Le parcours inspirant de Raphaël et Samuel Fontaine
Samuel Fontaine a 27 ans. Son frère Raphaël en a 21. Ensemble, ils ont fondé Transport RSF, une entreprise de Saint-Flavien, dans Lotbinière, qui se spécialise en transport par remorques surbaissées des Maritimes à l’Ontario.
Samuel, c’est le répartiteur, l’administrateur, le plus volubile des deux. Raphaël, c’est l’opérateur et le gars de mécanique, l’observateur. Ils ont grandi dans une famille de camionneurs avant de devenir des camionneurs eux-mêmes.
«Au début des années 2000, mon grand-père et mon père se sont acheté un camion ensemble. Un beau Peterbilt qui tirait juste du bois en longueur», se rappelle Samuel. «Puis les assurances ont monté, le fuel était cher. Ils travaillaient 100 heures par semaine et, s’ils faisaient un flat, il ne restait plus de profit à la fin de la semaine.»

C’est finalement la grand-mère, la comptable du groupe, qui a mis fin à l’aventure. «Elle a dit, “les gars, ce que vous faites, c’est bon rien. Quand même vous travailleriez 200 heures par semaine, vous allez être juste capables de vous acheter trois pneus à la fin de l’année”», raconte Samuel avec toute sa candeur.
Le paternel, Bernard, n’a toutefois jamais arrêté de conduire des camions depuis. Même s’il n’était qu’un petit enfant, Samuel garde des souvenirs de cette époque. «Ma maternelle 4 ans, je l’ai faite entre Chibougamau et Montréal toutes les semaines», lance-t-il. «Ma mère était retournée aux études et je passais mes semaines avec mon père dans le truck.»
L’appel de l’entrepreneuriat
Mais d’où vient donc la motivation de démarrer une entreprise de camionnage en 2024?
«De mon côté, la motivation c’était de ne pas être heureux où que je travaillais avant. C’est de savoir que j’avais le potentiel de faire autre chose», dit Samuel qui travaillait comme chef d’équipe dans la construction. «Je voulais devenir contremaître mais, finalement, c’est pire que d’être employeur parce que tu prends le stress pour un autre. Ce n’est pas ce que je voulais, je voulais être à la tête de mes propres choses.»
Raphaël, pour sa part, a toujours voulu travailler à son compte et gérer ses propres affaires. Détenteur d’un double DEP en transport par camion et en mécanique d’engin de chantier, il comptait six mois d’expérience en mécanique quand l’occasion de se lancer en affaires s’est présentée.
Et cette occasion s’est offerte durant la pandémie, alors que la demande de transport était élevée. «Il y avait tellement d’opportunités, je me suis dit que si quelqu’un se lance en affaires dans un domaine qu’il aime et dans lequel il est bon, il va réussir», résume Samuel.
C’est une péripétie, comme l’appelle Samuel, survenue en 2020, qui a indirectement lancé l’entreprise. Il raconte.
«J’avais un pickup 1500 pour mon usage personnel, et une bonbonne de propane a sauté dedans, résultat d’une étincelle statique. Je n’ai pas été blessé, mais le camion a été déclaré perte totale. On était durant la Covid et je n’ai trouvé qu’un pickup 3500 à roues doubles que j’ai payé avec les assurances. Il ne servait au début qu’à tirer une roulotte et à aller à la pêche. À peu près au même moment, mon père m’a annoncé qu’il prenait une semi-retraite, et j’ai pensé qu’il pourrait possiblement conduire pour nous, et j’ai appris que j’allais avoir un fils. J’ai eu comme un déclic que je devais faire quelque chose pour faire ma marque et laisser quelque chose à mes enfants.»
