Clément Belli, le camionneur photographe qui a traversé l’océan avec de grands objectifs

Clément Belli est quelqu’un qui sait où il va dans la vie, ce qui est une excellente chose pour un camionneur. Quand son avion s’est posé à l’aéroport de Dorval le 13 février 2019, l’homme originaire de Belfort en France avait déjà conclu un contrat d’emploi avec un grand transporteur québécois, chez qui il s’est familiarisé avec l’industrie du camionnage telle qu’elle se vit en Amérique du Nord.

Six ans plus tard, Clément qui a aujourd’hui 44 ans se souvient encore des circonstances précises de son arrivée au Québec.

Portrait de Clément Belli devant son camion
Clément Belli et son Kenworth W900. (Photo : Clem’s Pictures)

« Il y avait une tempête de neige. Un bel hiver! », lance en riant celui pour qui de telles conditions météo n’étaient pas (encore) familières.

Il s’est installé à Lévis, tout près du siège social de Transport Jacques Auger, pour qui il a fait du transport par remorques citernes. Le routier français était venu en reconnaissance chez nous l’année précédente et c’est là qu’il avait scellé une entente avec son employeur en devenir.

Mais pourquoi diable traverser un océan et laisser tout derrière soi pour exercer le même métier que celui qu’on occupe déjà en Europe?

« C’était un vieux rêve que je n’ai pas pu réaliser étant jeune. Ça s’est présenté à mes 37 ans et j’ai sauté sur l’opportunité de venir découvrir autre chose. Une autre culture, une autre façon de travailler, des paysages différents, des pays différents. »

L’attrait des gros camions américains et des grands espaces.

Lorsqu’on demande à Clément comment le camionnage d’ici diffère de ce qui se fait dans sa France natale, d’emblée il nomme les distances à parcourir, beaucoup plus grandes ici, ce qui a une incidence sur les heures de service.

« En Europe, on roule quand même moins. Les journées sont moins remplies qu’ici », a-t-il rapidement constaté.

Là-bas, le nombre d’heures de conduite maximal permis est de 9 heures, comparativement aux 13 heures du Canada.

« Il faut s’habituer, ça ne se fait pas tout de suite », dit-il au sujet des journées de travail plus longues sur notre continent.

Après avoir passé deux ans et demi chez Transport Jacques Auger, il a changé d’employeur et travaille depuis pour Les Distributions Malbert, de Saint-Georges en Beauce.

« Je me suis orienté vers le flatbed pour aller plus loin, pour découvrir autre chose que l’Ontario et le Québec », confie Clément.

« On ne fait pas d’ouest canadien. On y va, mais rarement. On fait beaucoup d’Amérique, partout aux États-Unis », précise-t-il.

Clément est devenu un habitué de l’ouest américain. Il sillonne par exemple les routes de l’Utah, de la Californie, de l’Arizona, du Nevada, de l’Oregon, de l’État de Washington ou encore du Wyoming, où il se trouvait incidemment au moment de notre entrevue téléphonique.

Il transporte beaucoup de matériaux pour alimenter des chantiers, des marchandises comme de l’acier ou des poutrelles de bois. Parfois aussi de la machinerie industrielle fabriquée au Québec mais destinée aux États-Unis.

« C’est vraiment varié, c’est ça qui est bien. »

Kenworth et Ski-Doo

« L’hiver, on va faire beaucoup de motoneiges », dit-il au sujet des produits BRP qui prennent le chemin de la Californie.

Parce que oui, il y a de la neige en Californie.

« À Sacramento, tu vas une heure dans les montagnes et tu as plus de neige qu’au Québec. J’ai été étonné la première fois qu’on m’a envoyé à San Francisco avec des motoneiges, mais c’est réel. »

Il a son propre camion attitré, un Kenworth W900 on ne peut plus emblématique de ce qu’est un poids lourd américain.

« Ce que j’aime dans le W900, c’est qu’il ait la classe, sans options qui parfois nous embêtent. Tu es très bien dedans, tu es confortable. C’est quand même très apprécié sur la route. Au moins une fois par jour j’ai des gens ou des enfants dans des voitures qui m’envoient des signes de la main, c’est plaisant. »

« C’est assez spacieux. J’ai la chance d’avoir deux lits. Je peux me mettre debout, je peux m’habiller, je suis très bien », précise-t-il au sujet de sa maison sur 10 roues.

Lorsqu’il quitte son Lévis d’adoption, il peut être parti 15 à 17 jours par voyage et il accepte bien ce mode de vie, même si ça empiète forcément sur la conciliation travail-vie personnelle.

« C’est le type de camionnage, t’as pas trop le choix en fait. Si on veut faire de la longue distance, t’as pas le choix que de partir le dimanche matin ou le dimanche midi pour être capable de livrer le jeudi dans la journée en Californie ou en Oregon ou dans l’État de Washington », observe-t-il.

Et puis, le déclic de la photo

Lorsque nous avons parlé d’objectifs en début d’article, on faisait bien sût référence à ses objectifs professionnels de camionneur, mais aussi aux objectifs qu’il fixe à son appareil photo pour capter des images à couper le souffle.

C’est que Clément Belli est aussi photographe professionnel, exploitant en parallèle de sa carrière de camionneur sa petite entreprise baptisée Clem’s Pictures.

