Les camionneurs ont besoin de meilleure bouffe et de toilettes propres sur la route, selon une étude de l’USask

Les camionneurs qui transportent du fret à travers le Canada continuent de souligner le manque de toilettes propres avec eau courante, d’options alimentaires saines et d’espaces de stationnement sûrs, pavés et bien éclairés.

Aujourd’hui, des recherches viennent étayer leurs affirmations. L’équipe d’un chercheur de l’Université de la Saskatchewan (USask) a interrogé des centaines de camionneurs et visité un grand nombre de relais routiers. Alexander Crizzle, professeur associé et directeur du laboratoire de recherche et de simulation de conduite, souhaite que les parties prenantes se réunissent pour trouver des solutions.

«Nous savons ce qu’il faut faire, mais nous ne nous réunissons pas collectivement pour faire pression. Lorsque je passe ces appels téléphoniques et que j’ai ces conversations, je suis seul», a-t-il déclaré.

Alexandre Crizzle (Photo : courtoisie)

Le camionneur longue-distance Bhavesh Desai observe que le Canada a au moins une décennie de retard sur les États-Unis en ce qui concerne l’infrastructure pour les conducteurs de camions. Joshua Geisbrecht, lui aussi dans la longue-distance, partage cet avis.

M. Desai est un chauffeur transfrontalier qui transporte des marchandises de l’Ontario et du Québec vers diverses régions des États-Unis. Récemment, il a été chargé de transporter des marchandises de l’Ontario vers l’Alberta.

Habitué à trouver de nombreux relais routiers et des aires de repos pavées et bien éclairées sur les autoroutes américaines, M. Desai n’a pas été satisfait de ce qu’il a découvert le long de la route transcanadienne.

«Les endroits où l’on peut s’arrêter pour faire une pause sont rares», a-t-il affirmé.

Des stationnements remplis de nids-de-poule

Il note que les relais routiers se concentrent sur la vente de carburant et ne répondent pas aux besoins des chauffeurs. Les aires de stationnement sont poussiéreuses et pleines de nids-de-poule, et le choix des aliments n’est pas très bon.

Aux États-Unis, il utilise une application pour réserver une douche, ce qui l’aide à gérer son temps. Lors de ce voyage, les choses se sont passées différemment. «Dans un relais routier, ils avaient un vieux système. Ils ont noté mon nom et mon numéro de téléphone sur un registre et m’ont dit qu’ils m’appelleraient lorsque la douche serait prête», raconte-t-il.

Joshua Geisbrecht (Photo : Trucker Josh Vlogs)

M. Geisbrecht, connu sous le nom de Trucker Josh sur YouTube, endure ces conditions depuis de nombreuses années.

«Des toilettes propres avec de l’eau courante seraient les bienvenues», a-t-il souligné. «C’est bien aux États-Unis, mais au Canada, c’est gênant.»

Certaines aires de repos peuvent sembler belles et propres, a-t-il fait remarquer. Il garde une grande quantité de désinfectant pour les mains dans son camion. «Il n’y a pas d’eau courante à l’intérieur, ou seulement de l’eau froide. Ou bien elles ont des toilettes de type carcéral qui puent car personne ne les nettoie.»

Pas d’eau courante dans les toilettes

Lee Wood, camionneur chevronné, veille à toujours avoir du papier hygiénique sur lui. Selon lui, 80 % des toilettes sont déplorables sur la route, et certaines n’ont pas de papier hygiénique. «Cela dépend de l’heure à laquelle vous les utilisez. Ils les nettoient une fois par jour. Certaines sont dégoûtantes, mais il faut y aller.»

Certains n’ont pas l’eau courante, d’autres ont l’eau froide. À l’approche de l’hiver, l’expérience n’est pas des plus agréables.

M. Crizzle sait que les camionneurs ne se sentent pas appréciés alors qu’ils constituent un élément essentiel de l’industrie du camionnage. Ils travaillent de longues journées et ont du mal à trouver un stationnement pour leurs gros camions. Le manque d’accès à une alimentation saine nuit à leur santé.

«Nous avons plus de 300 000 camionneurs au Canada, ils sont le moteur de notre économie. Et c’est presque comme si nous ne nous préoccupions pas d’eux», a-t-il indiqué. «On peut dire à un chauffeur de changer de régime alimentaire ou de se reposer correctement. Mais ils n’ont pas ces possibilités.»

