Budget du Québec : le ministre Girard mise sur la bonne foi de Trump et le commerce interprovincial
Le budget du Québec déposé hier par le ministre des Finances Eric Girard annonce un déficit record de 13,6 milliards $ pour l’exercice 2025-2026. Plusieurs postes de dépenses verront leur croissance ralentie afin de tenter de maintenir le navire à flot.
Ça, c’est si tout va vraiment, vraiment très bien. Parce que ce scénario repose sur la possibilité que l’administration Trump recule sur la question des tarifs douaniers, les réduisant à 10 % et les limitant dans le temps.

« Le ministère des Finances fonde son analyse sur une hypothèse de base prévoyant que les droits de douane imposés par les États-Unis pourraient être ajustés au cours des prochains mois, que leurs effets seraient en moyenne équivalents à des tarifs de 10 % et qu’ils pourraient être en place pour une période transitoire d’environ deux ans », peut-on lire dans un communiqués émis par le gouvernement dans la foulée du dépôt du budget.
C’est optimiste, convient Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).
« Si les tarifs sont plus élevés que ce que le gouvernement a anticipé dans ses prévisions, il est certain que le budget n’aura plus la même valeur pour tenir la route », analyse M. Cadieux.
Camionnage interprovincial
Le ministre Girard écrit par ailleurs dans son budget de 458 pages que le Québec entend contribuer aux efforts visant à renforcer le commerce intérieur au Canada, afin de réduire la dépendance au marché américain.
« Il participe entre autres à la réalisation d’un projet pilote visant la conclusion, d’ici la fin de l’année 2025, d’une entente de reconnaissance mutuelle touchant le secteur du camionnage », écrit le ministre des Finances.
Le gouvernement du Québec mise ainsi sur la réussite de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC).
« Face aux menaces tarifaires américaines, le Québec collabore étroitement avec les autres provinces et territoires et le gouvernement fédéral en vue de stimuler les échanges et de réduire, lorsque possible, les obstacles au commerce interprovincial », peut-on lire dans le budget Girard.
Fiscalité et camions zéro émission
Élément qu’ont relevé à la fois l’ACQ et Propulsion Québec, la grappe des transports électriques et intelligents : le rétablissement de mesures d’amortissement accéléré au taux de 100 % dès l’année d’acquisition pour les véhicules zéro émission.
« Nous avions recommandé le rétablissement de mesures d’amortissement accéléré, notamment sur les technologies propres et les véhicules zéro émission et le gouvernement nous a entendus. Ces mesures viennent alléger la pression sur les liquidités pour des entreprises qui investissent massivement en immobilisation dès la première année », déclare Michelle LLambías-Meunier, PDG de Propulsion Québec.
L’électrification de l’industrie passe invariablement par le programme Écocamionnage, les camions électriques étant hors de portée pour l’immense majorité des transporteurs s’il n’y a pas d’incitatifs gouvernementaux pour en faire l’acquisition, surtout en cette période de tumultes économiques et à l’approche d’une nouvelle vague de tarifs douaniers le 2 avril.
Or, le budget Girard est complètement muet au sujet de ce programme, il n’apparaît nulle part.
À l’ACQ, Marc Cadieux dit que des communications internes entre l’association et le gouvernement laissent présager que le programme pourrait être relancé au cours des prochaines semaines. Il doute fortement que ce soit avant le 1er avril, toutefois.
« Il y a encore beaucoup de tractations en ce moment entre le ministère de l’Environnement et le ministère des Transports sur les inclusions et les exclusions au programme », indique M. Cadieux en entrevue à Transport Routier.
Les discussions porteraient sur la place à accorder aux carburants alternatifs, dont le gaz naturel, au sein du programme Écocamionnage.
De son côté, Propulsion Québec dit regretter que le budget n’ait pas été l’occasion d’annoncer officiellement la reconduction d’Écocamionnage, ce qui aurait permis de calmer certaines incertitudes.
Au ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD), la porte-parole Sarah Bensadoun a reçu nos questions quant à la reconduction du programme Écocamionnage, ses modalités et ses budgets, et se dit confiante d’obtenir des éléments de réponse dans les prochains jours.
Réseau routier
Le budget prévoit par ailleurs des investissements de 3,4 milliards $ « pour réaliser d’importants travaux de réhabilitation, poursuivre le développement du réseau et améliorer la fluidité de la circulation ».
Une importante proportion, 85 %, de ces investissements sera consacrée au maintien en bon état des infrastructures routières.
C’est un pas dans la bonne direction, estime l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), qui rappelle que ce taux était de 82 % l’an dernier.
« L’ACRGTQ reconnaît une prise de conscience par les décideurs publics quant à l’entretien des infrastructures de transport », dit l’organisation par voie de communiqué, ajoutant néanmoins que ces investissements devront être encore augmentés dans les années futures pour renverser la tendance en matière de déficit de maintien des actifs.
Notons par ailleurs que le gouvernement du Québec injecte 250 millions $ pour aider les municipalités à entretenir et améliorer leurs propres réseaux routiers locaux.
Formation des chauffeurs
Élément positif relevé par l’ACQ : la volonté renouvelée d’imposer une formation minimale obligatoire de 125 heures aux apprentis chauffeurs qui passent par le réseau des écoles de conduite privées.
Marc Cadieux estime qu’une telle mesure est absolument essentielle, dans le contexte actuel de chauffeurs au rabais qui obtiennent un permis de classe 1 par différentes méthodes, parfois douteuses, mais n’ont absolument pas les compétences requises pour conduire un poids lourd de façon sécuritaire sur nos routes.
Avec ce projet de loi, adopté par le gouvernement mais toutefois pas encore en vigueur souligne le PDG de l’ACQ, les écoles privées de formation de chauffeurs feront l’objet de vérifications pointues quant au contenu enseigné et à la compétence des formateurs.
« Ce sera monitoré par la SAAQ à savoir si les curriculums sont bien donnés et sont bien transmis, avec les normes établies par le programme de formation », se réjouit M. Cadieux.
Le camionnage : maillon oublié de l’aide gouvernementale?
Ce qu’il n’y a pas dans le budget, ou à tout le moins pas suffisamment selon Frédérik François, conseiller aux affaires économiques et fiscales de l’ACQ, ce sont des mesures concrètes d’aide aux entreprises de camionnage, au-delà du secteur manufacturier.
« On peut comprendre qu’une entreprise qui va être directement touchée par les droits de douane va être aidée, mais il y a quand même tout l’écosystème autour qui va être pénalisé. Est-ce que le camionnage par exemple, pourrait avoir quelque chose puisqu’il va certainement y avoir une baisse assez importante du niveau de mouvements de transport? », se questionne l’experts de l’ACQ.
Il y a en effet une corrélation directe entre la vigueur du commerce et l’industrie du camionnage puisque plus de 70 % des exportations du Québec vers les États-Unis sont transportées par camion.
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