Purolator raconte comment elle a réduit de moitié les blessures au travail et du quart les collisions de ses camions

Lorsque la firme de messagerie Purolator a publié son plus récent rapport ESG (Environnement, Société, Gouvernance) pour l’année 2023, il s’y trouvait des statistiques étonnantes.

L’entreprise a réduit de 48 % le nombre de blessures entraînant une absence du travail par rapport à l’année de référence 2019. Le nombre de collisions impliquant ses camion a, quant à lui, chuté de 24 % au cours de la même période, pour s’établir à 1,3 événement par 100 000 km parcourus.

Fourgon Purolator en milieu urbain
La flotte de Purolator compte plus de 4 000 fourgons de livraison, dont environ 75 % sont utilisés en milieu urbain. (Photo : iStock)

Transport Routier s’est entretenu avec Jimmy Vassilopoulos, directeur de la santé et de la sécurité de l’entreprise afin de mieux comprendre comment elle a atteint de tels résultats.

La « recette » Purolator ne s’applique pas qu’aux entreprises de messagerie puisque, selon RH Camionnage Canada* (RHCC), il y a au pays 101 600 personnes qui occupent des fonctions de chauffeurs-livreurs et 150 960 autres qui font du camionnage de courte distance, entrant et sortant de leur camion plusieurs fois par jour, tous susceptibles de bénéficier des mêmes approches de prévention.

Lorsque M. Vassilopoulos est entré chez Purolator au début de 2022, il a constaté que des progrès pouvaient être réalisés en matière de sécurité, dans pratiquement toutes les catégories.

« Je ne dirais pas que notre bilan était mauvais, mais il pouvait très certainement être amélioré », dit-il.

Dans un pays nordique comme le nôtre, on ne sera pas surpris d’apprendre que, chez les 4 000 chauffeurs de l’entreprise, l’une des principales sources de blessures était de chuter après avoir glissé en faisant une livraison.

Après quelques recherches, on a découvert qu’il existe une telle chose que des bottes « certifiées flocon de neige », un peu comme les pneus d’hiver qui portent le logo d’une montage avec un flocon.

Plus une personne peut marcher sur la glace avec ces bottes sur un angle prononcé sans glisser, plus il y aura de flocons de neige sur le côté de la botte. À titre d’exemple, si l’angle grimpé sans glisser est de 15 degrés ou plus, l’institut de recherche Kite leur attribue la note de 3 flocons.

Tableau indice de glissade d’une botte d’hiver
(Tableau : Institut de recherche Kite)

Elles sont beaucoup plus chères que des bottes régulières, mais « les avantages sont énormes », nous dit l’expert en santé et sécurité.

« Nos chauffeurs travaillent dans tellement d’environnements différents. Ils marchent constamment à l’extérieur pour faire leurs livraisons. Il est important qu’on les protège avec ce qui se fait de mieux », ajoute-t-il, précisant que le budget alloué à ces bottes est d’un peu plus de 600 000 $ par an.

Approche comportementale

En matière de prévention, Purolator a surtout modifié son approche pour en adopter une davantage basée sur les comportements, sur laquelle s’appuient toutes les formations prodiguées aux chauffeurs.

« Ça a commencé par un programme de conduite défensive, très personnalisé en fonction du type de travail que nous faisons », relate M. Vassilopoulos.

Et parfois les choses les plus importantes sont aussi les plus simples. Comme rappeler aux chauffeurs les meilleures méthodes pour pousser ou lever un item particulièrement lourd sans s’infliger de blessures au dos.

Si une livraison implique de déplacer un objet très volumineux ou d’un poids excédant ce que peut lever une personne seule sans risque, un camion supplémentaire sera dépêché sur le site pour qu’un ou une collègue vienne donner un coup de main à l’opération de manutention.

Sur les circuits où les livraisons lourdes sont fréquentes, les camions comptent désormais deux personnes à bord.

Même la manière d’ouvrir et de refermer les portes arrière des camions a été étudiée et enseignée.

Mais pour Jimmy Vassilopoulos, la formation n’est pas une panacée en soi.

« Avoir du succès en matière de sécurité, ça ne vient pas en recevant une formation une seule fois. C’est dommage parce c’est la plus grande erreur que font la plupart des employeurs. La formation, c’est un parcours qui se poursuit tout au long de la carrière d’une personne et qui requiert du coaching et de la rétroaction sur une base constante », dit-il.

Les camions n’ont pas eu à être modifiés, leur aménagement était déjà conçu en fonction de l’ergonomie. Encore faut-il les utiliser de façon appropriée.

« On peut avoir les meilleurs outils de l’industrie, si on ne les utilise pas correctement, si on ne suit pas les bonnes méthodes, alors le risque est toujours là », estime le directeur de la santé et de la sécurité de Purolator.

L’approche coercitive du type « ne fais pas ci, ne fais pas ça » n’est pas la bienvenue au sein de la flotte. On préfère encourager et reconnaître les comportements sécuritaires et, au besoin, faire ce que M. Vassilopoulos appelle de la rétroaction constructive.

« Nous avons appris à nos équipes de gestionnaires qui observent nos employés que reconnaître le comportement sécuritaire d’une personne est plus important que d’identifier un comportement qui n’est pas sécuritaire. Lorsqu’on reconnaît quelqu’un pour avoir fait quelque chose en sécurité, ce comportement sécuritaire va se répéter et, plus important encore, cette personne cherchera à obtenir encore plus de reconnaissance. »

« Tout le monde veut réussir. Il n’y a pas une seule personne sur cette planète qui ne veut pas être reconnue pour son travail », martèle M. Vassilopoulos.

