Jour 2 des tarifs de Trump : le point de vue de Trans-West, dont 90% du volume est aux États-Unis

Mercredi, 5 mars 2025. Nous sommes au jour 2 des tarifs douaniers de 25% imposés à toutes les exportations canadiennes vers les États-Unis. Réal Gagnon, président du Groupe Trans-West dont 90% du volume d’affaires dépend des Américains, est pourtant calme au bout fil, la voix est posée.

Son entreprise de 260 camions, 525 remorques et 550 chauffeurs transporte des produits alimentaires du Canada vers les États-Unis et, au retour, importe des fruits et légumes américains chez nous.

Deux Peterbilt de Trans-West vus de côté
(Photo : Trans-West/Facebook)

Passer les douanes avant le 3 mars à 23h59

Il confirme avoir constaté une certaine fébrilité chez la clientèle dans les jours qui ont précédé la date fatidique du 4 mars.

Réal Gagnon. (Photo : Trans-West)

« On a vu, un peu comme tout le monde, à partir de jeudi passé [le 27 février], que les demandes étaient plus fortes, notre volume a pris 20% de plus. Les clients nous ont mis beaucoup de pression pour qu’on traverse les douanes avant mardi matin à minuit », explique M. Gagnon.

« Après, ça s’est estompé. On est business as usual. J’ai vérifié ce matin, on a le volume qu’on fait normalement », dit-il, ajoutant qu’il est encore tôt dans le processus pour se prononcer de manière définitive.

L’entreprise a néanmoins adopté une approche proactive, en préparant une liste de clients pouvant être plus à risque d’être affectés dans leurs expéditions transfrontalières.

« On est un peu diversifiés là-dedans », dit-il, expliquant que certaines grandes multinationales avec qui Trans-West fait affaire sont moins dans la tourmente que de plus petites usines.

« On a un bon volume de clients qui nous ont dit que, pour eux, c’est business as usual. Ils n’ont pas dit que c’est pour les 3 ou 6 prochains mois, mais pour l’instant c’est business as usual. »

D’autant plus que pour plusieurs de ces producteurs de l’alimentation, il y a des contrats à honorer avec leurs clients américains, donc ils doivent faire livrer, tarifs ou pas, explique M. Gagnon.

« On n’a pas vu de mouvement de panique à l’heure actuelle », dit-il, avouant cependant s’attendre à une baisse de volume de l’ordre de 10% à 20% à court terme.

« On n’a pas eu de clients qui nous ont appelé pour baisser nos tarifs non plus », dit-il, déplorant par ailleurs que des associations de manufacturiers et exportateurs encouragent les expéditeurs à « amincir » leur chaîne logistique en coupant dans des coûts qui sont pourtant déjà incompressibles.

Parlant de coûts, M. Gagnon estime que les Chauffeurs inc. sont une plaie qui nuit encore plus à l’industrie du camionnage que les tarifs douaniers peuvent le faire.

Aide gouvernementale?

Quant à une éventuelle aide gouvernementale pour soutenir l’industrie du camionnage par qui passe l’essentiel des exportations et des importations, le patron de Trans-West ne se berce pas d’illusions.

« Je vais tomber en bas de ma chaise s’ils font de quoi »

« J’aimerais bien, mais je vais tomber en bas de ma chaise s’ils font de quoi. Je pense qu’on est toujours le dernier maillon de la chaîne. Le transport, que ça aille bien ou pas, il n’y a pas grand-chose pour nous aider. »

Selon lui, les divers paliers gouvernementaux pourraient pourtant donner un coup de pouce à l’industrie en abaissant les taux d’imposition et les taxes que paient les entreprises, ainsi qu’en les aidant à conserver leur personnel, le temps que passe la tempête, afin de garder des talents précieux si difficiles à recruter.

Réal Gagnon se dit par ailleurs pensif quand il voit le mouvement de boycott qui se dessine au Canada contre les fruits et légumes venant des États-Unis en guise de protestation contre les tarifs du gouvernement Trump.

« C’est bien beau, mais tant que la salade, le brocoli, le chou-fleur et le céleri vont venir juste de la Californie… Ça ne vient pas par bateau du Pérou ou du Chili, donc il va falloir qu’il s’en transporte encore par camion », analyse notre transporteur invité.

Le volet ressources humaines n’a pas été négligé non plus, question de calmer toute inquiétude qui pourrait exister dans les rangs du personnel de Trans-West.

« Quand ça a commencé il y a un mois, on a senti beaucoup d’incertitude. On a réuni le monde, on leur a dit qu’on va passer à travers cette tempête-là comme on a passé à travers d’autres. »

« Notre but c’est pas de nous départir de nos gens, au contraire on veut garder l’expertise qu’on a. Ça fait 40 ans que la business existe et on a les fonds nécessaires pour passer au travers de ça », insiste M. Gagnon.

Chauffeurs inc. et contre-tarifs

La diversification des marchés est en ce moment le mot d’ordre. À cet égard, Trans-West a entrepris d’augmenter la proportion de transport intra-canadien de son volume d’affaires. Avec des résultats mitigés.

« On a développé ça depuis trois ans », dit-il au sujet des opérations au Québec, en Ontario et jusqu’à la Colombie-Britannique.

« Mais avec le marché des Chauffeurs inc… Honnêtement on pensait avoir plus de succès. Oui on a des clients qui sont avec nous depuis longtemps et qui paient le tarif qu’il faut payer, mais tout le marché de l’Ontario on a fermé la porte », dit-il, ce marché étant apparemment trop gangréné par des Chauffeurs inc. qui exercent une concurrence déloyale.

Donc pour l’instant, le cœur de l’entreprise demeure l’acheminement de marchandise aux États-Unis… et le retour au pays de fruits et légumes frappés de contre-tarifs de 25 % par le gouvernement du Canada.

Heureusement, cette réplique canadienne ne touche pas sérieusement Trans-West pour le moment puisque les produits inscrits à la liste canadienne des contre-tarifs ne sont pas de la catégorie de ceux que l’entreprise transporte.

« Pas à date. Ils parlent des agrumes mais pas d’autres produits. Pour ça, nous autres on n’est pas affectés, des agrumes on n’en transporte pas. Pour les voyages de retour, à date, on n’est pas affectés », conclut le grand patron de Trans-West.


Have your say

We won't publish or share your data

*