Groupe Robert et Groupe Guilbault dénoncent les opérations de contrôle routier ciblées dont ils font l’objet comme moyen de pression
Les camions de Groupe Guilbault se font intercepter pour une vérification par les contrôleurs routiers en moyenne 15 fois par mois. Dans la seule journée de mardi, 24 camions de Guilbault ont été interpellés par les contrôleurs routiers qui sont en négociation de renouvellement de convention collective. Mais cela ne serait qu’une coïncidence, selon la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ).
Les contrôleurs routiers ont aussi intercepté 72 camions de Groupe Robert dans la seule journée de mardi dernier. Et les vérifications ciblant les grands transporteurs se poursuivaient mercredi, lorsque nous avons parlé à Éric Gignac, PDG de Groupe Guilbault.
«C’est 24 interceptions qui nous font perdre environ 20 minutes chaque fois. J’ai un chauffeur qui s’est fait intercepter trois fois en 24 heures. Et nous n’avons eu aucune infraction», fustige M. Gignac.
Des informations selon lesquelles les grands transporteurs seraient ciblés par les contrôleurs routiers ont commencé à fuiter en début de semaine.
«Il n’y a pas d’escalade, il n’y a pas vraiment de moyens de pression», a néanmoins affirmé Jean-Claude Daignault, président de la FCCRQ, au Journal de Montréal.

Cette stratégie viserait à déranger les plus gros transporteurs pour que ceux-ci alertent les instances gouvernementales. «Ils savaient très bien qu’en ciblant les grands transporteurs, nous en parlerions, que le message se rendrait plus haut et que cela ramènerait les parties à la table de négociations», de dire Éric Gignac en entrevue avec Transport Routier.
La convention collective des contrôleurs routiers est échue depuis deux ans.
Des transporteurs qui ont préféré nous parler sous le couvert de l’anonymat, de peur de représailles, ont dénoncé ce moyen de pression, le qualifiant d’inacceptable et de nature à remettre en question l’appui que l’industrie accordait aux contrôleurs routiers. Ces interventions ont pour effet d’occasionner des retards chez les clients et de dégoûter les chauffeurs, nous a-t-on dit.
«S’ils voulaient se faire entendre par le gouvernement, ils auraient pu choisir d’autres moyens aussi efficaces», nous a dit un transporteur, «par exemple, ne plus émettre d’infractions à moins qu’il ne s’agisse d’une défectuosité majeure et cibler les véhicules d’Hydro-Québec.»
Une mise en demeure conjointe, dont nous avons pu prendre connaissance, a été envoyée à Contrôle routier Québec (CRQ) de la part de Groupe Guilbault et de Groupe Robert. Elle mentionne que les deux entreprises ont été avisées que, parmi les moyens de pression exercés par les membres de la FCCRQ, ceux-ci allaient cibler certains des transporteurs les plus importants du Québec. La mise en demeure exigeait de faire cesser, sans délai, ces moyens de pression.
Le PDG de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, se désole de voir CRQ «prendre une industrie comme un instrument pour faire avancer des relations de travail et des litiges qui existent depuis plusieurs années entre le gouvernement et la Fraternité».
«L’Association et CRQ, de concert avec la Fraternité, entretiennent des relations harmonieuses depuis déjà un bon moment, ce qui avait permis de donner la pleine valeur et l’image reconnue de leur corps d’emploi», poursuit M. Cadieux, avouant qu’il est extrêmement déçu de voir «qu’une bonne partie de ce travail réputationnel a été ternie par une action comme celle-ci».
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