez Chargepoly. «On garde le cap, mais avec une vision plus réaliste de ce qui est possible de faire.»
Pour les panélistes, le «Messy Middle» reposera sur une complémentarité d’énergies: les véhicules électriques seront les plus efficaces en zones urbaines et sur de courtes distances, alors que le GNC et l’hydrogène constitueront de meilleures options pour le transport longue distance.
«À mes yeux, c’est une palette de technologies à essayer, à comparer et parfois à combiner dans une flotte. Ce n’est pas une solution unique, mais un éventail d’options à considérer, tester, analyser et mesurer selon le contexte de chaque transporteur», a affirmé Richard Prévost, spécialiste en formation, analyse et vente de GNC pour camions chez EBI Énergie.
«Il ne faut pas nourrir le combat du “meilleur choix” technologique. Au contraire, je ne vois personne avec un coffre à outils qui contient un seul outil.»
Tester et vérifier
Pour faciliter cette transition, il faut valider la faisabilité opérationnelle et économique des projets, tout en arrimant les programmes de subventions. «Peu importe la technologie qu’on implante ou le rythme d’adoption, il faut que ce soit faisable, logique, et soutenu par les subventions lorsqu’elles sont nécessaires», a indiqué M. Caza.
Il est donc essentiel de commencer par de petits projets pilotes. «Il faut faire les pilotes à la taille, ou capturer les données à l’échelle à laquelle vous les utiliserez», a précisé Dean Gillson, directeur principal des opérations chez Fleet Optics.
Selon lui, la télématique est un atout majeur pour planifier la transition énergétique, car elle permet d’analyser en détail les données de performance. «Regardez où vous avez des temps d’itinérance élevés, des temps d’attente longs, ou la proximité des dépôts. Utilisez ces données pour cibler les trajets répétitifs et assigner le bon véhicule au bon usage, celui qui offrira le meilleur rendement sur l’investissement en capital», a-t-il expliqué.
Les enjeux de l’infrastructure
Le principal défi de la transition énergétique demeure la mise en place d’une infrastructure de recharge adaptée à chaque type de carburant. Il faut planifier tôt et mobiliser des partenaires comme Hydro-Québec ou les réseaux de gaz naturel et d’hydrogène afin de développer les points de ravitaillement nécessaires.
M. Cabanetos souligne l’importance de bien dimensionner les installations : «Une infrastructure surdimensionnée serait un gaspillage énergétique. Si on sous-utilise la puissance installée, on déploie inutilement une capacité trop importante pour les besoins réels.» Il ajoute que la mutualisation des bornes entre entreprises est une piste à envisager.
Le ravitaillement en GNC et en hydrogène pose des défis techniques supplémentaires – ce qui n’est pas nécessairement négatif. «Bien sûr, il y a des différences de maturité entre les infrastructures d’hydrogène et celles du gaz naturel», a expliqué M. Caza. «Mais c’est une bonne nouvelle, car cela renforce le message de complémentarité technologique : plusieurs solutions peuvent coexister au sein d’une même flotte.»
Selon M. Prévost, l’idéal est de miser sur des corridors dédiés, permettant des partenariats avec des concessionnaires ou des détaillants comme EBI Énergie : «Il faut identifier des routes où il existe déjà des services adaptés au camionnage et au ravitaillement.»
L’importance d’être bien accompagné
Les panélistes ont également insisté sur la nécessité d’un accompagnement spécialisé. «N’ayez pas peur d’être accompagnés dans votre transition, car ça peut être rock’n’roll à certains moments. Assurez-vous d’avoir les bons experts autour de vous», a recommandé M. Caza.
Il est aussi essentiel d’impliquer les employés, notamment les chauffeurs qui utiliseront les nouveaux véhicules. «Ce n’est pas une décision hiérarchique de faire la transition, a rappelé M. Cabanetos. Impliquer les équipes, offrir de la formation, faire le suivi et écouter leurs commentaires, c’est fondamental.»
Enfin, M. Gillson a insisté sur la collaboration entre transporteurs et clients dans la planification énergétique : «Les difficultés que nous avons rencontrées et les leçons que nous avons apprises viennent de cette communication constante entre transporteurs et clients. L’utilisation de ces données permet de prendre des décisions précises et partagées.»
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