Le «préachat» se généralise et affecte l’économie américaine ainsi que les marchés du fret

Avatar photo

Les transporteurs connaissent bien le concept de préachat de camions en prévision des augmentations de coûts, généralement liées aux nouvelles réglementations en matière d’émissions. Toutefois, ce concept s’est généralisé, car les importateurs et les consommateurs se sont empressés de faire des achats avant l’imposition des tarifs douaniers américains sur les produits importés.

Ce phénomène a poussé les économistes à revoir furieusement leurs prévisions et à essayer de faire des prédictions basées sur des circonstances sans précédent.

Pour aider les dirigeants de l’industrie du camionnage à y voir clair, le prévisionniste FTR Transportation Intelligence a organisé le 8 mai un webinaire sur l’état du fret, au cours duquel il a mis à jour ses prévisions.

«Nous sommes dans un brouillard de guerre», a déclaré Jonathan Starks, PDG de FTR. «La peur crée un environnement paralysant lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. Tout le monde prend des décisions à court terme en ce moment, et les gens repoussent les décisions à long terme jusqu’à ce qu’ils y voient plus clair.»

Avery Vise, vice-président de FTR pour le camionnage, a noté que les tarifs douaniers américains sont passés de 2% à 21%, principalement en raison d’une augmentation de 121% des tarifs sur la Chine (le Canada et le Mexique ont vu leurs tarifs passer de pratiquement rien à 12%).

«Il s’agit d’une augmentation très importante et nous pensons que l’inflation de base augmentera», a affirmé M. Vise. «Il semble inéluctable que nous aurons un certain degré d’inflation.»

Les prix vont augmenter

FTR prévoit que l’inflation de base augmentera fortement, d’environ 4%, avant de s’atténuer progressivement. «Il n’y a pas d’autre solution, l’environnement général des prix va augmenter», a indiqué M. Vise.

La hausse des importations au premier trimestre a fait chuter le PIB à -0,3 %, car les importations ont un impact négatif sur le PIB, a expliqué M. Vise. Toutefois, ces importations sont transportées par camion, de sorte que le secteur des transports de marchandises a augmenté de 17,7 % au premier trimestre, soit la plus forte hausse enregistrée depuis la pandémie et les pénuries de la chaîne d’approvisionnement qui en ont découlé.

Mais, a prévenu M. Vise, «il y aura un retour de balancier».

Les expéditions en provenance de Chine sont déjà en chute libre, ce qui amène FTR à prévoir que le PIB du secteur du transport de marchandises sera en baisse au deuxième trimestre (-8,4 %) et au troisième trimestre (-4,9 %) et qu’il restera négatif jusqu’à la fin de l’année.

Les ventes de véhicules neufs devraient également diminuer, après que les achats anticipés de voitures et de camionnettes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 2017.

«Nous nous attendons à une baisse assez importante des ventes», a souligné M. Vise à propos du marché automobile, notant que les consommateurs se sont empressés de remplacer leurs véhicules avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers et que les constructeurs automobiles sont susceptibles de réduire leur production à court terme.

Les préachats ont stimulé la demande de fret au premier trimestre

Il y a également eu un préachat notable dans l’investissement en matériel roulant, lequel a été fort au premier trimestre avec une augmentation de 23% d’un trimestre à l’autre, a ajouté M. Vise. «Il s’agit presque certainement d’un effet de préachat dû aux tarifs douaniers», a-t-il fait part.

Il y a également eu un préachat en ce qui concerne la production industrielle, qui a été forte au premier trimestre, mais qui devrait se stabiliser au deuxième trimestre avant de devenir négative au cours des trois trimestres suivants.

Bill Witte, prévisionniste en chef chez Witte Econometrics, a déclaré que le paysage politique actuel à Washington est tellement inédit qu’il rend les prévisions difficiles.

«La situation à venir pendant au moins un an, un an et demi, et probablement au-delà, sera déterminée par ce qui se passe avec la politique économique de Washington, en particulier les tarifs douaniers», a-t-il affirmé. «La situation est sans précédent. De mémoire, nous n’avons jamais vu de tarifs douaniers d’un tel niveau et cela dépasse tout ce que nous pouvons trouver dans les données actuellement disponibles.»

Environnement de type pandémique

Il a comparé l’environnement actuel à celui de la pandémie, où il était difficile de faire des prévisions parce que la pandémie elle-même était imprévisible. Il en va de même pour la politique menée à Washington.

«La question est de savoir comment la politique va se dérouler», a-t-il demandé. « Les tarifs resteront-ils en place? Seront-ils augmentés par des représailles? Réduits par la négociation?»

La seule certitude est que «nous aurons une volatilité du PIB», a indiqué M. Witte. Avec la baisse des importations, le PIB devrait augmenter, mais la chute brutale de ces importations aura un impact négatif sur le fret routier, d’autant plus que les importateurs avaient déjà préacheté des stocks avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers.


Have your say

We won't publish or share your data

*