La Chambre de commerce du Canada met en garde contre les retombées d’une grève des chemins de fer
La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et le Canadien Pacifique Kansas City (CPKC) ont émis des avis le 18 août, indiquant que les perturbations du service ferroviaire commenceront probablement jeudi. Le CN a officiellement avisé la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC) de son intention de mettre en lock-out les employés canadiens représentés par la CFTC le 22 août à 00 h 01 HE, à moins qu’une entente ou un arbitrage exécutoire ne soit conclu avant cette date. Entre-temps, les Teamsters ont signifié un avis de grève de 72 heures au CPKC, signalant un arrêt de travail au même moment, à moins que les parties ne parviennent à des ententes de dernière minute.
Les menaces de grève et de lock-out entre le CN, le CPKC et la CFTC s’intensifient depuis des mois, les négociations n’ayant pas permis de régler des questions clés comme les salaires, les conditions de travail et les avantages sociaux. Malgré les négociations qui ont eu lieu au cours de la fin de semaine, le CN affirme que les parties demeurent «très éloignées l’une de l’autre» et qu’aucun progrès significatif n’a été réalisé.
Le CN a déjà commencé à mettre en place des embargos et à interrompre les expéditions de certaines marchandises à partir de la semaine dernière – y compris les marchandises dangereuses classées comme toxiques ou toxiques par inhalation – dans le cadre d’un plan de fermeture progressive visant à atténuer les risques associés à la grève potentielle.
«Le CN doit poursuivre la fermeture progressive et planifiée de son réseau, car nous demeurons sous la menace d’un préavis de grève imprévisible. Cette fermeture planifiée permet d’assurer la sécurité des communautés dans lesquelles nous opérons et la sécurité des marchandises de nos clients, et d’optimiser la reprise du réseau après un arrêt de travail», a déclaré le CN dans un communiqué, ajoutant que des embargos supplémentaires seront décrétés le 19 août.

La CFTC, quant à elle, accuse le CPKC de mettre unilatéralement ses membres en lock-out et de modifier les termes des conventions collectives, ce qui, selon elle, prive les travailleurs de protections essentielles.
«Nous ne prenons pas cette décision à la légère, mais les actions irréfléchies du CPKC nous ont forcé la main», a déclaré Paul Boucher, président de la CFTC. «Nous déposons un préavis de grève pour défendre les droits et la sécurité de nos membres. Il a ajouté que le CPKC «se soucie peu» des agriculteurs, des chaînes d’approvisionnement et des petites entreprises. «Cette entreprise très rentable joue les durs avec l’économie canadienne, faisant tout ce qu’elle peut pour remplir les poches de ses dirigeants et de ses actionnaires, quelles qu’en soient les conséquences», a déclaré M. Boucher. «Nous sommes prêts à négocier, mais le CPKC doit cesser de jouer et devenir sérieux.»
Impact sur le camionnage et la chaîne d’approvisionnement dans son ensemble
Pascal Chan, directeur principal des transports, des infrastructures et de la construction à la Chambre de commerce du Canada, a souligné la gravité potentielle de la situation.
«Les statistiques de l’Association des chemins de fer du Canada indiquent qu’ils transportent des marchandises d’une valeur de 380 milliards de dollars par an, soit plus d’un milliard de dollars par jour, et qu’ils sont également responsables de la moitié des exportations du pays. Alors oui, [il y aura] des conséquences massives, surtout avec tout ce qui entre et sort des États-Unis, étant donné qu’ils sont notre partenaire commercial et allié le plus important», a-t-il déclaré lors d’un entretien avec notre publication soeur TruckNews.com. « S’il y a un blocage et un arrêt de travail et que tout s’arrête, ce sera, ne vous y trompez pas, dévastateur pour l’économie. C’est absolument terrible.»
