La résilience aide les transporteurs à traverser une crise historique

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Les transporteurs qui ont pris la parole lors de la FTR Transportation Conference ont présenté les mesures mises en œuvre pour survivre à une récession historique des tarifs, tout en admettant qu’ils n’entrevoyaient aucune amélioration significative à court terme des conditions du marché.

Sam Anderson, PDG de Bay and Bay Transportation, a indiqué que le contrôle des coûts constituait la priorité de son entreprise, les hausses tarifaires étant difficiles à obtenir.

Avery Vise de FTR (à gauche) interviewe Sam Anderson de Bay and Bay et Matt Parry de Werner. (Photo : James Menzies)

«Au cours des 18 derniers mois, nous avons procédé à des réductions afin d’atteindre une taille plus adaptée à cet environnement», a-t-il déclaré, en évoquant notamment la mise à l’arrêt de camions et le redimensionnement de la flotte. «Nous prévoyons que le marché ne changera pas beaucoup au cours des 12 à 18 prochains mois, donc nous allons continuer à essayer d’améliorer nos coûts. Du côté du camionnage, nous avons dû augmenter nos tarifs. Nous avons vu les coûts grimper de 5% par an pendant trois ans, sans que les tarifs ne suivent. Nous avons dû chercher à améliorer la productivité de chacun de nos camions.»

Werner Enterprises a également été confrontée aux mêmes défis et a procédé à des ajustements similaires.

«Nous avons continué à transférer les actifs à sens unique vers notre portefeuille dédié», a indiqué Matt Parry, vice-président principal à la gestion des comptes chez Werner. «Un environnement à sens unique n’est pas propice à l’investissement dans l’état actuel des choses.»

Il précise que le portefeuille dédié est moins exposé à la cyclicité du marché. M. Parry se montre d’ailleurs légèrement plus optimiste à court terme : «Le marché ne s’améliore pas, mais il ne se détériore pas non plus. Il est plus facile d’envisager une saison haute correcte cette année.»

Chez Bay and Bay, l’entreprise a maintenu ses investissements dans le courtage de fret, même si ce segment s’est saturé après la pandémie, le nombre de courtiers actifs aux États-Unis étant passé d’environ 21 000 à 31 000 – un record historique.

«Nous n’avions jamais atteint un tel niveau auparavant», a souligné M. Anderson, notant que ce chiffre est depuis revenu à environ 24 000. «Il nous en faut encore quelques milliers de moins pour sortir de cette situation.»

Et cela pourrait bien se produire sous peu. Dans le cadre de ses activités de fusion-acquisition, Bay and Bay a examiné 15 sociétés de courtage qui n’avaient pas réalisé de profits depuis deux ans.

«Il est assez difficile de ne pas gagner d’argent dans le courtage», a reconnu M. Anderson. «Il s’agit essentiellement de gérer une marge. Beaucoup de nouveaux venus ne savaient pas ce qu’ils faisaient.»

L’entreprise cherche désormais à se concentrer sur des niches comme le transport intermodal, les liaisons transfrontalières avec le Mexique, ou encore le transport par remorque à plateau.

Du côté de Werner, M. Parry a constaté un retour de l’accent mis sur la qualité du service chez les grands expéditeurs, qui ont connu une dégradation du service en travaillant avec des transporteurs à bas prix apparus après la pandémie.

«De nombreuses personnes qui sont entrées dans ce secteur ces dernières années ne comprennent pas sa complexité ni sa difficulté. Il y a donc une tendance à privilégier de nouveau la qualité.»

Chez Bay and Bay, on accorde également une attention particulière aux clients stratégiques.

«Nous voulons atteindre un taux de ponctualité de 98% et accepter 98% des offres de transport de nos clients principaux», a expliqué M. Anderson. «Ces clients cherchent à se différencier auprès de leur propre clientèle, et nous les aidons à y parvenir.»

M. Parry a approuvé cette approche :

« Comprenez qui sont vos clients et concentrez-vous sur ceux qui réussissent le mieux afin qu’ils valorisent votre contribution et puissent prendre de bonnes décisions à long terme. »

Quant au fait que la capacité tarde à quitter le marché, M. Anderson y voit un facteur financier :

« Les banques accordent beaucoup de latitude aux flottes, car le marché des camions d’occasion est aussi en baisse. Ce matériel ne représente pas une grande valeur nette, et les banques ne sont pas plus douées que les camionneurs pour le revendre. »

Il estime par ailleurs qu’un grand nombre de flottes intermédiaires, comptant entre 200 et 700 camions, sont actuellement en difficulté :

« Un seul accident grave ou la perte d’un client suffirait à en mettre plusieurs en péril. »

La baisse du prix du carburant pourrait néanmoins aider certaines entreprises à rester à flot, surtout les petits exploitants qui n’ont pas accès à des rabais significatifs sur le carburant.

Spencer Frazier de J.B. Hunt (à droite) prononce un discours principal. (Photo : James Menzies)

L’optimisme prudent de J.B. Hunt

En conférence principale, Spencer Frazier, vice-président exécutif des ventes et du marketing chez J.B. Hunt Transport, a expliqué qu’il prenait le pouls du secteur à travers les difficultés rencontrées par ses clients.

«Nos clients font face à des défis sans doute plus importants que jamais.»

Il s’est toutefois montré prudemment optimiste, mentionnant la solidité de la consommation et la résilience des entreprises américaines. J.B. Hunt a d’ailleurs préfinancé sa croissance au cours des trois dernières années par le biais d’acquisitions.

«Nous pensons pouvoir soutenir la croissance lorsqu’elle se manifestera du côté de la demande», a déclaré M. Frazier.

Selon lui, une reprise pourrait survenir plus rapidement qu’anticipé, citant notamment la rapidité d’action du président Donald Trump :

«La vitesse à laquelle Trump agit est plus rapide que tout ce que nous avons connu au cours de notre vie.»

Il reconnaît cependant que les expéditeurs ne peuvent continuer à opérer dans un contexte de coûts inflationnistes combinés à des taux déflationnistes, même s’ils résistent encore aux hausses tarifaires sous la pression de leurs propres départements financiers.

«Le prix n’est pas la seule réponse. Il faut trouver des moyens plus efficaces d’acheminer les produits à travers les chaînes d’approvisionnement.»

J.B. Hunt vise une réduction de ses coûts d’exploitation d’environ 100 millions $US. L’entreprise mise également sur le dialogue avec ses conducteurs et ses équipes d’entretien, et a renforcé la couverture santé de ses employés, une demande jugée prioritaire.

Elle mise aussi sur la technologie pour accroître sa performance, notamment à travers l’intégration de solutions d’intelligence artificielle.


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