Claude Gizelo, l’homme au franc-parler derrière la naissance et la croissance de Prince Services Logistiques

Claude Gizelo, le propriétaire de Prince Services Logistiques, m’a donné rendez-vous sur le chantier de ses nouvelles installations à Franklin, près de la frontière américaine. Un garage de 30 portes et des bâtiments d’entreposage viennent tout juste d’être construits sur le terrain de plus d’un million de mètres carrés qu’il a acquis pour remplacer les installations désuètes de la rue Notre-Dame à Montréal.

Généreux de me recevoir en plein cœur des travaux, il me fait faire le tour du propriétaire et s’étonne lui-même de l’ampleur que sa compagnie a prise. « Même si la surface en pieds carrés est supérieure à Montréal, la configuration ici permet de mieux constater ce que nous sommes devenus. »

Prince compte 441 tracteurs et 739 remorques, ce qui la place au 9e rang de notre Top 25 des plus grandes flottes publiques du Québec 2025.

La relocalisation n’est pas faite par choix. « Je ne quitterais pas ce terminal sur la rue Notre-Dame. J’adore cet endroit. C’est comme chez moi, c’est ma maison depuis 30 ans. Mais là, il faut démolir parce que l’édifice est devenu trop vieux. »

M. Gizelo aurait pu chercher un autre emplacement à Montréal, mais il n’aurait pas pu trouver l’espace nécessaire à ses installations à un prix acceptable.

Claude Gizelo aux nouvelles installations de Prince à Franklin. (Photo: Steve Bouchard)

L’homme de 58 ans a un parcours fascinant. Il est authentique et a son franc-parler. « Je suis né à Montréal, mais j’ai grandi à Istanbul, raconte ce polyglotte dans un français à l’accent métissé. À la maison, on parlait grec, turc et français. »

Il est né à Montréal, mais ses parents sont allés vivre en Turquie quelques mois après sa naissance. À 18 ans, il quitte la Turquie, motivé par le désir d’éviter le service militaire. « Mon frère, qui avait fait son service militaire, m’a conseillé de ne pas aller là. »

À la fin des années 1980, il revient dans sa ville de naissance. Ce sera le début d’une aventure entrepreneuriale construite à force de volonté, d’instinct et de débrouillardise.

La base en affaires est simple pour Claude Gizelo : il faut trouver des solutions. Et c’est ce qui l’allume le plus au quotidien.

Les débuts dans le déménagement

Avec 3 000 $ en poche, Claude Gizelo achète un camion et se lance dans le déménagement au début des années 1990. Pourquoi avoir choisi le nom Prince ? « Parce que c’est bilingue », dit-il simplement.

Il enchaîne les contrats dans un contexte favorable : la vague souverainiste qui entraîne un certain exode hors du Québec. « On battait des records de déménagement dans ces années-là », se souvient-il.

La division déménagement a fermé définitivement en 2007, mais elle a laissé à Prince une qualité précieuse : sa rapidité d’adaptation. « Quand il y a une baisse, tu dois t’adapter à la baisse. Ça, ça vient de mon expérience en déménagement. Le volume se trouve en mai, juin, juillet, août, septembre. Ensuite, c’est bas. »

Une baisse, l’économie en a connu toute une après le 11 septembre. M. Gizelo s’est laissé tenter par le transport général par remorque fourgon, mais l’aventure fut brève. « Trois mois plus tard, j’ai dit à ma femme que ce type de transport me tuerait. Ce n’est pas payant. »

(Photo: Steve Bouchard)

Il fait alors un choix stratégique qui allait changer la destinée de l’entreprise : il se tourne vers le transport frigorifique. « Le réfrigéré, c’est plus exigeant, mais c’est une spécialité plus rentable et plus constante. »

Pendant quelques années, la Californie et la Floride étaient les destinations exclusives de Prince. Mais une diversification stratégique s’est opérée : aujourd’hui, l’entreprise couvre une vaste zone allant du Nouveau-Brunswick à Toronto, en passant par New York et le New Jersey. Le marché de la Californie, avec ses sécheresses, est devenu trop instable. Puis la pandémie en a rajouté. « Avant, on ne faisait pas de Toronto, ni de local, ni de Nouveau-Brunswick. Maintenant, je pense qu’on fait plus de local que n’importe qui au Québec. »

Parallèlement, une division de conteneurs a vu le jour il y a deux ans. M. Gizelo mise sur la résilience et l’autonomie : « Les importateurs québécois ont appris à ne plus dépendre uniquement des États-Unis », constate-t-il.

Un jour, je me suis réveillé… J’ai découvert que les Chauffeurs inc. ne payaient pas leurs impôts. Et ça, je n’étais pas d’accord.

La question des Chauffeurs inc.

Claude Gizelo est étonnant de transparence. Il admet sans ambages avoir fait appel à des Chauffeurs inc., une pratique à laquelle il a mis fin il y a une trentaine de mois. « Mon calcul était simple : je payais mes chauffeurs 70 sous du mille, et je payais les chauffeurs incorporés 70 sous plus TPS et TVQ. Mais un jour, je me suis réveillé… J’ai découvert que les Chauffeurs inc. ne payaient pas leurs impôts. Et ça, je n’étais pas d’accord. »

Il réalise très bien que, dans l’industrie, tout le monde n’est pas aussi blanc qu’il le prétend et que plusieurs jouent à l’autruche. « Quand un transporteur refile des voyages à une entreprise qui exploite une dizaine de camions, se préoccupe-t-il de qui fera ces voyages ? », demande-t-il.

Il blâme aussi les courtiers en transport qui vendent leurs voyages à des transporteurs de l’Ontario, sans savoir à qui ils les vendent. « Enlevez les courtiers en transport et vous aurez réglé une bonne partie du problème Chauffeurs inc. » Pour lui, la solution passe par des règles plus strictes, notamment interdire l’incorporation aux non-citoyens.

Le début d’un nouveau chapitre

Prince entame un nouveau chapitre de son histoire à Franklin, à un tout nouvel emplacement et dans des installations dernier cri. Les espaces d’entreposage de produits réfrigérés sont à un jet de pierre du nouvel atelier mécanique, un élément stratégique essentiel à la qualité de service que les clients du secteur alimentaire attendent de Prince. « Dans le transport alimentaire, les marges d’erreur sont minimes. On ne peut pas avoir d’excuses. Une pièce manquante, un retard, c’est un client perdu », explique Claude Gizelo.

Et les retards coûtent cher. « Chez Walmart, tu arrives avec une demi-heure de retard et tu as une amende de 2 200 $. Pourquoi le gouvernement accepte-t-il ça ? Ça incite les chauffeurs à aller plus vite et à être moins sécuritaires. »

On ne pourrait écrire un portrait de Prince Services Logistiques sans mentionner la nature familiale de l’entreprise et la relève qui prend sa place. Le fils, Marc-Andrew Gizelo, 28 ans, est répartiteur chez Prince. Sa sœur, Laïla-Yolanda, 25 ans, poursuit un D.E.S.S. en comptabilité professionnelle aux HEC tout en travaillant dans l’entreprise. L’épouse de Claude, France, prend en charge la comptabilité depuis les débuts de l’entreprise.

Les prochaines années s’annoncent excitantes et remplies de défis pour la famille Gizelo et son équipe. Les efforts se tournent présentement vers la mise en opération des nouvelles installations qui permettront à Prince de se développer. Et tant que Claude Gizelo sera à la tête de l’entreprise, chaque défi trouvera toujours sa solution.


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