Le CN et le CPKC interrompent l’expédition de marchandises en raison de la menace de grève
Les deux principaux chemins de fer du pays ont commencé à interrompre les expéditions en prévision d’une grève ou d’un lock-out potentiel la semaine prochaine, premier pas vers une fermeture possible à l’approche de la date limite des négociations.
La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada a déclaré, dans une note interne obtenue par la Presse canadienne, qu’elle avait commencé lundi à imposer un embargo sur les marchandises dangereuses en provenance des États-Unis en prévision d’un arrêt de travail.
Cette catégorie comprend le chlore utilisé pour désinfecter l’eau potable et l’ammoniac utilisé pour les engrais, ainsi que d’autres substances toxiques ou empoisonnées et des matières explosives.

«En l’absence d’un accord de principe conclu en temps opportun ou d’un renvoi de toutes les questions en suspens à un arbitrage exécutoire avant la menace d’un arrêt de travail, d’autres marchandises seront soumises à un embargo», a déclaré l’équipe de négociation du CN mardi dans un message envoyé à l’ensemble de la compagnie.
Vendredi, le Canadien Pacifique Kansas City Ltd. a déclaré qu’il interdirait temporairement la circulation des matières dangereuses afin de s’assurer qu’aucune d’entre elles ne reste bloquée sur les voies en cas de conflit de travail.
À compter de lundi, la compagnie a décrété un embargo sur toutes les marchandises classées comme toxiques ou toxiques par inhalation sur son réseau nord-américain, selon un avis à la clientèle.
«La priorité opérationnelle du CPKC est d’assurer un arrêt sûr et structuré de toutes ses activités ferroviaires au Canada», indique la mise à jour, ajoutant que les «dirigeants restent disponibles» pour négocier.
Les deux compagnies ferroviaires ont prévenu la semaine dernière qu’elles allaient mettre en lock-out 9 300 ingénieurs, chefs de train et agents de triage le 22 août, à moins qu’elles ne trouvent un terrain d’entente sur de nouveaux contrats après que les négociations aient achoppé sur les horaires et les salaires.
Les expéditeurs affirment qu’un arrêt de travail bloquerait la chaîne d’approvisionnement du pays, interrompant le trafic de marchandises et perturbant les industries.
Selon Bob Masterson, PDG de l’Association canadienne de l’industrie chimique, les produits essentiels à la santé publique ainsi qu’à l’agriculture, à l’exploitation minière et à la sylviculture font généralement partie des secteurs soumis à des embargos initiaux.
«Lorsque l’on parle de sécurité publique, ce sont les volumes qui disparaîtront en premier», a-t-il déclaré, évoquant notamment le chlore utilisé pour l’eau potable par les municipalités. « En général, elles disposent d’un approvisionnement d’une semaine qui est renouvelé en permanence. Si nous n’y parvenons pas pendant une semaine et qu’il y a ensuite un arrêt de travail… vous commencerez à ressentir des effets».
Les membres du groupe industriel, composé de producteurs de plastiques et de produits chimiques, dépendent du transport ferroviaire pour 80 % des 100 milliards de dollars d’expéditions annuelles du secteur, a-t-il déclaré.
La plupart des engrais fabriqués au Canada étant également acheminés par le rail, Fertilizer Canada estime que la perception de la fiabilité commerciale du pays est en suspens.
«La réputation du Canada a été ternie par les nombreuses perturbations de la chaîne d’approvisionnement survenues récemment», a déclaré la présidente de l’association, Karen Proud, dans un communiqué. « Cette incertitude donne un avantage à nos concurrents internationaux, comme la Russie et la Chine.»
Les chemins de fer commencent à ralentir leur service en prévision d’un arrêt de travail, notamment en décrétant des embargos qui interrompent le transport de certains produits. Les embargos décrétés concernent les produits essentiels que sont les engrais à base d’ammoniac.
Le service pour tous les produits commencera également à ralentir trois à cinq jours avant un arrêt de travail et prendra trois à cinq jours pour revenir à un service normal une fois l’arrêt de travail terminé.
Les avertissements de lock-out lancés par les compagnies ferroviaires à la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada vendredi dernier sont survenus quelques heures après que le Conseil national des relations du travail eut statué qu’un arrêt de travail ne poserait pas de «danger grave» pour la santé ou la sécurité publique, ce qui ouvre la voie à une grève ou à un lock-out en bonne et due forme. Dans ce cas, les employés du CN ou du CPKC ne seraient pas obligés de continuer à transporter les marchandises.
Le tribunal du travail a ordonné une période de réflexion de 13 jours dans le cadre des deux décisions rendues vendredi matin, ce qui laisse le 22 août comme date la plus proche possible pour une grève ou un lock-out.
Le Business Council of Alberta a demandé mardi l’intervention du gouvernement fédéral, faisant écho à l’appel lancé la semaine dernière par plus de 70 groupes industriels et 40 chambres de commerce locales.
«En cas d’arrêt de travail prolongé, les conséquences négatives pour tous les Canadiens seront profondes et durables, et les agriculteurs de l’Ouest canadien en subiront les effets les plus importants», a écrit Adam Legge, président de l’Alberta Business Council. «Nous demandons instamment au gouvernement de prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour parvenir à une résolution rapide».
Le ministre du Travail, Steven MacKinnon, qui a rencontré les représentants des chemins de fer et des syndicats la semaine dernière, a exhorté les deux parties à trouver une entente à la table de négociation.
Ce rapport de La Presse Canadienne a été publié pour la première fois le 13 août 2024.
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