Le MTO suspend des permis de camionneurs après avoir découvert des formations frauduleuses

Tony fronçait les sourcils, agité sur sa chaise, conscient que sa carrière de camionneur risquait de prendre fin. Ce chauffeur, dont le nom a été changé, a reçu en août une lettre du ministère des Transports de l’Ontario (MTO) lui ordonnant de repasser ses examens théoriques et pratiques.

Il s’estime toutefois chanceux d’avoir l’occasion de refaire ses tests, alors que la nouvelle circulait que le MTO envoyait des lettres suspendant purement et simplement des permis et ordonnant aux camionneurs de « CESSER DE CONDUIRE » tout véhicule à moteur.

Des lettres, obtenues par Trucknews.com auprès de deux sources, indiquent que le MTO signifiait à des camionneurs que, « votre permis de conduire de classe A de l’Ontario a été obtenu de façon malhonnête lors des examens ou des formations de classe A. Votre non-respect du cadre réglementaire qui protège la sécurité routière en Ontario a miné la confiance du Ministère dans votre capacité et votre intention de conduire en toute sécurité ».

(Photo : iStock)

Les permis ont été suspendus pour 90 jours et les conducteurs ont étésommés de les restituer au Ministère. Ils ont toutefois le droit de faire appel devant le Tribunal d’appel des permis, conformément au paragraphe 50(1) du Code de la route.

«Nous avons une tolérance zéro pour les mauvais acteurs sur nos routes… »

Dakota Brasier, directeur des relations avec les médias du MTO

Interrogée par Trucknews.com sur la nature exacte de la « malhonnêteté » et sur l’éventuelle implication d’écoles de conduite ou d’employés de DriveTest, Dakota Brasier, directrice des relations avec les médias du MTO, a répondu par courriel : «Nous avons une tolérance zéro pour les mauvais acteurs sur nos routes et avons suspendu les permis de conduire commerciaux de classe A de l’Ontario des personnes que nous estimons avoir obtenu leur permis de manière malhonnête lors des examens ou de la formation.»

L’Ontario Trucking Association (OTA) a salué ces suspensions, les qualifiant de mesure positive pour améliorer la sécurité routière.

Son président, Stephen Laskowski, a déclaré : « Les conducteurs qui ont reçu cette lettre ne seraient jamais autorisés à conduire un camion à quelques mètres dans la cour d’un membre de l’OTA, et encore moins sur les autoroutes. Pourtant, trop d’entreprises laissent ces chauffeurs partager la route avec le public. »

Il a ajouté que certains propriétaires de flottes pouvaient, volontairement ou non, avoir participé à ces stratagèmes afin d’accéder à une main-d’œuvre bon marché, au détriment de la sécurité publique. L’OTA demande désormais des audits obligatoires dans toutes les écoles de conduite et l’industrie du camionnage de la province.

Une école de conduite évaporée

De son côté, Tony regrette d’avoir accordé sa confiance au propriétaire d’une école de conduite douteuse. Déjà formé dans ce même établissement pour son permis D/Z, il a déboursé 5 000 $ en espèces pour une formation A/Z avec transmission manuelle et un examen pratique — sans jamais recevoir de reçu. Le programme MELT (formation obligatoire) ne lui a jamais été mentionné.

Les cours étaient surchargés et dispensés majoritairement dans une autre langue que l’anglais. Tony a dû insister pour obtenir des explications claires. En 2023, il a tout de même réussi son examen pratique et s’est vu délivrer un permis A/Z. Quelques mois plus tard, contrôlé par la police alors qu’il conduisait un camion-benne, il n’a rencontré aucun problème.

Ce n’est qu’à la réception de la lettre du MTO qu’il a compris qu’il avait été trompé. Lorsqu’il a tenté de joindre l’école, il a découvert qu’elle avait disparu, camions et remorques compris.

Un avenir compromis

Aujourd’hui, Tony s’est inscrit dans une école membre de la Truck Training Schools Association of Ontario et suit une nouvelle formation. Il a déjà réussi les tests de vision et de connaissances, mais appréhende son prochain examen pratique.

« Je suis tellement perdu et désemparé. J’ai tant sacrifié pour cela, et maintenant mon avenir est compromis », confie-t-il.


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