Planifier les hauteurs libres sur sa route, parce qu’un viaduc est si vite arrivé

C’est une réalité avec laquelle l’industrie du camionnage doit composer : il y a encore plusieurs chauffeurs qui ne connaissent pas bien la hauteur du camion et/ou de la remorque qu’ils tractent. Cela peut causer des accidents, des bris au réseau routier et des pénalités aux flottes qui les emploient.

Le meilleur exemple est celui du viaduc ferroviaire d’Exo, à Westmount, qui n’offre qu’un dégagement de 3,5 mètres, mais sous lequel des camions de 4 mètres et plus de hauteur tentaient tout de même de se faufiler à titre de raccourci pour éviter des chantiers routiers dans le secteur.

Les incidents ont été si fréquents que l’organisme de transport en commun qui gère ce viaduc a dû le doter de poutres d’acier protectrices et d’un système d’avertissement par infrarouge.

Le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) n’entend pas déployer de telles mesures protectrices sur l’ensemble de son réseau de structures aériennes. Mais ça ne veut pas dire que des collisions camion/viaduc ne s’y produisent pas.

Camion et sa remorque passent tout juste sous un viaduc
(Photo : iStock)

Des statistiques officielles sur ce nombre d’incidents ne sont pas compilées mais le cas classique est celui d’un camion à benne basculante dont le chauffeur oublie de l’abaisser avant de prendre la route et heurte, à titre d’exemple, la passerelle pour piétons d’un pont d’étagement. Un petit tour au « Musée des horreurs » de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec permet d’en constater quelques exemples.

Des ensembles camion/semi-remorque sont aussi parfois impliqués dans de tels incidents. La plupart du temps les impacts sont mineurs et il suffit de dégonfler les pneus du camion pour le sortir de sa fâcheuse position, mais cela entraîne des bouchons de circulation où les automobilistes frustrés prennent en photo le logo de la compagnie de transport impliquée… et dont le client sera mécontent du retard dans la livraison.

Gabarits de hauteur libre

Dans un échange de courriels avec Transport Routier, le porte-parole Gilles Payer explique que le MTMD a doté une soixantaine de ses structures d’un gabarit de hauteur. Ils sont conçus pour alerter un véhicule qui l’accroche que le dégagement sous la structure n’est pas suffisant et qu’il doit s’immobiliser.

C’est le même principe que lorsque vous vous présentez à l’entrée d’un stationnement souterrain et que, si vous heurtez la barre métallique suspendue qui indique la hauteur libre, vous savez que ça ne passera pas et qu’il est encore temps d’opter pour un plan B.

« En effet, pour un pont d’étagement ou un pont ferroviaire ou autre, il est possible que la route qui passe sous la structure soit munie d’un gabarit afin d’aviser l’utilisateur de la route de la hauteur libre sous la structure et lui permettre de s’arrêter avant cette dernière », indique le MTMD.

« Il faut comprendre que dans cette situation, il peut être situé à une bonne distance de la structure afin de permettre au conducteur de sortir de la route avant de frapper la structure », précise le porte-parole.

Selon le Guide des normes de charges et dimensions des véhicules routiers, au Québec la hauteur maximale pour qu’un camion puisse circuler sans permis spécial est de 4,15 mètres.

Image du MTMD qui indique la hauteur maximale d’un camion à 4,15 mètres.
(Image : MTMD)

« Malgré le fait que cette norme permette de circuler sur la presque totalité du réseau routier, certains ponts et viaducs peuvent avoir une hauteur libre inférieure à cette limite », prévient néanmoins l’ouvrage de référence.

Heureusement il existe un outil fort pratique à l’intention des camionneurs et des préparateurs d’itinéraires, le Répertoire des hauteurs libres du MTMD.

« L’utilisation de ces données permet de faire une première validation d’un itinéraire, mais elle ne dégage pas le camionneur de la responsabilité de s’assurer que son véhicule ne causera pas de dommages aux structures routières », avise le MTMD, suggérant que des vérifications sur le terrain soient faites aux endroits jugés plus critiques, ces vérifications étant encore plus cruciales pour les opérations de transport hors-normes.

Règle générale, les viaducs qui ont un dégagement de moins de 4,5 mètres l’affichent clairement en vertu d’une politique ministérielle.

Pénalités aux contrevenants

Le ministère des Transports et de la Mobilité durable n’est pas habilité à décerner des pénalités aux entreprises de camionnage dont les véhicules heurtent ses structures à répétition. Mais il dispose d’alliés qui, eux, peuvent le faire.

« Ces incidents sont susceptibles d’être répertoriés par Contrôle routier Québec (SAAQ) et/ou la Commission des transports. La Commission peut intervenir auprès des exploitants et des conducteurs de véhicules lourds dont le comportement présente des déficiences ou un risque pour la sécurité routière ou l’intégrité du réseau routier », écrit le MTMD.

En cas de doute, pourquoi ne pas simplement sortir le ruban à mesurer avant de prendre la route? Ça peut éviter bien des tracas.


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