ExpoCam 2025 : l’hydrogène dans le transport routier au Québec

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La promesse d’une industrie du camionnage zéro émission pourrait se faire attendre alors que l’électrification à batterie est au ralenti. Mais qu’en est-il de l’hydrogène? Selon les invités d’un panel du Forum sur la transition énergétique d’ExpoCam 2025, l’adoption de l’hydrogène ne se fera pas sans embûches.

«C’est un secteur qui est très difficile à décarboner et il n’y a pas beaucoup d’autres solutions que d’utiliser de l’hydrogène», a déclaré Daniel Charette, chef des opérations chez Charbone Hydrogen.

L’hydrogène occupe une petite la place au sein de l’industrie, alors que des entreprises vendent des kits de conversion qui injectent de l’hydrogène dans le système de combustion, ce qui permettrait de réduire de 30 à 40% les émissions de GES de leurs véhicules. Quant à l’hydrogène vert en tant que carburant, plusieurs experts y voient une solution parfaite pour les trajets de longue distance, contrairement à l’électrique à batterie.

De gauche à droite, FrédéricDelrieu, Catherine Gosselin, Daniel Charette et Wassim Kanso, directeur principal de la transition énergétique chez Filgo (Photo : David Simard-Jean)

«On pense que l’hydrogène va répondre à ce que l’électrique à batterie n’est pas capable de répondre. Donc, il ne faut pas les voir en compétition, mais plutôt en complémentarité», a expliqué Catherine Gosselin, experte en hydrogène et énergies alternatives chez Harnois Énergies.

«Ce sont des technologies qui existent et qui sont déjà utilisées», ajoute Frédéric Delrieu, consultant principal chez Amp&Axle Consulting et Elemental Trucks. Et aujourd’hui, des technologies arrivent dans les camions et offrent beaucoup d’avantages en termes d’efficacité. Il reste des défis évidemment, mais il faut faire comprendre que ce sont des technologies qui fonctionnent.»

Le récent projet de loi 81, qui veut contraindre les fabricants à fournir un certain nombre de véhicules zéro émission, permettrait de mettre en avant l’hydrogène et les autres carburants alternatifs. «Je pense que le projet de loi 81 va stimuler la vente des véhicules zéro émission, qui viennent souvent avec des contraintes économiques et opérationnelles même si, dans ce cadre, l’hydrogène apporte énormément en quantité opérationnelle», analyse M. Delrieu. «Ça va permettre de stimuler les constructeurs à proposer des solutions en complémentarité et de vraiment de pousser le déploiement dans les régions.»

Problèmes d’implantation

Cependant, plusieurs enjeux viennent ralentir le déploiement de l’hydrogène.

Un des principaux obstacles, c’est le manque de stations de ravitaillement. En effet, l’implantation d’un réseau de ravitaillement est primordiale au succès d’une transition énergétique. «Donc, ça prend un réseau de stations et ça prend des camions qui répondent aux besoins», indique Mme Gosselin. «Est-ce que ça va être facile? Non, Il ne faut pas oublier que ça fait des années qu’on utilise le diesel et que l’on connait très bien cette molécule. Donc, ça va être difficile de faire la transition.»

Cela devrait être encore plus compliqué sachant que le déploiement de l’hydrogène dans l’industrie québécoise du camionnage devra se faire à grande échelle pour être rentable. «L’hydrogène devrait arriver de manière plus massive», a souligné M. Delrieu. «La mobilité hydrogène, c’est une mobilité de volume. C’est-à-dire que lorsqu’on construit une station, on ne la construit pas pour un véhicule, mais pour plusieurs. Donc, on pense vraiment en termes de volume, que ce soit pour les stations ou pour les véhicules.»

Un autre enjeu dans l’adoption de l’hydrogène, c’est le prix de la molécule, qui est beaucoup plus élevé en ce moment que le diesel. «Il faut comprendre d’abord que les véhicules à hydrogène n’ont pas encore eu la quinzaine d’années de développement que les véhicules électriques ont connu, pendant lesquelles les coûts de batterie ont été quasiment divisés par dix», explique M. Delrieu. «Les véhicules à hydrogène doivent un peu passer par cet état d’investissement et de montée en volume pour voir les prix baisser.»

«Ça prend beaucoup d’énergie pour faire de l’hydrogène, ça coûte très cher», ajoute Mme Gosselin. «Ce sont des infrastructures qui sont fragiles et qui demandent beaucoup de personnes. Donc, ça prend une volonté et un courage politiques pour dire que nous, on veut décarboner au Québec.»

Besoin d’aide

Les panélistes sont unanimes pour dire que si des camions à l’hydrogène devaient se retrouver sur la route, il faudra de l’aide du gouvernement. «On peut avoir de l’hydrogène, mais sans un plan de développement de stations de remplissage, ça va être difficile d’avancer la décarbonation du secteur», a souligné M. Charrette.

Il faudra non seulement des programmes comme Écocamionnage qui aideraient à l’achat de véhicules à hydrogène, mais également pour l’installation de stations de ravitaillement et de lieux pour la production d’hydrogène. «C’est important que le gouvernement décide de mettre des blocs d’énergie pour l’hydrogène exclusifs à la mobilité, parce que si ce n’est pas fait, rien ne pourra avancer», prévient Mme Gosselin.

«On a besoin d’accompagnement», acquiesce M. Delrieu. «On a besoin que les gouvernements aident au déploiement de l’infrastructure de l’hydrogène. Mais on a aussi besoin que les gouvernements continuent d’aider à proposer des aides à l’achat sur les véhicules qui vont encore rester chers pendant quelques années.»


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