État des rues à Montréal : ça manque de PEP, déplore la vérificatrice générale

Le concept d’entretien préventif est bien connu dans l’industrie du camionnage. La Ville de Montréal aurait intérêt à l’appliquer à la gestion de ses chaussées, conclut la vérificatrice générale de la métropole dans son rapport annuel déposé hier.

Un programme d’entretien préventif (PEP) des 4 000 km de rues de Montréal permettrait de protéger et de maintenir la qualité des actifs municipaux, tout en évitant les dépenses imprévues, souligne la vérificatrice Andrée Cossette.

Sauf que la Ville a tendance à attendre au dernier moment avant de prendre les mesures nécessaires pour que ses rues soient carrossables, sans risque de bris mécaniques sur les véhicules qui y circulent.

Graphique qui montre que Montréal attend à la dernière minute pour entretenir ses chaussées.
(Graphique : Bureau du vérificateur général)

Dans plusieurs arrondissements, 98% des interventions sont réalisées sur des chaussées qui sont déjà en mauvais ou très mauvais état.

Selon la VG, la Ville de Montréal manque de vision d’ensemble. Elle n’hésite pas à parler de « gestion en silo ».

« La gestion des infrastructures routières ne repose pas sur un système formellement établi et aligné à une vision claire et unifiée », écrit la vérificatrice, ajoutant que : « Cette situation limite la capacité de la Ville à planifier et exécuter des interventions de manière optimale, compromettant ainsi la pérennité des chaussées. »

Mme Cossette note par ailleurs un manque de coordination entre la ville-centre et les divers arrondissements.

Cela se traduit notamment par des disparités marquées de l’état des rues d’un arrondissement à l’autre.

À titre d’exemple, 60% des rues sont dans un état « mauvais » ou « très mauvais » dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, tandis que ce taux est de seulement 8% dans l’arrondissement Saint-Laurent.

3,3 milliards $ pour redresser la situation

« Pour rétablir l’état des chaussées à un niveau jugé satisfaisant, la Ville estime qu’un investissement de 1,6 G$ pour les rues artérielles et de 1,7 G$ pour les rues locales est requis pour combler le déficit de maintien de ces actifs », précise la VG.

Selon les dernières évaluations, 25% des chaussées artérielles et 37% des chaussées locales étaient en «mauvais » et « très mauvais » état.

Camion à benne basculante déverse un chargement de gravier sur un chantier de la Ville de Montréal
(Photo : Ville de Montréal)

Le colmatage répété des nids-de-poule n’est pas une solution, mais plutôt une mesure palliative, ajoute Mme Cossette.

« À ce stade, des interventions plus durables de réhabilitation ou de reconstruction sont requises », écrit la VG dans son rapport.

L’administration Plante, qui se prépare pour des élections même si la mairesse elle-même a annoncé son départ, aurait par ailleurs intérêt à clarifier ses projets en ce qui a trait aux rues où cohabitent cyclistes, automobilistes et camionneurs.

« À défaut d’être déclinées dans des objectifs officiels, mesurables et clairement énoncés, les orientations de la Ville relatives à ses infrastructures routières restent ambiguës », déplore la vérificatrice générale.

S’inspirer de l’Ontario?

Dans ses conclusions, la vérificatrice Cossette ajoute que, sans une meilleure gestion des chaussées, des risques importants compromettent la qualité des infrastructures routières ainsi que la sécurité et la satisfaction des citoyens.

En annexe du rapport, la VG rappelle que l’Ontario impose aux municipalités la mise en place d’un système de gestion des actifs (SGA), ce qui n’est pas le cas chez nous.

« Au Québec, l’implantation d’un SGA n’est actuellement pas obligatoire pour les municipalités », souligne-t-elle.

Vous pouvez télécharger le rapport complet de la vérificatrice générale en cliquant ici.


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