L’économie canadienne se contracte de 1,6 % au deuxième trimestre sous l’effet des tarifs douaniers, indique Statistique Canada
L’économie canadienne s’est contractée au deuxième trimestre sous le poids des tarifs douaniers américains, a annoncé vendredi Statistique Canada (StatCan).
Le produit intérieur brut (PIB) réel a diminué de 1,6 % en rythme annuel au deuxième trimestre, en raison d’une forte baisse des exportations et des investissements des entreprises.

Il s’agit d’une baisse par rapport à la croissance annualisée de 2 % enregistrée au premier trimestre, chiffre que StatCan a révisé à la baisse vendredi par rapport au chiffre initial de 2,2 %.
Le PIB réel par habitant a également baissé au deuxième trimestre, alors qu’il avait progressé au trimestre précédent.
Le président américain Donald Trump a augmenté ses tarifs douaniers contre le Canada et le reste du monde au deuxième trimestre, en ciblant particulièrement l’acier, l’aluminium et les automobiles.
«Il n’est pas surprenant que l’économie canadienne ait connu des difficultés au deuxième trimestre en raison de l’augmentation des tarifs douaniers», a déclaré Benjamin Reitzes, directeur général des taux canadiens et stratège macroéconomique de BMO, dans une note adressée aux clients vendredi.
Les économistes s’attendaient à un net ralentissement de la croissance au dernier trimestre, les entreprises ayant semblé précipiter leurs commandes en début d’année pour anticiper les tarifs douaniers, ce qui a stimulé l’activité au premier trimestre et refroidi l’économie au second.
Au dernier trimestre, les exportations nettes ont retranché 8,1 points de pourcentage à la croissance du PIB réel. M. Reitzes a fait remarquer qu’il s’agissait du deuxième bilan le plus lourd jamais enregistré, après celui de la pandémie. Les exportations internationales de voitures particulières et de camions légers ont chuté de 24,7 % au cours du trimestre, selon StatCan.
Les exportations de machines industrielles, de matériel roulant et de pièces détachées ont diminué, tout comme les services de voyage.
L’investissement en machines et équipements a quant à lui baissé de 9,4 % au deuxième trimestre, soit le rythme le plus faible observé depuis 2016, en dehors de la pandémie de Covid-19.
Les importations ont également diminué au cours du dernier trimestre, car Ottawa a riposté en imposant des contre-tarifs aux États-Unis, ce qui a dissuadé les entreprises américaines de vendre au Canada. La diminution des voyages des Canadiens aux États-Unis pendant la guerre commerciale a également fait baisser les importations.
La baisse des importations a contribué à compenser le recul du PIB. Les entreprises ont également entreposés des biens à un rythme plus rapide et les dépenses des gouvernements et des ménages ont augmenté, ce qui a quelque peu stimulé la croissance au cours du dernier trimestre.
M. Reitzes a indiqué que ces signes de vigueur intérieure étaient «quelque peu réconfortants», mais il s’est interrogé sur la durabilité de ces tendances alors que les tarifs douaniers freinent l’activité dans d’autres pays.
Les premières estimations de StatCan basées sur les résultats mensuels du PIB réel par industrie prévoyaient une croissance stable au deuxième trimestre, bien que ces chiffres puissent varier par rapport aux chiffres trimestriels basés sur les dépenses et publiés vendredi.
L’agence a expliqué que le PIB réel a diminué de 0,1 % au mois de juin, alors qu’elle s’attendait initialement à une croissance de 0,1 %. Une troisième baisse en quatre mois dans le secteur manufacturier frappé par les tarifs douaniers a pesé sur l’activité économique en juin, selon l’agence.
Les secteurs de production de biens ont globalement baissé de 0,5 % en juin, tandis que les industries de services ont légèrement augmenté de 0,1 %.
La baisse de juin est venue s’ajouter aux contractions d’avril et de mai, selon StatCan, marquant ainsi les trois premiers mois consécutifs de baisse du PIB depuis le dernier trimestre de 2022.
Selon les premières estimations de l’agence, le PIB réel a augmenté de 0,1 % en juillet. La baisse du deuxième trimestre a été plus forte que ce à quoi s’attendaient la plupart des économistes au moment de la publication, et elle a été légèrement inférieure aux prévisions de la Banque du Canada pour le trimestre, publiées à la fin du mois de juillet.
La banque centrale analysera attentivement les derniers chiffres du PIB avant sa prochaine décision sur les taux d’intérêt le 17 septembre. Les responsables de la politique monétaire sont restés largement à l’écart de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, attendant de voir comment les tarifs douaniers affecteront l’économie et l’inflation.
Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, a affirmé dans une note aux clients que la faiblesse des chiffres de juin signifie que l’économie canadienne entame le troisième trimestre sur une note faible. La croissance pour ce trimestre devrait se situer entre une croissance stable et une croissance de 0,5 %, a-t-il précisé.
«Cette tendance plus faible que prévu dans les chiffres mensuels rend la publication d’aujourd’hui favorable à notre prévision d’une réduction des taux d’intérêt en septembre», a ajouté M. Grantham, tout en ajoutant que les prochaines données sur l’inflation et l’emploi pour le mois d’août auront également leur mot à dire dans la décision de la Banque du Canada.
M. Reitzes n’est pas convaincu que le PIB du deuxième trimestre influencera la Banque du Canada dans une direction ou une autre, étant donné que la banque centrale a choisi de faire une pause lors de sa dernière décision sur les taux et que ses prévisions pour l’économie sont globalement conformes aux attentes.
«Pour la Banque du Canada, il n’y a rien qui plaide en faveur d’une réduction en septembre, même si cela maintiendra certainement intactes les discussions autour d’un nouvel assouplissement», a-t-il déclaré.
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