Le fédéral surtaxe les véhicules électriques chinois, ainsi que l’acier et l’aluminium provenant de Chine

Le gouvernement du Canada a annoncé plus tôt aujourd’hui qu’il emboîte le pas à ses partenaires des États-Unis et de l’Union européenne en imposant une surtaxe sur les véhicules électriques fabriqués en Chine ainsi que sur l’acier et l’aluminium importés de l’empire du Milieu.

Par une surtaxe de 100 %, Ottawa double ainsi le prix de tout véhicule électrique chinois qu’un particulier ou une entreprise désirerait se procurer. Une taxe de 6,1 % s’appliquait déjà à ces véhicules, celle annoncée aujourd’hui vient s’y ajouter.

Camion électrique chinois de la compagnie Windrose Technology sur la route.
L’entreprise chinoise Windrose fabrique ce poids lourd électrique à batterie. Elle envisage construire une usine aux États-Unis pour échapper aux contraintes du commerce international qui se resserrent. (Photo : Windrose Technology)

Au cabinet de la ministre des Finances Chystia Freeland, qui a annoncé la nouvelle, la directrice des communications Katherine Cuplinskas nous confirme que la mesure, entrant en vigueur le 1er octobre 2024, ne touchera pas les camions d’entreprises chinoises qui sont fabriqués au Canada ou aux États-Unis, comme ceux de BYD qui sont assemblés en Californie par des travailleurs américains.

Par communiqué, le ministère des Finances dit vouloir protéger les 125 000 emplois du secteur de l’automobile au Canada, ainsi que le potentiel de nos chaînes d’approvisionnement en véhicules électriques, potentiel qu’il dit être classé premier au monde.

Idem pour les 130 000 emplois des secteurs canadiens de l’acier et de l’aluminium qui entrent dans la composition des camions et remorques, peu importe leur mode de motorisation. Ces deux métaux importés de Chine seront touchés d’une surtaxe de 25 % à compter du 15 octobre 2024.

« Malgré le ralentissement de la demande mondiale, la Chine a augmenté sa capacité de production d’acier de 18,6 millions de tonnes métriques (plus que la capacité de production totale du Canada) depuis 2018 », dit le communiqué du ministère des Finances.

Le fédéral envisage par ailleurs d’étendre sa protection tarifaire aux batteries, aux pièces de batteries, aux semi-conducteurs, aux produits d’énergie solaire et aux minéraux critiques. Une consultation est à venir à ce sujet.

Enfin, seuls les camions zéro émission fabriqués dans des pays avec lesquels le Canada a des ententes de libre-échange seront admissibles à de l’aide financière telle que le Programme d’incitatifs pour les véhicules moyens et lourds zéro émission (iVMLZE).

Selon Ottawa, la Chine fait preuve de concurrence déloyale en menant une politique de surcapacité intentionnelle, en l’absence de normes rigoureuses en matière de travail et d’environnement, ce qui compromettrait la prospérité économique à long terme du Canada.

« Les règles du commerce mondial ne sont pas toujours adéquates pour se protéger contre le type de comportement contraire au marché dont nous avons été témoins de la part de la Chine dans ce secteur », a déclaré Mary Ng, ministre de la Promotion des exportations, du Commerce international et du Développement économique.

Le gouvernement Trudeau n’écarte pas la possibilité de surtaxer de manière similaire d’autres produits.

« La liste finale des produits assujettis aux surtaxes sera connue d’ici le 1er octobre 2024 », dit le ministère des Finances, soulignant par ailleurs que ces surtaxes ne s’appliqueront pas aux produits chinois qui sont en transit vers le Canada le jour de leur entrée en vigueur.

Le gouvernement fédéral a l’intention de revoir les mesures annoncées aujourd’hui dans un délai d’un an à compter de leur entrée en vigueur.

Selon le ministre des Transports Pablo Rodriguez, « la voie vers la carboneutralité ne sera pas possible sans les travailleurs canadiens. L’annonce d’aujourd’hui garantit que notre programme iVZE protège nos travailleurs, les secteurs critiques et l’économie du Canada. »

Appui massif des syndicats et des milieux d’affaires

Depuis un moment déjà, des regroupements de travailleurs et de gens d’affaires mettaient de la pression sur Ottawa pour qu’il freine la concurrence déloyale de la Chine, comme nous le rapportions récemment. Ils ont été unanimes à l’applaudir.

Chez Unifor, le syndicat dit vouloir préserver les emplois manufacturiers du Canada.

« Il n’y a aucune justification à échanger des emplois bien payés et hautement spécialisés contre des véhicules à rabais, à haute intensité carbone et construits dans des conditions de travail déplorables », a déclaré la présidente nationale Lana Payne.

Son de cloche similaire chez les fabricants d’acier et d’aluminium.

« Le Canada procède stratégiquement à s’aligner sur ses partenaires commerciaux de l’ACEUM en protégeant la forteresse Amérique du Nord et en refusant d’être un point d’entrée pour les importations d’acier et d’aluminium à forte teneur en carbone et faisant l’objet d’un commerce déloyal », peut-on lire dans un communiqué émis conjointement par l’Association canadienne des producteurs d’acier et l’Association de l’aluminium du Canada.

Du côté des Métallos du Québec, on rappelle que neuf des 10 alumineries canadiennes sont situées au Québec et produisent un aluminium qui entraîne des émissions de GES de 67 % à 76 % inférieures à celles émises lors de la production de l’aluminium en Chine. Ce ratio serait de 60 % en ce qui a trait à l’acier chinois.

« Or, ces deux métaux entrent dans la composition de la production nord-américaine de véhicules. L’aluminium est particulièrement prisé lorsque vient le temps d’alléger les structures des véhicules », soulignent les Métallos par voie de communiqué.

« Nous avons justement réclamé lors de rencontres avec les élus en juin dernier des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, pour lutter contre le dumping de métaux et autres produits en provenance de pays moins soucieux de l’environnement. Cette décision s’inscrit précisément dans la lignée de ce que nous demandons », indique Dominic Lemieux, directeur québécois du Syndicat des Métallos.


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