Mécanicien travaille sous un camion
Clément a pris cette photo pour un groupe de concessionnaires, qui en a acquis les droits. (Photo : Kenworth Maska)

« Le monde de la photo, j’ai toujours aimé ça mais je n’ai jamais eu vraiment le temps », dit-il lorsqu’on lui demande d’où lui est venue cette autre passion.

« Les deux dernières année, je me suis retrouvé célibataire et j’ai commencé à faire de la photo pour passer le temps. Je me suis mis à 100% là-dedans et j’ai vu que ça plaisait aux autres, ça plaisait à ma compagnie aussi, j’avais des camions à disposition. C’est comme ça que ça a commencé. »

Sans surprise, les camions et les gens de camionnage sont ses sujets de prédilection. Lorsque nous lui avons parlé, il revenait d’une session de photos chez le Groupe Morneau pour y immortaliser une conductrice qui va figurer au calendrier 2026 de l’organisation Camionneuses Québec. Clément participe à la réalisation de ce calendrier depuis l’an 2020.

Lorsqu’il est aux commandes d’une séance de photos, celle-ci va durer environ deux heures. Pas beaucoup plus que ça parce que le temps est compté dans le camionnage et que les transporteurs sont souvent un peu nerveux lorsqu’un camion qui pourrait être sur la route et rapporter de l’argent est immobilisé.

Ce qui est bien par contre, c’est que puisque Clément est lui-même camionneur et détient son permis de classe 1, le client transporteur n’a pas à mobiliser de chauffeur pour d’éventuels déplacements du ou des véhicules vers des décors pittoresques où faire des photos.

« Je suis complètement autonome et ça facilite bien des choses, ça fait moins de stress au patron. »

Il aime bien photographier des camions tôt le matin dans le Vieux Québec, avant que commence l’heure de pointe.

« À 6h30, 7h00 le matin on est tranquilles. »

« Quand je vais faire des photos d’une fille qui conduit un camion ou d’un mécanicien en transport, je suis dans mon monde en fait, je me sens tout de suite comme chez moi. Les garages se ressemblent tous, les camions on sait comment les mettre en valeur. »

Il demeure cependant camionneur avant tout. La photo, c’est un hobby. Un hobby de calibre professionnel mais un hobby quand même.

C’est pour cette raison que l’horaire de ses séances de photos est plus souvent qu’autrement dicté par celui de son métier de camionneur.

Par exemple s’il a un contrat de photo prévu pour le dimanche matin, il peut très bien s’y rendre avec son camion et sa remorque et, une fois le travail terminé, prendre la route pour deux semaines aux États-Unis.

S’il est vrai qu’avec les cellulaires d’aujourd’hui les gestionnaires de flottes peuvent prendre eux-mêmes de très belles photos de leurs camions usagés à vendre ou encore d’événements qu’ils veulent afficher sur leurs médias sociaux, il y a des moments où il est préférable de s’adresser à un professionnel, estime Clément.

« Pour des calendriers ou même pour une mise à jour de site Internet, là on a peut-être besoin de passer dans une ligue professionnelle. C’est là que j’interviens », dit-il pour parler des séances où il met en vedette les chauffeurs, les gens de la répartition, de l’atelier d’entretien ou des membres de la direction qui doivent rafraîchir leurs photos corporatives.

« Dans la photo de camions, déjà il y a la grosseur de l’équipement. Il y a le fait de les déplacer. C’est ça qui est pas mal la différence. Il y a des véhicules d’exception, de collection, mais en général les véhicules travaillent assez fort au Québec, alors il faut faire attention aux petits détails », dit celui selon qui le fait qu’il soit lui-même camionneur contribue à rendre les gens plus à l’aise lorsqu’il les croque sur le vif.

« C’est dans les yeux. On voit une image, on voit quelque chose », dit-il, précisant qu’il faut évidemment parfois remettre de petits détails en place, comme une chaussure ou la chevelure de la personne photographiée.

Gros plan de phares de camion orangé
Même les éléments les plus banals comme des phares peuvent faire de magnifiques photos, si l’on sait choisir l’angle et la lumière. Celle-ci a été prise au Diesel Fest de Mirabel et met en vedette le camion de Mikael René Lauzé. (Photo : Clem’s Pictures)

Il n’y a pas de photo réussie par surprise, tous les aspects techniques sont calculés de façon presque militaire. Clément n’arrête pas de prendre des clichés tant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il recherchait.

« Là où j’ai de la surprise, c’est en rencontrant des gens. Avec des mécaniciens, des camionneurs ou des camionneuses, là j’ai de la surprise parce que ces gens, ce n’est pas leur métier de poser. Mais on arrive à sortir des choses incroyables et à avoir du plaisir avec les gens », dit-il.

Il y a une expression courante en France qui dit que « Les routiers sont sympas », expression qui est née d’une émission de radio destinée aux camionneurs qui roulent de nuit. Force est d’admettre qu’ils continuent d’être aussi sympas lorsqu’ils migrent chez nous!

Pour avoir un aperçu du travail de photographe de Clément Belli, en plus des photos qui apparaissent dans ce texte et dans la galerie ci-dessous, nous vous invitons à visiter sa page Facebook ou à communiquer avec lui via la fonction de clavardage de son site Web. Il répond toujours rapidement.

Galerie de photos

(Photo : Clem’s Pictures)
(Photo : Clem’s Pictures)
(Photo : Kenworth Maska)
(Photo : Clem’s Pictures)
(Photo : Clem’s Pictures)
(Photo : Clem’s Pictures)
(Photo : Clem’s Pictures)


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