Les contrôleurs routiers ne patrouilleront qu’armés. Et probablement pas avant 2026

Des véhicules hors normes trop larges. Un tracteur-remorque présentant 67 défectuosités. Plusieurs fissures, dont une de 60 centimètres de long, sur une semi-remorque immatriculée en Ontario. Ce ne sont là que quelques exemples de défectuosités détectées récemment aux postes de contrôle routier du Québec. Mais le plus inquiétant, c’est de penser à tous les dangers sur roues qui circulent sans être interceptés depuis que les contrôleurs routiers sont interdits de patrouille.

Depuis le 6 mars 2025, une ordonnance du Tribunal administratif du travail confine les contrôleurs routiers aux postes de contrôle et leur interdit de patrouiller, donnant raison au syndicat des constables spéciaux qui considère que les contrôleurs routiers ne sont pas suffisamment protégés pour faire face aux risques qu’ils encourent lorsqu’ils interceptent un véhicule commercial.

Véhicule de patrouille de contrôle routier
(Photo: Steve Bouchard)

Le dossier traîne en longueur et ouvre la porte aux délinquants qui peuvent circuler en toute impunité et contourner les postes de contrôle, seul endroit où les contrôleurs routiers peuvent encore procéder à des interceptions.

« Avant le jugement, on roulait entre 9 000 et 10 000 interceptions par mois. Environ 75 % de celles-ci se faisaient en patrouille ; le reste à la balance. Aujourd’hui, on est à 2 000–3 000 », résume Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ), en entrevue avec Transport Routier.

La baisse des interceptions s’accompagne d’une diminution marquée des constats. « En 2024, on tournait autour de 2 500 constats par mois. Depuis l’arrêt des patrouilles, on est sous les 1 000 », poursuit M. Daignault. « La balance, c’est un peu comme un photoradar. Ceux qui n’ont rien à se reprocher s’y présentent. Ceux qui sont en infraction l’évitent. »

Au-delà des chiffres, l’impact majeur de l’absence de patrouille est comportemental : la présence visible des contrôleurs exerce une pression dissuasive sur les pratiques à risque (surcharge, arrimage, pneus, freins, itinéraires de contournement). Privé de cette présence, le réseau devient plus permissif, au détriment des transporteurs qui investissent en conformité et en entretien.

La question du port d’arme

Au cœur du blocage : la sécurité personnelle des contrôleurs. « On demande un cadre de port d’armes, comme d’autres corps d’inspection exposés à des dangers comparables», indique Jean-Claude Daignault.

Le profil des interventions des contrôleurs routiers a changé: des camions servent à des réseaux criminels liés au vol de voitures, à la contrebande, parfois aux armes à feu. « Ce genre d’interception est passé de l’exception à plusieurs par semaine, à certains moments », constate le président de la Fraternité.

Le nouveau ministre des Transports et de la Mobilité durable, Jonatan Julien, s’apprêterait à autoriser le port d’armes à feu pour les contrôleurs routiers. Une bonne nouvelle en soi, mais qui reste à confirmer et qui ne remettrait pas les patrouilles sur la route du jour au lendemain.

Jean-Claude Daignault reste prudent : « Je serai évidemment heureux si le ministre Julien prend cette décision. Mais j’ai un bémol, parce que j’avais une entente avec la ministre des Transports en avril de l’année dernière, et cette entente-là a été reniée par le bureau du premier ministre. Donc, je vais y croire quand ce sera annoncé publiquement. »

Et le cas échéant, il faudra former les agents à l’École nationale de police, acheter et encadrer les armes de service. Mme Daignault croit réaliste de penser qu’un retour des patrouilleurs ne serait pas possible avant 2026.

« Mais il est certain qu’il va falloir une forme d’armement avant que nous retournions en patrouille », assure M. Daignault.

Statistiques sur les interception par les contrôleurs routiers fournies par la FCCRQ:

Mois 2025InterceptionsÉcart vs moyenne 2024Infractions (approx.)Écart vs moyenne 2024
Avril 20254 343−52,0 %± 1 000± 70 %
Mai 20253 716−58,9 %± 1 000± 70 %
Juin 20253 405−62,4 %± 1 000± 70 %
Par mois en fonction de la moyenne de 2024
AnnéeNombre d’interceptionsDifférenceNombre d’infractionsDifférence
202282 38928 294
202394 494+12 10531 391+3 097
2024108 757+14 26341 922+10 531
Moyenne mensuelle 20249 0633 493


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