Les dirigeants exhortent les flottes à investir dans les ressources humaines, et pas seulement dans les outils numériques
Les dirigeants de l’industrie du camionnage affirment que les flottes doivent trouver un équilibre entre innovation numérique et stratégies axées sur les personnes si elles veulent prospérer dans un secteur en pleine mutation. Lors de la conférence Bridging the Barriers à Mississauga, en Ontario, ils ont souligné que si l’intelligence artificielle et l’automatisation rationalisent les opérations, la culture, la formation et les changements générationnels ne peuvent être négligés.
David Kelly, président d’Innocon, a expliqué que son entreprise avait rapidement constaté les limites du passage au tout numérique. Le fournisseur de béton prêt à l’emploi a mis en place une plateforme de commande en ligne, mais plus de 30 % de ses clients préféraient toujours passer leurs commandes par téléphone.
«Certains ne veulent tout simplement pas utiliser les outils numériques», a-t-il affirmé, soulignant que leur imposer la technologie risquait de faire perdre des clients. «Il faut prendre soin de l’ensemble de la clientèle», a-t-il ajouté lors de l’événement organisé par la Women’s Trucking Federation of Canada le 16 septembre.

Chez TFI, surmonter les obstacles a nécessité de repenser la formation. La vice-présidente exécutive Kristen Fess a indiqué que l’IA est désormais utilisée pour élaborer des procédures opérationnelles standardisées qui accélèrent l’intégration et réduisent le besoin d’heures de formation en présentiel avec des cadres supérieurs.
Une employée revenant d’un congé de maternité, par exemple, a pu se familiariser avec la gestion des comptes grâce à des guides assistés par IA, plutôt qu’en observant un collègue.
Mme Fess a souligné que l’agilité exige une exposition à l’ensemble de l’entreprise. Répartiteurs, planificateurs et mécaniciens sont invités à participer aux examens financiers et opérationnels afin de comprendre comment leurs rôles influent sur la rentabilité. «C’est un travail de longue haleine», a-t-elle ajouté, précisant que l’agilité se développe par une exposition répétée à de nouvelles expériences.
Jason Belgrave, directeur des opérations chez Purolator, a rappelé que l’absentéisme et la formation irrégulière entre pairs ralentissaient autrefois l’intégration des nouveaux employés et favorisaient les mauvaises habitudes. L’entreprise de messagerie s’appuie désormais largement sur l’automatisation, utilisant des outils tels que le tri intelligent et le routage dynamique pour réduire la formation de plusieurs semaines à quelques heures. Dans son centre de Toronto, des casques de réalité virtuelle permettent aux recrues de s’initier virtuellement à des tâches spécialisées avant de passer sur le terrain.
Avantages de la formation polyvalente
«Le premier réflexe est de considérer l’automatisation comme un moyen de réduire les coûts», a expliqué M. Belgrave. «Mais il s’agit en réalité de réaffecter les employés à des tâches à plus forte valeur ajoutée.» Selon lui, les flottes devraient voir l’automatisation comme un outil d’élargissement des compétences plutôt qu’un simple levier de réduction des effectifs.
La formation polyvalente est également mise en avant chez Innocon. L’entreprise organise des rotations de trois mois qui réduisent temporairement l’efficacité, mais préparent les employés à combler les absences et à assumer des rôles de direction. «C’est une police d’assurance qui stimule aussi le moral en montrant les possibilités d’avancement», a indiqué David Kelly. «Vous voyez qui est capable de se montrer à la hauteur.» Les jeunes travailleurs, en particulier, souhaitent avoir une vision globale de l’entreprise plutôt que d’être confinés à un seul poste pendant des années.
Les participants ont convenu que la culture et la communication sont tout aussi importantes que la technologie. «La culture se définit par ce que les entreprises récompensent et ce qu’elles refusent de tolérer», a affirmé M. Belgrave. Selon lui, les employés évoluant dans un environnement sain sont plus disposés à dépasser leurs fonctions, mais les dirigeants doivent fournir des outils clairs et du soutien lorsqu’ils introduisent des changements. Il a averti que l’échec du changement vient souvent d’un manque de préparation des personnes concernées.
Différences générationnelles
Les différences générationnelles représentent un autre défi. Gary Vandenheuvel, propriétaire de Preferred Towing à Sarnia (Ontario) et président de la Professional Towing Association of Ontario, a noté que les dirigeants plus âgés avaient bâti leur carrière en travaillant de longues heures et en étant constamment disponibles. Les jeunes employés accordent de l’importance à l’équilibre et ne sont pas prêts à faire les mêmes sacrifices. «Nous ne pouvons pas simplement leur dire : «Faites comme nous avons fait.» Nous devons nous adapter», a-t-il affirmé.
Il a également pointé la disparition des cours pratiques dans les écoles comme un défi à long terme. De nombreux jeunes n’arrivent plus sur le marché du travail avec des compétences concrètes, ce qui oblige les entreprises à les former à partir de zéro. D’où l’importance, selon lui, de créer des milieux favorables où règne un esprit communautaire.
La technologie comme alliée, mais pas comme solution unique
Dans le secteur du remorquage, M. Vandenheuvel a insisté sur l’imprévisibilité des opérations : une journée peut commencer avec des appels programmés, mais basculer rapidement vers une série d’interventions imprévues. Les systèmes de répartition deviennent donc essentiels pour suivre les chauffeurs et attribuer les bons camions aux bonnes missions.
La technologie transforme déjà cette gestion en temps réel. Si lui-même utilise l’IA pour peaufiner ses rapports, il a été surpris d’apprendre qu’un propriétaire de flotte du nord de l’Ontario confie désormais entièrement la gestion de ses interventions après les heures de bureau à l’intelligence artificielle.
Le consensus au sein du panel était sans équivoque : les flottes ne peuvent pas compter uniquement sur la technologie. Les systèmes numériques continueront de s’améliorer, mais l’avenir du secteur reposera sur la capacité des entreprises à investir dans leur personnel.
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