Les entreprises de messagerie à la rescousse pendant la grève de Postes Canada
La grève chez Postes Canada a bouleversé les opérations de livraison en cette période très occupée des fêtes. Alors qu’aucune entente ne se dessine à l’horizon, les entreprises de messagerie voient leurs activités exploser.
Cette importante augmentation du volume de colis ne prend pas les entreprises de messagerie au dépourvu. «C’est n’est pas une situation à laquelle on n’est pas habitué. On a quand même passé à travers la COVID, qui avait donné un gros boum, donc on bénéficie de l’expérience», rappelle Karl McLellan, vice-président et chef de la direction chez Groupe Bernières, qui exploite le service de messagerie Délivro.

C’est aussi le cas pour Nationex, qui a pris de l’avance dès que la situation à Postes Canada a commencé à prendre de l’ampleur. «On a eu des discussions avec des clients qui nous avaient transféré du volume avant que Postes Canada n’entre en grève, justement pour protéger leurs arrières. Donc, ça nous a permis de nous préparer davantage», explique Catryn Pinard, présidente de Nationex.
Cette grève entraîne certes des répercussions sur la main-d’œuvre, des transporteurs ayant dû trouver des ressources supplémentaires, que ce soit en entrepôt ou sur la route. Nationex et Groupe Bernières ont trouvé des solutions comme l’ajout de travailleurs temporaires et d’heures supplémentaires. Certains chauffeurs de Groupe Bernières ont pu donner un coup de main à leurs collègues de Délivro.
Les services de messagerie ne sont pas les seuls touchés par cette augmentation; leurs intermédiaires sont aussi affectés. «Je dirais que nous traitons de trois à quatre fois les volumes habituels, ce qui est quand même impressionnant», informe Sébastien Cyr, vice-président des ventes et du développement des affaires chez Machool, une entreprise qui met les entreprises en relation avec des transporteurs et qui a vu une augmentation de 80% des volumes.
«En tant que fournisseurs de technologie, le défi c’est de s’assurer que le service technologique est stable. On donne les commandes aux transporteurs qui sont intégrés avec nous. Ça fonctionne bien pour eux, ils ont été en mesure d’absorber les volumes et la croissance.»
Défis en région
Si les zones plus urbaines peuvent compter sur plusieurs transporteurs, les choses se compliquent dans les zones rurales, qui comptent beaucoup sur les activités de Postes Canada.
«Nous avons vu une hausse significative dans à peu près toutes nos sphères d’activités et nos contrats avec d’autres transporteurs», souligne Kyna Gauthier Boulianne, directrice générale de Colis Expert, un transporteur qui couvre la région de la Côte-Nord.
«Il m’est impossible à l’heure actuelle de chiffrer exactement cette hausse, ni de différentier la hausse normale du temps des fêtes versus l’effet de la grève, mais je peux dire que nous voyons des colis provenant d’expéditeurs qui utilisent normalement les services de la poste, et que le volume reçu est grandement supérieur aux volumes que nous avions prévus.»
L’entreprise dû gérer la livraison des différents volumes dont Postes Canada devait s’occuper dans la région, notamment ceux venant des grandes entreprises, ce qui est compliqué quand la zone est majoritairement desservie par Postes Canada et que plusieurs transporteurs privés font appel à eux pour livrer leur marchandises, surtout dans les municipalités difficiles d’accès.
De plus, selon Mme Gauthier Boulianne, les frais d’exploitation en région sont bien supérieurs à ceux des grandes villes, notamment parce que les distances à parcourir sont plus grandes, qu’il y a moins de véhicules ou de garages, qu’il y a moins de main-d’œuvre et que la population plus modeste fait en sorte que les compagnies ont moins de revenus.
«Les transporteurs ajustent leurs prix à la hausse pour les régions pour refléter leurs coûts réels, alors que la poste gouvernementale, vu sa mission d’être accessible à la population, demeure plus ou moins dans les mêmes taux. Pour cette raison, la poste peut être le transporteur le plus utilisé ici», explique Mme Gauthier Boulianne.
Colis Expert a également reçu de l’aide pour combler le manque de main-d’œuvre, qu’il s’agisse d’employés temporaires, dont certains même viennent de Postes Canada, et de gestionnaires qui sont retournés sur les routes. Ils ont dû faire des voyages supplémentaires pour combler la demande, en plus de livraisons de soir.
Le principal enjeu reste le manque de véhicules. «Notre épine dans le pied, c’est réellement du côté des véhicules disponibles pour la location. Nous cherchons même dans la population, chez d’autres compagnies, s’il y a possibilité de louer leurs véhicules à la journée, que ce soit des caravanes ou des fourgonnettes», explique par Mme Gauthier Boulianne.
Le malheur des uns…
La grève des postes offre aux entreprises de messagerie un sursaut d’activités qui est bienvenu. «2024 a été une année difficile économiquement parlant pour le commerce de détail et pour plusieurs autres segments d’industrie. C’était une année un peu plus lente en termes de croissance», indique Sébastien Cyr.
«On commençait quand même à sentir que les consommateurs prenaient confiance dans l’économie et avaient la capacité de dépenser un petit peu plus. La grève a été un élément favorable pour nous. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Elle a vraiment entrainé une augmentation significative.»
Cette grève pourrait faire en sorte que plus de consommateurs ou d’entreprises se tournent vers des alternatives à Postes Canada à l’avenir. «Je pense que les clients vont peut-être être un peu plus à l’écoute d’autres alternatives. Je pense que c’est vraiment important pour les entreprises, surtout les détaillants qui font du commerce en ligne, d’avoir des relations partout», analyse Catryn Pinard
Cela ne fera pas en sorte que Postes Canada sera totalement négligée à l’avenir. «Poste Canada est quand même une institution. Les gens aiment ça avoir leurs colis déposés dans des boîtes postales sécuritaires, plutôt que sur le seuil de leur porte», croit Karl McLellan.
Have your say
We won't publish or share your data