Le Canada n’a plus besoin d’autant de travailleurs étrangers temporaires, dit Trudeau
Le premier ministre Justin Trudeau exhorte les entreprises à embaucher des Canadiens, alors que son gouvernement annonce de nouvelles restrictions visant à limiter les travailleurs étrangers temporaires à faible rémunération.
Ottawa envisage également de réduire ses objectifs en matière d’immigration de résidents permanents.
Le gouvernement libéral, qui a été critiqué pour l’afflux récent de travailleurs étrangers temporaires, rétablit les règles antérieures à la pandémie qui rendaient plus difficile l’embauche par les entreprises de travailleurs étrangers à faible rémunération.

S’adressant aux journalistes lors de la retraite du cabinet libéral à Halifax, M. Trudeau a affirmé que son gouvernement avait assoupli les règles pour aider les entreprises confrontées à des pénuries de main-d’œuvre à se remettre de la pandémie. Mais la situation économique est différente aujourd’hui, a-t-il ajouté, et le Canada «n’a plus besoin d’autant de travailleurs étrangers temporaires.»
«Nous avons besoin que les entreprises canadiennes investissent dans la formation et la technologie et qu’elles ne dépendent pas davantage de la main-d’œuvre étrangère à bas prix», a déclaré M. Trudeau.
«Ce n’est pas juste pour les Canadiens qui luttent pour trouver un bon emploi ni pour les travailleurs étrangers temporaires, dont certains sont maltraités et exploités.»
Lorsqu’on lui a demandé si le gouvernement fédéral envisageait également de restreindre le nombre de résidents permanents, le premier ministre a répondu qu’il s’agissait d’une «conversation en cours.»
À partir du 26 septembre, le gouvernement refusera les demandes de travailleurs étrangers temporaires à faible rémunération dans les régions où le taux de chômage est égal ou supérieur à 6 %.
Les employeurs seront autorisés à embaucher un maximum de 10 % de leur main-d’œuvre dans le cadre du programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), comparativement à 20 % auparavant. Les travailleurs embauchés dans le cadre de la filière des salaires à basse rémunération pourront travailler un an au maximum, comparativement à deux ans auparavant.
Exceptions pour les soins de santé et la construction
Il y aura quelques exceptions aux règles pour des secteurs spécifiques tels que les soins de santé et la construction.
«À ceux qui se plaignent de la pénurie de main-d’œuvre, voici mon message: il n’y a pas de meilleur moment pour investir et pour embaucher des travailleurs canadiens», a indiqué M. Trudeau.
L’annonce de lundi est le dernier effort en date du gouvernement fédéral pour limiter le nombre de personnes entrant dans le pays.
La forte croissance démographique de ces dernières années a accru la demande de logements, ce qui, selon les économistes, a aggravé l’accessibilité financière.
Le programme des travailleurs étrangers temporaires a également été critiqué pour avoir permis l’entrée d’une main-d’œuvre bon marché dans le pays à un moment où l’économie ralentit.
Lorsque le gouvernement fédéral a assoupli les restrictions du programme en 2022, le Canada comptait environ un million d’emplois vacants dans tout le pays et le taux de chômage avait atteint un niveau record de 4,9 %.
Hausse du taux de chômage
Les offres d’emploi ont diminué de manière importante depuis lors et le taux de chômage augmente, car les taux d’intérêt élevés limitent la croissance économique. En juillet, le taux de chômage était de 6,4 %.
Les économistes ont critiqué le gouvernement fédéral pour le maintien de ces règles assouplies, arguant qu’elles découragent les entreprises d’investir dans l’innovation et qu’elles suppriment les salaires des travailleurs.
Bien que le gouvernement libéral ait défendu sa décision d’assouplir les règles, il reconnaît aujourd’hui qu’il est temps de les resserrer à nouveau.
Selon les données publiques d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 183 820 permis de travailleur étranger temporaire sont entrés en vigueur en 2023. Il s’agit d’une augmentation de 88 % par rapport aux 98 025 permis délivrés en 2019.
Mesures au Québec
Le gouvernement du Québec a également annoncé mettre en place des mesures dans le cadre du PTET.
Il imposera en effet un moratoire de six mois concernant les demandes et les renouvellements en lien PTET sur l’île de Montréal, ce qui visera des emplois dont le salaire offert est inférieur au revenu médian du Québec, soit 57 000 $ par an ou 27,47 $/heure, avec des exceptions pour les secteurs de la santé, de l’éducation, de la construction, de l’agriculture et de la transformation alimentaire.
Le gouvernement de François Legault a présenté l’initiative comme une façon de protéger le français. Il a aussi indiqué qu’un projet de loi sera déposé cet automne afin de donner au gouvernement le pouvoir de limiter le nombre d’étudiants étrangers dans certains établissements d’enseignement «où il y a eu des abus.»
Depuis plusieurs mois, Québec réclame au fédéral une baisse «significative et rapide» du nombre d’immigrants temporaires sur son territoire, plaidant que la province a dépassé sa capacité d’accueil.
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