M. Wood a remarqué que les camionneurs ne sont pas les bienvenus dans de nombreux endroits qui accueillent les autobus, les caravaniers et les automobilistes. «Ils ne veulent pas que les camions se garent là. C’est un peu comme si nous étions des citoyens de seconde zone.»

La nourriture saine est chère

M. Crizzle a mis l’accent sur les choix alimentaires et les prix pratiqués dans les relais routiers. «Si le prix d’une petite cannette de boisson gazeuse est presque équivalent à celui d’une grande bouteille, qu’allez-vous acheter? La grande bouteille, bien sûr. Au fil des ans, ce n’est pas très bon pour vos intestins ni pour votre santé.»

Le prix d’une orange peut être de 2 $, mais il peut y avoir une offre à 1 $ sur deux tablettes de chocolat. L’orange ne rassasie pas le camionneur très longtemps et coûte deux fois plus cher.

Les camionneurs souhaiteraient disposer de plus d’aliments frais, comme des salades, mais les relais routiers préfèrent mettre des aliments transformés en raison de leur durée de conservation plus longue.

M. Crizzle a contacté des entreprises qui exploitent des relais routiers au Canada. Certaines ont répondu, d’autres non. Celles qui ont répondu ont dit qu’elles avaient confié la partie alimentaire de l’entreprise à une compagnie de restauration rapide. Selon lui, il n’est pas facile de communiquer avec les grandes entreprises et d’obtenir des réponses de leur part.

Lee Wood (Photo : courtoisie)

M. Wood reconnaît que la nourriture des relais routiers n’est pas des plus saines. Le camion est équipé d’un réfrigérateur et il a ajouté un congélateur électrique. Il prépare lui-même ses repas.

«La nourriture des relais routiers est frite, panée et grasse. Il est moins cher d’acheter deux grandes pointes de pizza et un cola pour le prix d’une petite salade, s’il y en a une», a-t-il expliqué.

M. Desai transporte de la nourriture dans son camion, mais il arrive qu’il n’y en ait plus. Lors de son voyage dans l’Ouest, il a mangé des flocons d’avoine pour le dîner à deux reprises, car il n’y avait pas d’autres possibilités de se nourrir.

Les problèmes des aires de repos

M. Geisbrecht emballe également de la nourriture et s’assure d’avoir du pain, du beurre de cacahuète et de la confiture pour faire un sandwich. La soupe en conserve est un aliment de base dans son camion. Il aime manger des fruits frais, mais il est difficile d’en trouver sur la route et, s’il y en a, ils sont très chers. Il se contente de coupes de fruits emballées.

M. Crizzle note que les aires de repos posent également un problème, et que nombre d’entre elles ne sont pas conçues pour les camions. «L’accès à l’eau courante et à des toilettes propres est un problème», a-t-il déclaré, ajoutant qu’il était nécessaire de disposer d’aires de stationnement bien éclairées et pavées.

Sur sa chaîne YouTube, M. Geisbrecht parle souvent de l’espoir de trouver un endroit sûr pour se garer et se reposer après une longue journée de conduite et de bâchage de chargements. Lors d’un récent voyage en Colombie-Britannique, il a remarqué l’ouverture d’une nouvelle aire de stationnement pour camions. Mais les conducteurs ne peuvent s’y garer que pendant 24 heures.

Problèmes de stationnement

Au Canada, un conducteur est tenu de ne pas travailler et de garer son camion pendant 36 heures après une semaine de 70 heures afin de se conformer aux règles relatives aux heures de service. «Je ne pense pas que les personnes qui planifient ce genre de choses y réfléchissent beaucoup», a ajouté M. Geisbrecht.

Dans le nord de l’Ontario, M. Desai a arrêté son camion alors qu’il lui restait deux heures de route à parcourir, car il craignait de ne pas trouver de place de stationnement. Lorsque les routiers conduisent moins, ils gagnent moins d’argent.

«Je ne retournerai pas dans l’ouest du Canada», a-t-il déclaré. «Je préfère faire deux remise à zéro sur la route aux États-Unis.»

L’équipe de M. Crizzle prévoit de publier bientôt les résultats de ses recherches. Il souhaite réunir toutes les parties prenantes, soit l’industrie, le gouvernement et les organisations de camionnage dans une salle pour discuter des solutions. La modernisation des relais routiers et l’amélioration des aires de repos sont à l’ordre du jour.

«Nous avons des preuves et nous devons faire quelque chose. Nous connaissons les problèmes, nous devons maintenant travailler ensemble pour trouver des solutions», a-t-il affirmé.


Have your say

We won't publish or share your data

*