Des mesures coercitives américaines pourraient retirer davantage de camions de la route que l’obligation des DCE
Un consensus grandit aux États-Unis : les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour restreindre l’accès aux permis de conduire commerciaux (CDL) pour les conducteurs non domiciliés et pour renforcer l’application des exigences de maîtrise de l’anglais auront un impact plus important sur la capacité de camionnage que l’obligation d’utiliser des dispositifs de consignation électroniques (DCE).
«Cela pourrait être l’un des changements structurels les plus importants dans la capacité de transport depuis la déréglementation», a déclaré Drew Wilkerson, PDG du courtier RXO Inc., lors d’une conférence téléphonique le 6 novembre.

Bien qu’il n’existe pas de chiffres définitifs, les analystes s’entendent généralement pour dire que l’application de la règle sur les DCE, entrée en vigueur en décembre 2017, avait réduit la capacité de 3 à 5%.
David Parker, PDG et président de Covenant Logistics Group, a indiqué que l’attention actuelle du gouvernement fédéral envers l’identité de la personne au volant d’un camion commercial est sans précédent dans ses 50 années d’expérience dans l’industrie.
Ces mesures incluent notamment la mise hors service de conducteurs qui ne satisfont pas aux exigences linguistiques, ou leur détention lorsqu’ils n’ont pas les documents requis. Par ailleurs, le département des Transports (DOT) a publié en septembre une règle finale d’urgence restreignant la possibilité pour les non-citoyens d’obtenir ou de renouveler un CDL. Selon les données de la Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA), cette règle pourrait mener au retrait de près de 200 000 chauffeurs.
M. Parker estime que la transformation à venir sera si significative qu’il se dit «plus enthousiaste aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été au cours de toute sa carrière pour les deux ou trois prochaines années». Il croit même que les effets sur la capacité seraient déjà plus visibles sans l’incertitude économique causée par la hausse des taux d’intérêt et la volatilité du commerce mondial.
Derek Leathers, PDG de Werner Enterprises, partage la même vision. Il juge que les mesures actuelles d’application «auront un impact durable» et que la question des CDL non domiciliés est plus importante que ce que nous avons vu avec l’introduction des DCE». Selon lui, à mesure que davantage d’États se pencheront sur ces enjeux, un plus grand nombre de conducteurs non conformes seront retirés du marché encore plus rapidement.

Mark Rourke, PDG et président de Schneider, y voit lui aussi des effets concrets : «Dans certains secteurs de notre activité et chez certains de nos partenaires commerciaux, c’est déjà évident», a-t-il affirmé. «Nous sommes convaincus que c’est réel… et que cela ne fera que s’accélérer à partir de maintenant.»
Les commentaires recueillis lors des plus récents appels de résultats laissent entendre que certains transporteurs reconsidèrent désormais la longueur de leurs itinéraires afin d’éviter des zones où les contrôles sont plus fréquents et chronophages.
M. Parker a ainsi exprimé des inquiétudes concernant le passage de marchandises à travers l’Oklahoma, citant une opération d’application des lois menée par le Department of Homeland Security qui a mené à l’arrestation de 120 personnes pour violations liées à l’immigration — dont 91 détenteurs de CDL conduisant des véhicules commerciaux. Il mentionne également le Texas, la Californie et Chicago comme régions où les contrôles sont plus nombreux. Ces marchés ont d’ailleurs enregistré une hausse récente des taux ponctuels, un signe clair de resserrement de la capacité.
James Harris, chef de la direction financière de RXO, affirme que l’attention du gouvernement fédéral est une mauvaise nouvelle pour les acteurs mal intentionnés : «Je ne pense pas qu’il existe un seul endroit où l’on puisse transporter de la marchandise sans risquer de se faire prendre.»
MM. Parker et Leathers soulignent aussi que le secteur de l’assurance prend très au sérieux cette intensification des mesures coercitives. Selon eux, ces actions inciteront les assureurs à examiner encore plus étroitement les flottes de certains clients.
Ils anticipent également un durcissement de l’application dans deux autres domaines :
- Le cabotage : de plus en plus d’indices montrent que certains chauffeurs arrivent aux États-Unis à partir du Canada ou du Mexique avec un chargement, puis demeurent dans le pays plusieurs semaines en effectuant des livraisons intérieures — une violation directe des règles de cabotage.
- La fraude aux DCE : la tendance s’accroît pour détecter et empêcher l’utilisation de multiples comptes DCE ou la création de conducteurs « fantômes » pour contourner les règles sur les heures de service. M. Parker s’attend à ce que la FMCSA retire davantage de DCE de bas niveau technologique à mesure qu’elle approfondit ses enquêtes sur l’ampleur réelle de la fraude.
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