Pagaille dans la livraison de colis : des transporteurs improvisés coupent les prix aux dépens de la sécurité et de la conformité

Contrôle Routier Québec vient de rendre publics les résultats de sa dernière opération visant particulièrement les petits véhicules de livraison de colis, tenue il y a quelques jours dans les secteurs de Drummondville et de Saint-Mathieu-de-Beloeil.

En un seul avant-midi, 31 véhicules ont été contrôlés, donnant lieu à l’émission de 14 certificats de vérification mécanique avec défectuosités mineures (droit de circuler du véhicule suspendu après 48 heures si la SAAQ n’a pas reçu la preuve que le véhicule est conforme); de 5 certificats de vérification mécanique avec défectuosités majeures (suspension du droit de circuler sur-le-champ) et de 13 constats d’infraction.

Dodge Caravan avec calandre abîmée, vu de face.
Les minifourgonnettes, souvent très usagées, sont prisées des petites entreprises de livraison de colis. (Photo : Contrôle routier Québec)

La majorité des défectuosités constatées au cours de l’opération étaient en lien avec des feux non fonctionnels et des pneus non conformes en raison de l’usure excessive.

En entrevue à Transport Routier, le lieutenant Jonathan Beauvais, de Contrôle routier Québec, explique que ce n’est pas la première, ni la dernière intervention de ce genre que son organisation met sur pied en visant ces petits transporteurs improvisés, qui se sont multipliés depuis le boum du commerce électronique survenu dans la foulée de la pandémie de COVID-19.

« On a dénoté, suite à plusieurs opérations, qu’il y a avait beaucoup de problématiques au niveau de l’entretien mécanique particulièrement chez ces véhicules-là », dit M. Beauvais qui, incidemment, revenait du congrès annuel de l’Association des mandataires en vérification mécanique du Québec (ASMAVERMEQ) lors de notre discussion.

Pépinière de Chauffeurs inc.?

Difficile de savoir si ces livreurs de colis sont de faux employés déguisés en entrepreneurs fournisseurs de services, communément appelés Chauffeurs inc. et pour lesquels les employeurs ne paient aucune déduction à la source, exerçant une concurrence déloyale à l’égard des transporteurs respectueux des lois.

« C’est souvent des compagnies à numéro, qui utilisent des minifourgonnettes souvent, immatriculées commerciales. C’est de l’entreprise, c’est pas des particuliers nécessairement. C’est des chauffeurs qui utilisent un véhicule d’une compagnie », estime le lieutenant Beauvais, selon qui les vérifications d’immatriculation ont permis de constater que les véhicules interceptés appartenaient à des entreprises, pas aux personnes qui les conduisaient.

« Quand on demande aux gens s’ils sont propriétaires ou conducteurs, ils sont souvent seulement conducteurs », témoigne le contrôleur routier.

Véhicules en piteux état

Selon M. Beauvais, les consommateurs qui achètent en ligne veulent des livraisons rapides, alors ces petites entreprises de livraison de colis s’organisent pour avoir beaucoup de véhicules sur la route, quitte à tourner les coins ronds sur des aspects de sécurité et de conformité.

Gros plan d’un pneu de minifourgonnette usé à la corde
Des pneus dont les brins de la carcasse d’acier ressortent à travers la semelle n’ont plus aucune adhérence sous la pluie. (Photo : Contrôle routier Québec)

« Ce qu’on constate souvent, c’est que ce sont des gens qui vont acheter des véhicules qui sont usagés, qui ne coûtent pas cher, pour être capables d’en faire plus [des livraisons] », dit M. Beauvais.

« C’est souvent des véhicules usagés, peut-être qui n’ont pas été tellement bien entretenus. On va étirer les pneus, on va étirer l’entretien mécanique pour pouvoir les faire rouler le plus longtemps possible », ajoute-t-il au sujet des minifourgonnettes de type Dodge Caravan, Kia Sedona ou Honda Odyssey qui sont prisées par ces petits livreurs.

Sans surprise, les grands joueurs tels que les Canpar, Postes Canada, FedEx et UPS de ce monde ne se retrouvent pratiquement jamais dans les filets des contrôleurs routiers lors d’opérations ciblées de ce type.

« Eux ce sont véritablement des compagnies de transport. Ce sont des gens qui sont habitués. Ils ont un certain standard à maintenir. C’est un véhicule lourd, c’est un vrai conducteur de véhicule lourd qui est à bord, ils respectent les réglementations », témoigne le contrôleur routier.

Ces entreprises bien établies doivent composer avec une concurrence qui ne suit pas les mêmes règles.

« Là on tombe avec des véhicules de promenade, plaqués commerciaux, avec des chauffeurs qui ne sont pas nécessairement des professionnels de la route. Donc ils n’ont pas de ronde de sécurité à faire, il y a tout ce volet qu’il n’y a pas de réglementation. Eux ils partent le matin et ils ne vérifient pas nécessairement le véhicule, contrairement à nos professionnels qui, eux, vont faire la ronde de sécurité et vont s’assurer que leur véhicule est en ordre », déclare M. Beauvais.

« C’est vraiment des compagnies à numéro, qui sont plus marginales », conclut-il.

La concurrence déloyale a des effets réels. Postes Canada a perdu, cette année comme l’année précédente, des revenus de livraison de colis alors qu’elle en traite pourtant de plus grands volumes, parce que les prix chutent.

« L’intensification de la concurrence sur le marché de la livraison des colis a créé de nouveaux défis importants que la Société doit relever pour assurer la viabilité du service postal national », disait l’organisme fédéral en mai dernier en marge du dévoilement de ses résultats financiers.

Toute personne témoin d’une situation de transport dangereuse peut faire un signalement anonyme à Contrôle routier Québec en composant le 1-866-471-1277.


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