Conférence FTR : la faiblesse des commandes, l’augmentation des inventaires et l’incendie d’une usine de miroir ont un impact sur les livraisons de matériel
Le marché nord-américain du fret reste faible, ce qui atténue la demande de nouveaux camions de classe 8 et surtout de remorques.
Mais les coûteuses normes d’émissions EPA27 devraient augmenter le coût d’un camion de classe 8 de plus de 20 000 $, ce qui amène certains à se demander si un préachat donnera un peu de vie aux commandes de camions dans les mois précédant janvier 2027.

Le marché du fret a été «stagnant» cette année et ne devrait pas connaître d’amélioration avant la fin de l’année prochaine, a déclaré Dan Moyer, analyste principal des véhicules commerciaux chez FTR, lors de la FTR Transportation Conference 2024.
Les commandes actuelles se situent à des niveaux de remplacement, les flottes ne cherchant pas à augmenter leur capacité dans un marché du fret faible. Les commandes de véhicules de classe 8 sont en hausse de 14% depuis le début de l’année, mais cela s’explique par un début d’année en fanfare. Depuis, les commandes se sont essoufflées et ont atteint des niveaux inférieurs à ceux de l’année précédente au cours des derniers mois, a fait remarquer M. Moyer.
Entre-temps, une usine de miroirs au Mexique a été touchée par un incendie en avril, ce qui a entraîné la production de quelque 10 000 unités «red tag», c’est-à-dire celles qui n’ont pas pu être terminées parce que l’usine de miroirs approvisionnait l’ensemble de l’industrie.
«À partir du mois de juillet, les livraisons des usines ont recommencé à augmenter», a indiqué M. Moyer.
Les fabricants ont maintenu les niveaux de production, en réduisant les arriérés et en augmentant les inventaires, principalement pour éviter de licencier des travailleurs dont on aurait désespérément besoin en cas de préachat pour l’EPA27.
Les délais de livraison des nouveaux camions sont actuellement d’environ 4,2 mois, soit le bas de la fourchette normale de quatre à six mois, et, selon M. Moyer, «proche du point où les fabricants devront probablement réduire leur production.»
Les ventes au détail de poids lourds en Amérique du Nord sont en baisse de 13 % depuis le début de l’année, par rapport à la même période l’année dernière, tandis que les inventaires ont bondi de 48 %, en partie à cause de l’incendie de l’usine de miroirs et des unités «red tag» qui n’ont pas pu être achevées.
FTR prévoit des commandes nord-américaines de véhicules de classe 8 de 308 000 unités cette année, qui tomberont à 280 000 l’année prochaine, avant qu’un préachat ne fasse remonter les commandes à 352 000 en 2026. Cela représente un déficit de 22 000 unités cette année par rapport à l’année dernière. M. Moyer a prédit que les flottes pourraient avancer jusqu’à 23 800 commandes en 2026 pour devancer les normes d’émissions coûteuses.
Il prévoit que cette activité de préachat sera observée au cours du deuxième trimestre 2026.
«Si c’est le cas, cela ne se reflète pas encore dans les indicateurs de marché», a-t-il affirmé.

La demande de remorques est encore plus faible
N’appelez pas cela une récession du fret! Eric Starks, président de FTR, a souligné que les marchés du fret étaient stagnants, mais relativement stables après une correction survenue à la suite d’une forte augmentation de la demande après la Covid. «Il s’agit principalement d’une récession des taux», a-t-il expliqué à propos des conditions actuelles. «Le fret n’a pas été aussi horrible qu’on le dit.»
Mais lorsque le fret ne paie pas, les transporteurs sont moins enclins à acheter de nouvelles remorques, et cette réalité se reflète dans les données de FTR, même si les transporteurs de lots complets cotés en bourse ont augmenté leur ratio remorque/camion au cours de l’année écoulée pour atteindre environ 3,9.
Selon M. Starks, cette augmentation du ratio remorque/camion est probablement une tentative de maintenir l’utilisation des tracteurs et l’emploi des conducteurs en adoptant davantage de chargements de type «hook-and-drop.»
Les commandes totales de remorques sont à leur plus bas niveau depuis quatre ans, en baisse de 20 % depuis le début de l’année. Les commandes moyennes se sont élevées à 16 600 unités au cours des 12 derniers mois, mais ont chuté à 6 000 unités le mois dernier, selon FTR.
Il reste à voir si l’activité de commande sera stimulée cet automne lorsque les fabricants fixeront leurs prix et ouvriront leurs carnets de commandes pour 2025.
En ce qui concerne les segments spécifiques, les commandes de fourgons frigorifiques sont en hausse de 18 % depuis le début de l’année, mais les fourgons sont en baisse de 29% et les remorques à plateau sont en baisse de 9%. Les commandes de remorques pour citernes liquides ont chuté de 52% depuis le début de l’année, les citernes de 81% et les remorques à benne basculante de 25%.
«Ce n’est pas un seul segment qui est à l’origine de cette situation», a souligné M. Starks, ajoutant que les annulations sont nombreuses.
La production de remorques est en baisse de 21 % depuis le début de l’année et le délai de livraison d’une nouvelle remorque est de 5,5 mois. Les inventaires constituent toutefois le principal signal d’alarme.
Selon M. Moyer, les inventaires de fourgons aux États-Unis et au Canada se situent à environ deux fois le niveau que les fabricants de remorques considèrent comme «idéal.»
«Il est clair qu’il y a des inventaires excédentaires chez les concessionnaires, ce qui va créer des problèmes au cours des prochains trimestres», a déclaré M. Starks.
Le marché des remorques devrait s’établir à 234 000 unités cette année, contre 314 000 l’année dernière, mais il devrait remonter à 260 000 unités l’année prochaine avant de revenir à des niveaux supérieurs à 300 000 en 2027.
Selon M. Moyer, les flottes sont plus susceptibles de consacrer leurs budgets d’investissement limités aux unités motorisées qu’aux remorques, compte tenu du coût des normes d’émission de 2027.
Les inventaires de véhicules commerciaux de poids moyen augmentent
Les livraisons de camions de poids moyen sont un point positif pour le marché des véhicules commerciaux. M. Moyer a noté que les livraisons d’usine des classes 4-5 ont augmenté de 20% depuis le début de l’année, tandis que les livraisons d’usine des classes 6-7 sont en légère baisse. Au total, elles ont augmenté de 6% depuis le début de l’année.
Mais beaucoup d’entre elles restent dans les inventaires des concessionnaires. Les inventaires de camions de classe 4/5 ont augmenté de 33% d’une année sur l’autre, ce qui constitue un record pour cette période. Il en va de même pour les camions des classes 6 et 7, dont les inventaires ont augmenté respectivement de 33% et de 40%.
M. Moyer a déclaré que les stocks de camions de poids moyens «représentent sans aucun doute une préoccupation croissante.»
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