L’IA chez Groupe Robert et Groupe Guilbault
Groupe Robert et Groupe Guilbault, deux des plus importants transporteurs au Québec, ont intégré l’intelligence artificielle au sein de leur entreprise. Ils ont partagé leur expérience lors d’un panel dans le cadre de l’événement La place de l’intelligence artificielle dans l’industrie du transport routier de marchandises, organisé par le Carrefour logistique de HEC Montréal, en collaboration avec la Fondation pour la formation en transport routier.
Groupe Robert implante l’IA non seulement pour gérer ses opérations de transport comme l’assignation des véhicules, des chauffeurs ou des routes, mais aussi dans ses centres de distribution pour des processus comme l’assignation du travail, la validation et la préparation des commandes.

«Ce sont des humains qui font des vérifications visuelles, mais c’est très coûteux en main-d’œuvre qui n’est pas infaillible. C’est vraiment une autre opportunité d’augmenter notre précision par rapport à nos commandes», a déclaré Natacha Bouvier, vice-présidente des technologies de l’information et de l’innovation chez Groupe Robert. «On fait aussi beaucoup d’automatisation et de robotisation, et on voit les possibilités de l’IA en termes de complément.»
Groupe Guilbault fait surtout appel à l’IA pour la gestion de ses opérations de transport, plus précisément pour l’optimisation des routes et la gestion de la flotte. «On voulait certes l’utiliser pour la répartition, mais savoir aussi de quels camions on doit se départir et lesquels coûtent le plus cher. Tout ça prend de nombreuses données», a expliqué Éric Gignac, président du Groupe Guilbault.
Groupe Robert a également utilisé l’intelligence artificielle pour adapter ses opérations à la tarification dynamique. «La tarification dynamique nous apparaissait comme un élément important, mais quand même complexe à mettre en place, pour nous aider à prendre des décisions par rapport au transport», a indiqué Mme Bouvier.
Groupe Guilbaut envisage de faire la même chose. «Notre premier objectif pour 2025 [en ce qui a trait à l’IA ] va sûrement toucher à la tarification dynamique, mais aussi à la flotte», a ajouté M. Gignac.
Les deux transporteurs ont essayé d’autres applications pour l’IA. Groupe Guilbault l’utilise pour prendre des décisions liées aux coûts, notamment les camions en attente de pièces.
«Les camions coûtent de plus en plus cher, tout comme les pièces, qui sont aussi de plus en plus rares», a indiqué M. Gignac. «Chez Guilbault, on a toujours une trentaine de camions qui sont au garage, dont environ une dizaine qui est en attente de pièces depuis plusieurs jours, même plusieurs semaines. C’est pour ça qu’il faut essayer de gérer le plus possible en utilisant les données.»
Groupe Robert envisage de se pencher sur plusieurs aspects de l’IA. «On regarde quel projet d’IA spécifique on veut mettre en place, mais ce sera probablement du côté de la répartition et des commandes» a fait part Mme Bouvier. «Avec les grands projets d’intelligence artificielle, on parle même de prédiction d’accident, donc ce sont toutes des choses qu’on va regarder.»
Avantages
Les deux panélistes ont fait part des avantages que leur a apportés l’intelligence artificielle.
Ils ont notamment remarqué une amélioration des coûts, une optimisation des performances, un meilleur service aux clients, mais aussi une fluidité dans le travail administratif. Éric Gignac affirme néanmoins que l’intelligence artificielle ne remplacera pas la main-d’œuvre humaine, surtout celle sur la route. «Je ne crois pas que l’on va remplacer les chauffeurs», a-t-il souligné.
Natacha Bouvier considère néanmoins que l’IA pourrait être efficace dans le secteur de la distribution. «On ne va pas perdre les chauffeurs. Par contre, dans les centres de distribution, la main-d’œuvre est un enjeu, il y a beaucoup de roulement et ce ne sont pas des tâches qui ont une grande valeur ajoutée. Donc, automatiser certaines tâches nous procurererait de grands avantages.»
Groupe Robert a également fait de l’importation automatique pour les dossiers d’employés, facilitant le travail administratif, alors que Groupe Guilbault y fait appel pour les documents de cueillette et livraison des conducteurs.
Défis et obstacles
M. Gignac a reconnu un des principaux obstacles à l’adoption de l’IA. «C’est la gestion du changement», dit-il. «L’être humain est un peu rébarbatif au changement. Donc, il faut y aller tranquillement pour assurer le succès.»
Mme Bouvier pense aussi que la gestion du changement est un enjeu important, ajoutant que «dans notre cas, il s’agit de la gouvernance de nos données. Je pense qu’il faut bien les structurer parce que, quand il y en a trop et qu’en plus ce ne sont pas les bonnes données, il faut départager les bonnes avant de pouvoir automatiser.»
Il faut aussi trouver un moyen pour les entreprises d’implanter l’intelligence artificielle. Pour M. Gignac, la meilleure façon serait de faciliter la compréhension de la technologie non seulement pour les camionneurs, mais aussi de façon plus globale aux transporteurs qui sont en retard en matière d’IA. Pour Mme Bouvier, il faut chercher une expertise en la matière pour mieux comprendre les projets à implanter.
Les deux panélistes ont aussi parlé de la relation entre l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
«Je mentionnais la gouvernance des données, que ce soit les renseignements personnels ou les données confidentielles de l’entreprise. Avant de les mettre dans une boîte noire, il faut vraiment s’assurer que l’IA corresponde à notre niveau de sécurité recherchée. Donc je pense qu’elle ajoute effectivement un niveau de complexité», a souligné Natacha Bouvier.
«Avec la loi 25, c’est une problématique qui s’additionne chez nous. On a des questionnements au niveau du gouvernement parce que nos données RH seront dans un cloud situé à Dublin, donc qui n’est sous la même juridiction que le Canada. Ça peut être un défi», a ajouté Éric Gignac.
Have your say
We won't publish or share your data
Wow!! Ce serait intéressant de faire une capsule vidéo de bonnes pratiques avec eux, dans le cadre du projet LTI3 : https://lti3.innovlog.ca/