Camionnage à Montréal : l’ACQ fulmine d’être tenue à l’écart des discussions
La Ville de Montréal a présenté vendredi dernier son plan de transition de la logistique urbaine, qui vise notamment à retirer les plus gros véhicules commerciaux de certaines artères et à décarboner au maximum les camions qui circulent dans ses rues.
Seulement, elle l’a fait sans consulter ni tenir compte de l’expertise du plus important regroupement d’entreprises du camionnage du Québec, l’ACQ, qui a pourtant son quartier général sur la rue Notre-Dame à Montréal. Et ça déplaît souverainement à son président-directeur général, Marc Cadieux.

En réponse à nos demandes de précisions à savoir si des mesures coercitives (contraventions, amendes ou autres pénalités) seraient menées à l’endroit des entreprises de camionnage qui sortiraient du cadre établi par les autorités municipales, le porte-parole Hugo Bourgoin nous a fait parvenir un courriel dans lequel il explique que « la Ville considère qu’il faut accompagner les entreprises dans une phase de transition pour réduire les impacts négatifs des livraisons dans les milieux de vie et assurer une cohabitation harmonieuse sans pour autant nuire à l’activité économique et à la vitalité commerciale. »
Le porte-parole de Montréal ajoute que la Ville envisage à la fois des mesures incitatives et dissuasives, incluant de faire appel aux policiers du SPVM.
Avant d’en arriver là toutefois, Montréal dit vouloir d’abord « bien comprendre la réalité opérationnelle des transporteurs pour concevoir des projets pilotes cohérents et bien communiquer ses intentions. »
Une table de travail a été mise sur pied afin de favoriser des discussions directes avec l’industrie, dit-on à la Ville.
Cependant l’équipe de Sophie Mauzerolle, l’élue responsable des transports et de la mobilité au comité exécutif de Montréal, n’a pas invité l’Association du camionnage du Québec (ACQ) à siéger à cette instance pour discuter des différents projets pilotes qui sont sur la planche à dessins.
« Des coûts qui vont exploser »
« C’est quand même une aberration de comprendre que la Ville qui veut élaborer des réalités opérationnelles dans le domaine de la livraison n’ait pas communiqué avec la plus importante association au Québec », réagit dans un premier temps le PDG de l’ACQ, Marc Cadieux à l’occasion d’une entrevue à Transport Routier.
Il explique par ailleurs qu’il n’est pas rare que des transporteurs fassent appel à lui, plutôt qu’à la Ville, lorsqu’ils rencontrent des problèmes liés à des infrastructures municipale, par exemple des colonnes bollard qui limitent leur circulation, parce qu’ils n’arrivent pas à obtenir des réponses des autorités de Montréal.
« C’est l’illustration d’un groupe politique complètement déconnecté », déplore M. Cadieux.
Le porte-parole de l’ACQ estime par ailleurs que réduire la taille des camions qui circulent à Montréal aurait forcément pour effet de multiplier le nombre de camions plus petits dans les rues et boulevards de la métropole.
« Ça nécessite évidemment plus de main-d’œuvre pour gérer et déplacer la même quantité de marchandises. Si ça prend quatre camions pour remplacer un 53 pieds, c’est quatre camions, c’est quatre chauffeurs. On s’en va à Montréal vers un coût de transport des marchandises qui va exploser et qui bien sûr va se répercuter et s’appliquer sur la facture du consommateur », prévient M. Cadieux.
Tenir compte des Morneau, des Robert, des Guilbault
Il répète ne pas comprendre que la Ville de Montréal, qui dit pourtant avoir collaboré avec de nombreux partenaires, n’ait pas inclus l’ACQ dans ces discussions.
Selon lui, les petites compagnies de livraison de colis avec qui les dirigeants municipaux semblent avoir l’essentiel des pourparlers, « ne détiennent pas le palmarès de toutes les réalités de la livraison, du transport de marchandises à Montréal. »
« J’ai des Morneau, j’ai des Robert, j’ai des Guilbault qui font beaucoup d’alimentation, qui ont ces réalités-là. Si cette association que nous sommes n’est pas consultée alors qu’on regroupe les plus grands transporteurs au Québec, on a un problème », se désole le PDG de l’ACQ.
« Sophie Mauzerolle est à nos événements de l’industrie, elle connaît mon nom, j’ai son cellulaire, elle a le mien. Alors ce n’est pas très difficile pour elle de dire à ses fonctionnaires qui sont responsables de ces plans-là : “il faut que vous invitiez l’Association du camionnage à venir s’asseoir” », lance M. Cadieux à la responsable des transports au comité exécutif de la Ville de Montréal.
Have your say
We won't publish or share your data