ExpoCam 2025 : se préparer pour l’hydrogène
L’hydrogène vert devient de plus en plus une option envisagée dans la décarbonation du transport au Québec. Cependant, pour assurer son implantation sur le territoire, il faudra un réseau d’hydrogène fiable et de la préparation.
C’est ce qui est ressorti d’un panel de discussion à ExpoCam 2025 regroupant Friedrich Dehem-Lemelin, PDG d’Hydrolux, Benoit Gratton, directeur des finances, de la réglementation et des nouvelles initiatives chez Enbridge Gaz Québec et Mark Lacroix, chef de la direction financière et responsable de la mobilité chez TES Canada. Ils ont également expliqué pourquoi l’hydrogène est une bonne alternative pour l’avenir du camionnage durable.
«Parce qu’on sait très bien que la décarbonation passe par le transport lourd», a souligné Benoit Gratton. «On a déjà l’habitude de transporter tout le pétrole dont vous avez besoin pour faire fonctionner vos flottes. Mais on sait que demain, ça sera autre chose que du pétrole, et on commence à s’y préparer directement.»

Contrairement aux batteries électriques, qui sont surtout efficaces sur de courtes distances et pour des chargements légers, l’hydrogène a la possibilité d’être parfaitement opérationnel sur la longue distance. Les fabricants et les manufacturiers voient ce potentiel et commencent déjà à travailler sur du matériel roulant à l’hydrogène.
«Chez les grands manufacturiers, Peterbilt travaille déjà avec Toyota sur un camion à pile à combustible à l’hydrogène. Ça s’en vient dans les prochaines années. Volvo a aussi des projets, tout comme Freightliner. Alors, l’ensemble des manufacturiers travaille déjà sur un modèle l’hydrogène», de dire M. Gratton.
De plus, contrairement à certaines idées reçues, l’hydrogène vert est un carburant totalement sécuritaire, voire plus que le diesel et la batterie électrique. «Ces camions sont homologués par Transports Canada et sont donc très sécuritaires», assure Mark Lacroix. «Certains vont même dire que c’est plus sécuritaire qu’un camion diesel.»
«Ce n’est pas demain matin que 100% des flottes adhéreront à l’hydrogène», admet M. Gratton. «Néanmoins, c’est une technologie qui existe, c’est une technologie qui est appelée à se développer et les plus innovateurs seront les premiers à en faire la démonstration. On les attend pour les aider.»
Enjeux de la molécule
Comme pour tout nouveau carburant qui se veut écoénergétique, plusieurs enjeux entravent l’implantation de l’hydrogène vert sur le territoire.
Le premier est le coût, un plein à l’hydrogène étant beaucoup plus coûteux qu’un plein au diesel traditionnel. L’objectif est de rendre la molécule plus abordable «Notre rôle est de diminuer le coût de la molécule pour s’assurer que ce soit plus concurrentiel avec le diesel, y compris l’amélioration de l’efficacité du camion», souligne M. Lacroix.
La formation constitue un autre enjeu, que ce soit aux mécaniciens responsables de l’entretien, mais aussi à tous les utilisateurs des véhicules, formation qui leurs permettra de mieux comprendre le fonctionnement de cette nouvelle technologie. «On en parle à tous les manufacturiers, il y a un programme de formation, que ce soit pour le ravitaillement du véhicule ou pour les autres aspects», a expliqué M. Lacroix.
Grands projets pour le réseau d’hydrogène
Le principal enjeu lié à l’implantation de l’hydrogène vert est la disponibilité et le ravitaillement du carburant. Les trois panélistes et leurs entreprises travaillent effectivement chacun à un gros projet pour développer le réseau d’hydrogène au Québec.
Hydrolux travaille notamment sur le projet Trans-Québec 1, une collaboration avec la multinationale Vinci Concessions qui prévoit l’installation de sept stations de ravitaillement en hydrogène un peu partout au Québec entre 2025 et 2027. «C’est à peu près 900 à 1 400 camions qui pourront être convertis vers l’hydrogène grâce à cette station», a indiqué Friedrich Dehem-Lemelin.
TES Canada prépare le projet Mauricie, qui prévoit de faire du Québec un lieu important pour la production d’hydrogène vert. La construction commençant en 2026 et opérationnel en 2029, ce projet prévoit des retombées économiques à 5,6 millairds $ et plus de 4300 emplois.
Enbridge Gaz Québec prévoit également de créer un écosystème énergétique, que ce soit avec le gaz naturel ou l’hydrogène en Outaouais. L’entreprise a aussi été partenaire lors d’un essai d’un camion à hydrogène au Québec par Harnois Énergies.
La place du gaz naturel
L’hydrogène n’est pas la seule bioénergie qui pourrait être utilisée pour les véhicules lourds. Il y a aussi le gaz naturel.
«Les camions au gaz naturel comprimé existent et roulent sur les routes du Québec depuis 10 à 15 ans», rappelle M. Gratton, ajoutant qu’ils sont surtout utilisés par des compagnies de traitement de déchets, car elles sont les premières à avoir accès à la production de gaz naturel renouvelable et à en recevoir les avantages. Il note néanmoins que le carburant est de plus en plus développé pour fonctionner sur des camions de classe 8, notamment avec des moteurs comme le Cummins X15N qui sort sur le marché.
M. Lacroix estime quant à lui qu’il faudra une complémentarité entre le gaz naturel et l’hydrogène vert, le premier devenant surtout utile à court et moyen terme, alors que le second sera plus efficace sur le long terme.
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