Samuel est aujourd’hui père de deux jeunes enfants, et sa conjointe Sarah est aussi impliquée dans l’entreprise. Au début, Samuel faisait la répartition des voyages qu’il dénichait sur des groupes Facebook en occupant son emploi dans la construction. Raphaël occupait son emploi régulier de jour et faisait de la facturation et de la mécanique pour l’entreprise les soirs et les fins de semaine. «Un moment donné, on a eu besoin d’un deuxième camion. J’ai donc quitté mon emploi pour aller m’assoir dans le truck», dit-il.
Les frères Fontaine ont acheté une première remorque sans même savoir si la compagnie était assurable. Une lettre de l’employeur de leur père attestant que ce dernier quittait son emploi pour devenir le premier conducteur de Transport RSF les a qualifiés.
«Nous avons atteint un point où il y avait trop de travail pour ne pas être là à 100% et pour ne pas savoir calculer les prix. Combien tu charges au client ?», demande Samuel. «Ça a été notre bête noire au début.» L’entreprise a été incorporée en avril 2022.

Les débuts d’une aventure à temps plein
La machinerie agricole usagée composait le gros des transports, effectués avec des pickups à roues doubles au départ.
«Le mot s’est passé dans la région. Nous avons plusieurs bons amis et le bouche à-oreille a fait son œuvre. Les choses ont été plutôt vite. Puis on s’est fait faire des cartes de visite», raconte Samuel.
«Le premier voyage que j’ai fait, c’était une piscine en largeur excessive, de dix pieds et demi de largeur, qu’il fallait livrer en pickup à Toronto. Avec une piscine sur quatre voies de large à Toronto, honnêtement, j’ai braillé ma mère un bon petit bout», blague Raphaël.
«La première année, on a travaillé sans relâche et on a fait 3 000$ de profit. On a appris, on a monté les prix un peu. Si on avait calculé nos heures, on travaillait à vraiment pas cher», poursuit Samuel.
L’an passé, les deux pickups de la compagnie ont eu des problèmes importants et il n’y a pas eu d’activité durant les mois de janvier et février 2024. «Il fallait faire quelque chose. On avait des camions brisés qu’on payait encore. Une source proche nous a permis d’acquérir un tracteur Volvo 2016 et un 2020. Je crois que cette personne a vu notre potentiel et le vouloir dans nos yeux. On a fait financer deux remorques ailleurs, avec l’idée de transférer sur des poids lourds l’ouvrage que nous faisions avec des pickups.»
Cette décision a contribué à faire repartir les affaires, même si le transport est en baisse depuis plusieurs mois. «On le ressent, mais pas plus qu’il faut. On a du monde proche, on est bien encadrés», se félicite Samuel.
Miser sur un service haut de gamme
Samuel et Raphaël vivent au rythme effréné de deux jeunes qui se lancent dans le monde du transport. Les heures ne se comptent pas, les choses vont vite et les vacances sont rares. Mais ils ont la passion, un bon entourage et le travail ne leur fait pas peur. Et ils veulent offrir un service haut de gamme.
«On veut assurer un service de qualité dans les moindres détails. J’ai été chef d’équipe et j’ai vu la différence entre la qualité supérieure et le service normal. On engageait les fournisseurs qui offraient un service supérieur», explique Samuel.
Une leçon qu’ils ont apprise : éviter de développer des relations trop amicales avec les clients, pour ne pas qu’ils s’attendent éventuellement à des largesses qu’un transporteur ne peut pas offrir. Il est important aussi de travailler pour les bonnes personnes. «Laisser 45 jours à quelqu’un que tu ne connais pas pour te payer, c’est une mauvaise idée. Aujourd’hui c’est : nouveau client, payez maintenant.»
Samuel et Raphaël Fontaine souhaitent évidemment faire croître leur entreprise, tout en étant conscients des défis que représente la main-d’œuvre dans l’industrie. Ils aimeraient compter une dizaine de camions d’ici cinq ans, mais ils ne veulent pas grossir au détriment de la qualité.
«C’est le résultat de nos efforts qui va nous amener au bout de nos ambitions», conclut Samuel. Et les efforts, les frères Fontaine ne les ménagent pas.
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