Congrès du CTCQ : comment ne pas perdre ses roues

Avatar photo

Au Congrès 2025 du Comité technique du camionnage du Québec (CTCQ), Philippe Langlois, président de PLC Consultants, a rappelé l’ampleur du problème : «il y a plus de 1 000 pertes de roue documentées par année en Amérique du Nord,» un chiffre vraisemblablement sous-déclaré. Or, selon lui, ce risque peut être évité avec une inspection rigoureuse et un entretien assidu des ensembles roue–moyeu.

M. Langlois indique que, parmi les principales causes de défaillance, 40% sont liées aux roulements de roue, le reste provenant surtout des jantes/éléments de fixation et d’autres facteurs. Pour les cas liés aux roulements, la cause dominante est le mauvais ajustement du moyeu, qui représenterait environ 80 % des incidents dans cette catégorie. «80 % des pertes de roue reliées au roulement, c’est 80 % de mauvais ajustements : c’est significatif», a-t-il insisté.

Philippe Langlois (Photo : David Simard-Jean)

Le facteur déterminant pour éviter les pertes de roues demeure l’inspection, obligatoire ou non. «Encore faut-il qu’on ait une assiduité, autant en atelier que sur la route», souligne M. Langlois. Il rappelle aussi l’effet de la responsabilité absolue sur les pratiques : «Lors d’un incident grave comme une perte de roue, le conducteur est souvent pointé du doigt. Il doit pouvoir prouver qu’il a effectué le minimum requis avant le départ.» D’où l’importance de la ronde de sécurité quotidienne et d’une traçabilité des vérifications.

Selon M. Langlois, les mauvaises pratiques d’entretien et le non-respect des guides d’inspection sont des facteurs aggravants : manutention inadéquate des composants, ajustement défaillant des roulements, installation fautive des joints d’étanchéité, jumelage roue–moyeu inapproprié, choix et serrage des écrous non conformes.

Trop souvent, certains mécaniciens s’écartent des procédures des fabricants et « serrent comme d’habitude » même quand le modèle change. Pour y remédier, il faut mettre en place des procédures normalisées (SOP) uniformes à tous les postes, former et remettre à niveau les techniciens (y compris les recrues internationales), suivre leurs compétences dans le temps et outiller les conducteurs pour signaler immédiatement toute anomalie. «Comme formateur, tu contrôles ce que tu dis, pas ce que l’autre comprend ; ne présumez jamais des compétences, vérifiez-les.»

Les bons outils font aussi la différence. «En 2025, on devrait être capable d’avoir la bonne clé pour le bon écrou », illustre M. Langlois. Il recommande l’usage d’une clé dynamométrique (inspectée et calibrée périodiquement) et d’un indicateur à cadran pour mesurer le jeu axial, ainsi que de l’équipement entretenu et entreposé proprement.

Côté lubrifiants, il faut respecter grades/qualités et niveaux, ne pas les mélanger (minéral/synthétique) et utiliser le couvercle de moyeu approprié au médium (huile/graisse). Une inspection pré-départ du niveau d’huile (quand applicable) s’impose.

En ce qui a trait aux moyeux, M. Langlois préconise deux approches : le moyeu ajustable (méthode RP-618 avec validation du jeu au cadran) et le moyeu préajusté/préchargé, ce dernier offrant généralement une durée de vie plus longue et une installation plus standardisée. Il cite, à titre d’exemples, des solutions ajustables de type Value Package et le moyeu léger Hendrickson (HNV), ainsi que des moyeux préajustés chez Hendrickson. Pour les écrous de fusée, il mentionne des systèmes faciles à utiliser et compatibles avec plusieurs configurations, tels Pro-Torq et Temper-Lok, en rappelant de remplacer les éléments à usage unique selon les instructions.

Enfin, il prévient qu’un mauvais montage ne provoque pas qu’une perte de roue : il peut aussi entraîner une hausse de la consommation de carburant, une usure prématurée des pneus et une réduction de la durée de vie des roulements, autant de problèmes faciles à éviter si chauffeurs et mécaniciens respectent les règles de l’art.


Have your say

We won't publish or share your data

*