Cummins réévalue sa stratégie commerciale d’électrolyse d’hydrogène
Lorsque Cummins a présenté ses résultats financiers du troisième trimestre de 2025 jeudi dernier, la PDG de l’entreprise, Jennifer Rumsey, a fait preuve de transparence et a expliqué que les choix de certains politiciens ont eu des effets négatifs sur l’engouement de l’utilisation de l’hydrogène chez les utilisateurs de véhicules commerciaux.
Cela a eu pour effet de plomber les ventes d’électrolyseurs de sa filiale d’énergies vertes Accelera. Un électrolyseur est un dispositif qui permet de séparer les molécules d’hydrogène et d’oxygène présentes dans l’eau ou d’autres substances, le gaz naturel par exemple.
« En raison des perspectives considérablement à la baisse de la demande, nous entreprenons une révision stratégique de notre unité d’affaires d’électrolyseurs », a déclaré Mme Rumsey.

Nulle part le gouvernement américain, qui a coupé de façon significative les incitatifs financiers à l’adoption d’énergie vertes, n’est pointé du doigt nommément mais on peut facilement déduire qu’un marché de l’hydrogène en baisse aux États-Unis n’augure rien de bon pour une entreprise qui vend le matériel permettant de produire ce gaz zéro émission.
« Au cours du troisième trimestre de 2025, au sein de notre division Accelera, nous avons observé une détérioration rapide sur nos marchés d’électrolyseurs et, de façon générale, sur les marchés de l’hydrogène, accompagnée d’une incertitude significative sur les marchés de l’énergie alternative résultant des réductions d’incitatifs gouvernementaux », peut-on lire dans le communiqué présentant les résultats financiers trimestriels.
Au Québec, le directeur général des ventes, marché routier, chez Cummins, Marc-André Caza, temporise les choses lorsqu’on lui parle de cette révision stratégique.
« Dans le contexte nord-américain actuel, il est normal pour une entreprise globale comme la nôtre d’ajuster ses stratégies en fonction de la demande de nos partenaires et des utilisateurs finaux », dit-il dans un échange de courriels avec Transport Routier.
« Nous demeurons actif dans l’écosystème de l’hydrogène », ajoute-t-il.
Piles à combustible ou combustion d’hydrogène?
Dans l’industrie des véhicules commerciaux, l’hydrogène peut propulser des camions de deux façons.
La plus connue et la plus populaire jusqu’à maintenant est celle de la pile à combustible embarquée, qui utilise l’hydrogène des réservoirs du camion pour produire du courant qui alimente le moteur électrique zéro émission.
Cette solution permet de parcourir de plus longues distances qu’avec un camion électrique à batterie et, dans la plupart des cas, le plein d’hydrogène – si un poste de ravitaillement est disponible – se fait plus rapidement que la recharge d’une batterie.
Il est aussi possible de brûler l’hydrogène dans un moteur à combustion interne de configuration plus conventionnelle, qui a fait ses preuves au fil des décennies.
C’est ce que fait le X15H de Cummins, un moteur de 15 litres dont on s’attend à ce qu’il puisse livrer une puissance de 500 chevaux et un couple de 1 850 lb-pi.

« Nos clients répondent favorablement à cette technologie pratique. Ces moteurs ont l’air de moteurs, ils sonnent comme des moteurs, et sont placés là où des moteurs sont normalement installés », avait déclaré Jim Nebergall, directeur général des moteurs à hydrogène chez Cummins lors du lancement en mai 2022, en marge de l’ACT Expo.
Les électrolyseurs Cummins au Québec
Pour faire de l’hydrogène vert – donc pratiquement sans émission lors de sa production – il faut de l’eau et beaucoup d’électricité provenant de sources renouvelables et idéalement pas trop chère pour le processus d’électrolyse, deux atouts dont dispose le Québec.
La multinationale française des gaz, Air Liquide, a d’ailleurs choisi les électrolyseurs Cummins pour son usine de production d’hydrogène située à Bécancour, dans ce qu’il est convenu d’appeler la Vallée de la transition énergétique.

L’usine québécoise d’Air Liquide peut produire chaque jour 8 200 tonnes métriques d’hydrogène, assez pour alimenter quotidiennement 230 camions poids lourd, dit elle
Il y a des « liens de parenté » entre les deux partenaires, puisqu’Air Liquide était déjà présente dans l’actionnariat – à hauteur de 19% – de l’ancêtre des électrolyseurs Cummins, la firme canadienne Hydrogenics dont Cummins a fait l’acquisition en 2019.
Air Liquide a gardé cette participation de 19% jusqu’en juin 2023, lorsqu’Accelera-Cummins l’a rachetée pour en détenir le plein contrôle.
Et peu importe la direction que prendra Cummins dans sa révision stratégique du marché des électrolyseurs, on continuera de produire de l’hydrogène à Bécancour, pour des camions ou autres usages industriels.
« La production d’hydrogène, les opérations et le développement d’un des sites d’Air Liquide à Bécancour ne dépendent pas des décisions de Cummins concernant son activité d’électrolyseurs », dit dans un premier temps David Asselin, directeur des communications chez Air Liquide pour l’Amérique du Nord, dans un courriel expédié à Transport Routier.
« Le Groupe Air Liquide dispose d’électrolyseurs Cummins, ainsi que d’électrolyseurs provenant d’autres fournisseurs qui utilisent des technologies existantes ou qui ne sont plus sur le marché, sans que cela affecte nos propres activités », rassure le porte-parole.
Air Liquide continue par ailleurs à investir dans des électrolyseurs aux Pays-Bas et ailleurs en Europe, avec des partenaires tels que TotalEnergies et Siemens.
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