Purolator a déjà un programme de reconnaissance des chauffeurs pour le nombre d’années sans collision (5 ans, 10 ans, etc.). Par contre elle ne croit pas en une formule de type « mur à mur » pour les bonis à la sécurité de façon générale. Les terminaux sont les mieux placés pour ça, dit-on au siège social.

Et si bonis il y a, mieux vaut qu’ils soient collectifs à une équipe de travail plutôt qu’individuels.

Photo de famille devant camion Purolator, dans un garage.
(Photo : Purolator)

« Il faut être prudents. Quand la reconnaissance est de trop grande ampleur pour le nombre de jours passés sans blessure, ça peut mener à ce que des employés dissimulent le fait qu’ils sont blessés parce qu’ils tiennent à obtenir leur reconnaissance. »

« Ça amène les gens à se comporter de façon sécuritaire plutôt que seulement éviter de se blesser », observe le porte-parole de Purolator.

Des investissements significatifs ont également été faits en santé mentale.

« Notre objectif est d’avoir des premiers répondants de soins psychologiques dans chacun de nos terminaux au Canada », dit M. Vassilopoulos. L’entreprise a présentement 92 de ces premiers répondants et leur nombre continue de croître.

« Il y a un lien indéniable entre la santé et la sécurité mentale et la santé et la sécurité physique. Les deux sont très reliés », dit-il.

Réduction des collisions

Pour réduire le nombre et la sévérité des collisions, Purolator met aussi de l’avant une approche basée sur le comportement et la télématique est mise à contribution à grande échelle.

« Mais simplement avoir des données ne nous mène pas à grand-chose. Il faut se demander quoi faire avec ces données », observe le gestionnaire.

L’entreprise a ainsi créé un programme par lequel un bulletin de notation est créé pour chaque chauffeur, mais aussi pour chaque terminal et l’ensemble de son équipe.

« Ces bulletins nous donnent l’occasion d’avoir un engagement significatif auprès des chauffeurs qui ont des comportements à risque selon nos données télématiques », indique M. Vassilopoulos.

Des comportements comme le freinage ou l’accélération trop brusques, la prise de courbes trop agressive, les excès de vitesse, ne pas reculer en se positionnant pour une livraison sont tous mesurés.

« On évalue le chauffeur, pas le véhicule »

Et les différents types de collisions ont été catégorisés afin de mieux les évaluer. Par ailleurs, on n’établit plus le taux de collision par 100 000 kilomètres parcourus mais bien par 100 000 heures de conduite.

« On évalue le chauffeur, pas le véhicule », dit M. Vassilopoulos, sourire en coin.

Ce qu’ils demandent à ces chauffeurs, à titre d’exemple, c’est que s’ils ont besoin d’utiliser la marche arrière, qu’ils le fassent avant leur livraison, pas après. « De cette manière ils ont une pleine visibilité, ils peuvent utiliser les règles de marche arrière que nous avons élaborées pour eux. »

« Un comportement non sécuritaire serait de faire la livraison d’abord, aller à votre véhicule et ensuite activer la marche arrière. Parce que vous ne savez pas ce qui s’est passé depuis que vous avez quitté le véhicule », précise le porte-parole de Purolator.

Les chauffeurs de plus longue distance au volant de gros camions de classe 8 sont « d’une étoffe différente », estime M. Vassilopoulos. Ils ont tout de même été soumis à un programme d’amélioration continue.

« Lorsqu’ils arrivent chez nous, peu importe leur expérience, nous les faisons passer par un programme de perfectionnement très rigoureux, basé sur nos méthodes et nos attentes. Certains nouveaux chauffeurs qui sortent d’écoles de conduite après deux semaines de formation à peine pour obtenir leur permis représentent vraiment un risque élevé », dit l’expert en santé et sécurité.

« Au Québec, la plupart des chauffeurs ont déjà une base très solide à l’obtention de leur permis comparativement au reste du Canada », dit-il, faisant référence aux programmes de formation gouvernementaux dispensés dans des centres tels que le CFTR et le CFTC.

Camion classe 8 Purolator avec remorque
Les chauffeurs de camions de classe 8 sont « d’une étoffe différente », estime Jimmy Vassilopoulos. Ils ont la responsabilité de plus de 500 de ces poids lourds et de leurs 1 700 remorques. (Photo : Purolator)

Jimmy Vassilopoulos insiste par ailleurs sur l’importance du rôle des comités de santé et sécurité en milieu de travail.

« Il faut changer nos mentalités. Nos employés ne sont pas une entrave à nos initiatives, ils doivent plutôt faire partie de la solution. Ces comités en milieu de travail sont très importants, on doit leur donner plus de latitude. Pas seulement chez Purolator mais dans l’industrie dans son ensemble. Je suis sûr que tout le monde en sortira gagnant », conclut notre invité.

*Source : RH Camionnage Canada, Statistique Canada, Enquête sur la population active, demande de données personnalisée, 2024.


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  • excellent article. je l’ai partagé a mon équipe SST, notre comité SST et ma direction.

    Merci de nous partager vos apprentissages!