Faut-il surtaxer les camions électriques chinois?
Le gouvernement fédéral devrait mieux protéger l’industrie canadienne des véhicules électriques (VÉ), incluant sa chaîne d’approvisionnement et la filière batterie québécoise, de la concurrence déloyale générée par les importations chinoises.
C’est la position défendue par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) dans une lettre de commentaires déposée auprès du ministère des Finances, dans le cadre de consultations à ce sujet.
Unifor, grand syndicat des travailleurs de l’automobile, a également statué en ce sens.

« Les constructeurs chinois de véhicules électriques ainsi que leurs fournisseurs de métaux stratégiques et de batteries sont subventionnés de manière importante et depuis longtemps. Cela leur permet, même lorsqu’ils sont peu ou pas profitables, de surinvestir et de surproduire massivement pour soutenir la forte croissance de leurs exportations à prix coupés vers les marchés occidentaux, ce qui s’apparente à du dumping », affirme Mathieu Lavigne, directeur des affaires publiques et économiques de la FCCQ.
Selon la FCCQ, le Canada n’a d’autre choix que d’emboîter le pas à deux de ses principaux partenaires de libre-échange, les États-Unis et l’Union européenne, qui ont rehaussé récemment leurs tarifs à l’importation sur les VÉ chinois.
La FCCQ est ainsi favorable à l’imposition de surtaxes sur les VÉ importés de Chine, assorties de contingents tarifaires, afin d’assurer une saine et loyale concurrence.
L’organisation suggère que les revenus tirés des surtaxes imposées aux VÉ chinois servent à financer des programmes incitatifs du gouvernement fédéral, tels que celui favorisant l’acquisition de véhicules moyens et lourds zéro émission (iVMLZE).
À l’occasion d’une discussion téléphonique avec Transport Routier, la FCCQ précise que la mesure proposée ne s’appliquerait qu’aux produits finis, des véhicules arrivant au Canada prêts à rouler et entièrement fabriqués en Chine.
Du côté d’Unifor, la présidente nationale Lana Payne déclare ce qui suit : «Nous avons tout ce qu’il faut au Canada pour bâtir les véhicules électriques de l’avenir, ici même dans notre cour arrière, notamment des effectifs hautement compétents, de profondes racines dans le secteur de la production automobile et les minéraux essentiels nécessaires pour approvisionner l’industrie.»
«Les États-Unis et l’Union européenne ont pour leur part réagi de façon proactive devant la menace créée par les importations injustes et le moment est venu pour le Canada de faire de même», ajoute la syndicaliste.
C’est quoi, un camion chinois?
Il existe un certain flou quant à ce qui peut être qualifié de « camion chinois ». Il y a en effet ceux qui sont entièrement fabriqués en Chine, mais pour circuler ici ils doivent avoir obtenu l’homologation de sécurité de Transports Canada.
Il y a aussi la catégorie de camions fabriqués en Amérique du Nord par une entreprise dont le siège social se trouve en Chine. C’est le cas de BYD qui fabrique des camions électriques en Californie, assemblés par des travailleurs américains syndiqués. L’entreprise a aussi une usine d’autobus électriques au Canada.
Windrose Technology, autre entreprise chinoise, semble vouloir suivre le même modèle. Elle a levé le printemps dernier 110 millions $ U.S. en investissements, largement occidentaux, pour favoriser son entrée sur les marchés européen et américain. Une usine pourrait être construite aux États-Unis dès 2025, selon l’agence Reuters.
Le premier camion électrique de la marque peut parcourir 670 km avec une masse totale en charge de 49 tonnes lorsque ses batteries sont à 100 %. Il peut être rechargé en moins de 36 minutes pour faire 400 km de route supplémentaire, affirme Windrose.
Enfin, il y a la catégorie des petits constructeur qui fabriquent en Amérique du Nord des camions faits entièrement ou presque entièrement de composants provenant de Chine, créant peu de valeur chez les fournisseurs de la chaîne d’approvisionnement d’ici.
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