Performance Supply Chain 2025 : comment se développer efficacement en temps de crise

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Alors que l’incertitude menace les opérations de nombreux transporteurs, les entreprises Intelcom et Nationex, toutes les deux spécialisées dans la livraison du dernier kilomètre, voient dans cette situation l’opportunité de se développer dans différents volets.

«La beauté de ce qui est en train de se passer en ce moment, c’est que toute la pression qui est mise sur la chaîne d’approvisionnement fait en sorte que les solutions doivent devenir de plus en plus créatives et doivent arriver plus vite», a expliqué Charles-Antoine Martin, vice-président de la stratégie des opérations mondiales chez Intelcom, dans le cadre d’un panel pour la Performance Supply Chain 2025 du Groupe GCL.

Son collègue Clément Sabourin, directeur du développement durable chez Nationex, remarque quant à lui une certaine pression. «Les gens ont tendance à un peu plus retenir leurs achats, à davantage reconsidérer leurs décisions d’investissement. Donc en tant que transporteur pour la vente au détail, on le ressent», a-t-il affirmé.

Néanmoins, le contexte dans lequel les deux entreprises opèrent leur a permis de se développer au point de vue de la technologie et du transport durable.

De gauche à droite : Antoine Grand’Maison, associé et directeur de pratique de transformation numérique chez Groupe GCL, Charles-Antoine Martin et Clément Sabourin (Photo : David Simard-Jean)

Développement technologique

Intelcom a concentré ses efforts sur deux volets technologiques pour améliorer l’efficacité des opérations. «On est toujours limité par le nombre d’heures de livraison dans une journée. Je ne veux pas empiéter sur les huit heures de livraison qu’un livreur peut avoir. Je dois devenir plus efficace maintenant», a déclaré M. Martin.

Le premier volet, c’est l’automatisation, avec notamment la mise en place de plusieurs trieurs automatisés dans la région de Montréal et d’autres projets d’automatisation à venir. Le deuxième volet est l’intelligence artificielle. «L’équipe qui a grandi la plus vite chez Intelcom dans les deux dernières années, c’est celle d’IA et d’apprentissage automatique», a ajouté M. Martin.

Cela a aidé pour tout le développement sur les applications technologiques qui est fait à l’interne. «Ça fait en sorte qu’on est capable d’aller vite sur des projets parce qu’on a les nouvelles technologies, mais également toute l’expérience et les erreurs que quelqu’un peut avoir faites», a indiqué M. Martin.

«Ça fait en sorte qu’on a beaucoup de rapidité et de flexibilité. Au début, on avait une approche «allons chercher les meilleurs systèmes sur le marché». J’aime encore cette approche, mais là je commence à découvrir le volet «on bâtit tout nous mêmes». Ça prend beaucoup d’investissements en ressources, mais ça nous donne énormément de flexibilité en ce moment.»

Quant à Nationex, l’entreprise a pu compter sur la compagnie d’IA québécoise Vooban, qui leur a fourni un outil de prévisibilité des volumes.  Le transporteur a pu en faire l’essai lors de la grève de Postes Canada et leur a permis de mieux ajuster les opérations.

«Je pense qu’à notre échelle, ce qu’on cherche surtout en ce moment, c’est d’avoir une meilleure efficacité opérationnelle. Ça passe aussi en investissant dans le système de tri. On est en train, comme Intelcom, de faire le tour pour chercher le meilleur convoyeur pour augmenter la cadence», a expliqué M. Sabourin.

«Et on doit vraiment aussi être sûr qu’on a toujours les bonnes ressources et les bonnes équipes en place à la bonne case horaire et dans le bon entrepôt. Ça peut paraître un peu vague comme ça, mais on peut rapidement perdre le contact avec la réalité et ainsi ne plus savoir exactement combien on a de gains manutentionnaires sur le plancher.»

Développement du transport durable

Nationex donne une plus grande importance au transport durable. En effet, le transporteur a récemment pris un virage environnemental en électrifiant sa flotte de camions. Elle a aussi mis en place plusieurs initiatives comme le corridor Montréal-Québec 100% électrique ou bien la livraison 100% électrique à Toronto.

Selon lui, la volonté de se tourner vers les véhicules électriques reste toujours forte malgré le contexte actuel. «Ce qui est rassurant c’est que, quels que soient les bouleversements actuels, toutes les personnes intéressées ne changent pas de cap. La décarbonation du transport et des entreprises s’intensifie», a-t-il souligné.

M. Sabourin a cependant remarqué quelques obstacles contre l’ambitieux projet d’électrification de Nationex. Il y a notamment eu l’arrêt de la subvention Écocamionnage, qui a fait ralentir l’investissement sur de nouveaux véhicules électriques. «Donc je veux bien les acheter ces véhicules, mais si on n’a pas Écocamionnage pour nous aider, il y a un trou dans la raquette», s’est exclamé M. Sabourin.

L’autre problème, c’est le manque d’infrastructures de recharge. «Donc en ce moment, ça ralentit un peu l’expansion de ce projet», a confié M. Sabourin. «Pour faire fonctionner les véhicules électriques, c’est surtout les infrastructures de recharge qu’il faut déployer, et il faut des bornes de recharge de niveau 3, soit autre chose que ce que vous avez à la maison. Ça peut monter à un million de dollars.»

Intelcom constate aussi un manque d’infrastructures de recharge. La compagnie électrifie aussi sa flotte, mais avec un modèle d’affaires différent de Nationex en utilisant des partenaires qui fournissent des camions et en les incitant à se tourner vers l’électrique.

Cependant M. Martin pense que pour mieux décarboner ses opérations, il n’est pas nécessaire de se procurer des véhicules électriques, mais bien d’optimiser ses opérations. «Si je suis capable de mettre deux fois plus de colis sur une route, je viens de couper par deux les émissions qu’amènerait la livraison de ces colis», a-t-il expliqué.

«On a eu du succès avec nos 300 véhicules électriques, mais on a probablement plus réduit nos émissions avec une optimisation traditionnelle de notre réseau. C’est bien de parler d’électrification, mais il ne faut pas oublier tout le volet d’optimisation qui donne des résultats vraiment intéressants.»


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