En cas d’arrêt des services ferroviaires, l’industrie s’attend à ce que le secteur des transports soit de plus en plus sollicité pour supporter la charge. Mais M. Chan a déclaré que le système de transport était «loin d’avoir la capacité suffisante» pour compenser l’arrêt des activités ferroviaires. « La fermeture des deux chemins de fer de marchandises de classe 1 n’a pas d’équivalent. C’est vraiment sans précédent.»
L’Alliance canadienne du camionnage (ACC) s’est fait l’écho de ces préoccupations dans un communiqué publié la semaine dernière. L’Alliance a déclaré que certains clients du secteur ferroviaire ont obtenu une capacité supplémentaire pour les camions depuis février en raison des inquiétudes concernant les interruptions de travail, ajoutant que si les conditions économiques actuelles ont généré une certaine capacité supplémentaire dans l’industrie du camionnage, cette capacité aura ses limites en fonction des marchandises et des voies de transport. Stephen Laskowski, président de l’ACC, a ajouté qu’à long terme, d’éventuelles interruptions de travail de cette ampleur enverraient au monde entier le message que l’environnement commercial du Canada devient «de moins en moins attrayant pour les investisseurs.
Dave Earle, directeur général de la B.C. Trucking Association, a déclaré à TruckNews.com que la dépendance au rail est essentielle au maintien de la continuité de la chaîne d’approvisionnement en Colombie-Britannique. Il partage l’avis de M. Chan et estime qu’en cas de grève, il sera difficile pour le secteur du camionnage de la province d’assumer la charge.

«La grève imminente des chemins de fer est un très, très gros problème. Mais encore une fois, les marchandises ne bougeront pas et les perturbations dépendera de la durée du conflit », a déclaré M. Earle. « Il n’y a aucun moyen pour notre industrie d’intervenir et de soulager les chemins de fer, c’est tout simplement impossible. Les marchandises ne circuleront donc pas.»
Le port de Vancouver, en Colombie-Britannique, porte d’entrée vitale pour le commerce international et plus grand port du Canada, a également exprimé ses inquiétudes quant aux possibles répercussions.
«Nous sommes préoccupés par la perspective de nouvelles interruptions de travail ayant un impact sur les opérations portuaires et la chaîne d’approvisionnement, ce qui nuirait à la prospérité économique du Canada et à notre réputation de partenaire commercial fiable», a déclaré Alex Murno, conseiller principal en communication de l’autorité portuaire Vancouver-Fraser, dans un courriel.
Les dommages s’étendent au-delà de l’industrie du transport
Les effets d’un éventuel blocage des chemins de fer vont bien au-delà du secteur des transports, plusieurs secteurs clés étant confrontés à des risques importants. Selon M. Chan, les marchandises périssables, les matériaux de construction, les fournitures automobiles et les carburants liquides comptent parmi les secteurs les plus vulnérables. Il a ajouté que les perturbations pourraient également constituer un risque pour la santé publique en raison d’une interruption de l’approvisionnement en produits chimiques pour le traitement de l’eau, comme le chlore.
Toutefois, il a ajouté que le lock-out, bien que très perturbant, pourrait être moins dommageable qu’une grève.
«L’idée que cela puisse se produire un peu plus tard, [pendant] la saison des récoltes à l’automne et la période de pointe des expéditions de détail à l’approche de Noël, où beaucoup plus de marchandises commencent à circuler, serait encore pire», a expliqué M. Chan, précisant que la décision de lock-out vise à fournir plus de certitude aux entreprises qui ont besoin de planifier en fonction des perturbations potentielles.
Pour l’avenir, la Chambre de commerce du Canada, ainsi que d’autres groupes industriels, comme l’ACC et le Private Motor Truck Council of Canada, demandent de meilleurs investissements dans l’infrastructure commerciale et un mécanisme de résolution plus efficace des conflits du travail. M. Chan cite l’analyse des données d’Emploi et Développement social Canada, qui indique que l’année dernière, le Canada a perdu le plus grand nombre de jours de travail en raison de conflits sociaux depuis 1986.
«Il est donc clair qu’il y a un problème et qu’il faut s’y attaquer», a-t-il déclaré.
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