Karine Goyette et Eric Gignac abordent les grands enjeux du camionnage à Isaac Horizon
Pour ouvrir sa conférence des utilisateurs Horizon 2024, tenue plus tôt cette semaine à son siège social de Saint-Bruno-de-Montarville, Isaac Instruments a réuni sur scène les dirigeants de deux des plus grandes entreprises de camionnage du Québec, Karine Goyette, coprésidente de C.A.T Transport et Eric Gignac, PDG de Groupe Guilbault, pour discuter des enjeux et défis actuels de l’industrie.
On a d’abord présenté les 10 principales préoccupations des flottes américaines 2024, résultat d’un sondage annuel de l’American Research Transportation Institute. Interpellés à savoir si ces préoccupations évoquées par des transporteurs américains reflétaient leurs propres préoccupations, Mme Goyette et M. Gignac se sont entendus pour dire que la préoccupation numéro un, l’économie, trône également au sommet de leur liste.
«Tout dépend du type de transport, de ce chaque entreprise fait, des régions desservies, mais de notre côté, c’est effectivement l’économie qui est la préoccupation numéro un depuis 12 à 18 mois. L’économie est à un niveau très bas surtout depuis la pandémie, bien que l’on voie un certain regain depuis quelques mois, mais en termes de volumes, car en ce qui a trait à la tarification, on n’a pas encore vu d’amélioration», constate Karine Goyette.

Eric Gignac confirme que 2024 est une année difficile pour les transporteurs, tant du côté des charges complètes que des charges partielles. «Nos clients vendent moins, tout simplement», résume-t-il. «Ceux qui expédiaient habituellement trois palettes par jour depuis 15 ans en envoient une ou deux.» Conséquemment, la pénurie de main-d’œuvre glisse temporairement dans l’échelle des priorités.
La grande préoccupation inc.
Mais la grande préoccupation pour les transporteurs québécois, c’est le stratagème Chauffeur inc. et les torts qu’il fait aux tarifs de transport et à la sécurité. «Bien des gens en sous-estiment les conséquences pour les entreprises de camionnage d’ici. Ça frappe déjà fort, et ça va frapper encore plus dur dans les prochains mois si rien n’est fait», prévient M. Gignac, faisant référence à la concurrence déloyale et à l’iniquité fiscale engendrées par les entreprises de camionnage qui, sciemment, classifient de façon frauduleuse des employés en entreprise incorporée afin de s’éviter des charges sociales.
Et il y a aussi les risques pour la sécurité sur la route. «On découvre aussi que des écoles délivrent de faux permis de conduire de classe 1. Si les chauffeurs ne sont pas formés, qu’ils se retrouvent avec des permis de conduire bidons donnés par des écoles bidons, alors on se retrouve avec des accidents comme on en voit sur la 401», déplore Éric Gignac, qui considère que la collecte et l’utilisation des données deviennent très importantes dans un tel contexte.
Bob Costello, économiste pour l’American Trucking Associations, a annoncé que le ciel pourrait s’éclaircir pour les transporteurs routiers vers la moitié de 2025.
«Du côté LTL, le fond du baril est atteint», croit Eric Gignac. «Depuis la mi-septembre, on a commencé à ressentir une petite augmentation et on ne redescend pas en dessous des plus bas seuils atteints. Selon nos sources, le printemps 2025 devrait être plus intéressant.»
Karine Goyette dit que le secteur des charges complètes a connu lui aussi un regain depuis septembre. «Quand on écoute nos clients, on a beaucoup de commentaires selon lesquels les secteurs dans lesquels nous évoluons iraient mieux. Mais il faudra voir un resserrement de la capacité avant de voir une amélioration de la tarification, ce qui risque d’arriver au printemps.»

Ralentissement et main-d’oeuvre
En ce qui a trait à la question de la pénurie de main-d’œuvre, toujours moins marquée en période de ralentissement, les panélistes s’entendent pour dire que la clé est dans la rétention de la main-d’œuvre actuelle.
«Je ne me souviens pas avoir déjà vu une période de recrutement comme celle que nous voyons aujourd’hui, donc plus facile», de dire Karine Goyette. «Nous avons beaucoup travaillé sur notre rétention au cours des dernières années et, dans l’économie actuelle, on continue à porter attention à nos chauffeurs, mais les mécaniciens posent toujours un grand défi et, pour la première fois, nous allons explorer le recrutement international de ce côté.»
Au Groupe Guilbault, les défis de recrutement se situent davantage du côté des caristes, et le nerf de la guerre, c’est la rétention là aussi. «Je dis toujours à mes gens de RH : avant de tout mettre dans le recrutement, peut-on d’abord regarder les gens que nous avons déjà, et pas seulement du côté des chauffeurs, mais aussi des gens aux opérations, des répartiteurs, des gestionnaires ? Il faut les écouter. La rétention c’est hyper important, plus encore que le recrutement.»
Les répercussions d’EPA 2027
Les normes de réduction des émissions des véhicules lourds de l’Environmental Protection Agency pour 2027 obligent les transporteurs à faire des choix maintenant quant au renouvellement des camions. Plusieurs comptent devancer le remplacement de véhicules pour esquiver les problèmes qui peuvent survenir avec de nouvelles technologies.
La première répercussion, c’est que les camions coûteront plus cher, quelque 30% plus cher l’exemplaire selon les estimations les plus conservatrices.
Chez Groupe Guilbault, le renouvellement des camions est accéléré. «Depuis quatre ou cinq ans, on renouvelle toujours 30 camions par année. En raison de l’EPA 27, on a augmenté. On va renouveler 60 camions en 2025 et la même chose en 2026», a indiqué Eric Gignac.
C.A.T. a fait une pause de quelques mois dans le renouvellement de ses camions à cause de la situation économique. Mais en raison des acquisitions que l’entreprise a faites récemment, elle doit moderniser certains camions et devra en renouveler plusieurs avant 2027.
«On entend beaucoup de commentaires selon lesquels les fabricants de camions ne seront pas prêts, que les camions coûteront 30 000 ou 40 000$ US plus cher. Si on peut renouveler avant, évidemment on va le faire le plus possible», indique Karine Goyette.
C.A.T. possède déjà une longue histoire avec les camions au gaz naturel, une technologie qui fait d’autant plus partie de sa stratégie verte avec l’arrivée du nouveau moteur Cummins au gaz naturel de 15 litres. «On attend impatiemment le nouveau moteur de 15 litres avec des camions Freightliner, possiblement à l’automne de l’année prochaine. On teste un 15 litres depuis un an, alors on sait à quoi s’attendre.»
Cybermenaces
C.A.T a connu une mauvaise expérience au début 2021, alors que des pirates ont réussi à crypter des données. L’entreprise s’en est rendu compte grâce à Isaac et les dommages ont pu être limités rapidement. «Nous commencions à mettre des mesures en place pour éviter le piratage. On a maintenant un système qui est capable de prévenir le piratage, mais nous disons souvent à notre équipe: ne vous demandez pas si ça va arriver [une tentative de piratage], mais quand est-ce que ça va arriver?»
«De plus en plus, avec tous les logiciels que nous utilisons, c’est vrai que ça va probablement arriver», acquiesce Éric Gignac. «C’est important d’éduquer nos employés, d’investir dans des systèmes de protection. C’est coûteux, mais c’est nécessaire.»
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