Québec met fin au crédit d’impôt pour travailleurs expérimentés de 60 à 64 ans, l’ACQ riposte
Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a publié hier sa mise à jour économique de l’automne. Parmi les différentes mesures mises de l’avant par le gouvernement, on note la fin du crédit d’impôt pour travailleurs d’expérience de 60 à 64 ans à compter de l’année d’imposition 2025.
Cette mesure était destinée à inciter les travailleurs en fin de carrière à rester sur le marché du travail dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Le crédit d’impôt, d’une valeur moyenne de 973 $, pouvait atteindre 1 540 $ dans certains cas.

Selon le ministre Girard, le marché du travail a changé et les gens partent à la retraite plus tard qu’avant. D’où la décision de mettre fin à ce crédit d’impôt pour les travailleurs de 60 à 64 ans mais de le bonifier pour ceux et celles qui ont 65 ans et plus et choisissent de demeurer sur le marché du travail.
Dans le document déposé par le ministre des Finances, on peut en effet lire que l’âge moyen de la retraite, qui était d’environ 61 ans en 2011, atteint désormais près de 65 ans.
« Le gouvernement souhaite rendre l’incitatif financier plus attrayant pour les travailleurs de 65 ans ou plus et mieux cibler les travailleurs à plus faible revenu », dit le ministre Girard. Grâce à cette mesure, Québec compte économiser 887 millions de dollars sur quatre ans.
Dans un document publié en avril 2023, RH Camionnage Canada faisait valoir que, dans l’industrie du camionnage, la main-d’œuvre est vieillissante. « 27 % de nos travailleurs ont 55 ans ou plus, faisant des départs à la retraite à venir un risque significatif », disait alors l’organisation.
L’ACQ et le patronat réagissent
Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), a vivement réagi à cette décision du gouvernement Legault.
« L’ACQ prévoit que la modification apportée au crédit d’impôt, relatif à la prolongation de carrière, aura un impact dissuasif sur la rétention et le retour au travail de personnes expérimentées. C’est une pression supplémentaire sur la pénurie de main-d’œuvre », dit-il dans un premier temps.
Il ajoute que le défi de main-d’œuvre est selon lui toujours bien réel, notamment avec les récentes décisions de Québec et d’Ottawa de mettre la pédale douce sur le nombre d’immigrants accueillis chez nous.
Marc Cadieux dit craindre « une stagnation de la croissance démographique et pourrait même entraîner des répercussions sur la croissance économique des entreprises, en particulier celles situées dans les régions où le taux de chômage demeure relativement faible. »
Son collègue Frédérik François, conseiller aux affaires économiques et fiscales à l’ACQ, est lui aussi préoccupé de l’orientation prise par le gouvernement du Québec.
« Tous les efforts déployés au cours des dernières années (bonifications des crédits d’impôts pour attirer et retenir la main d’œuvre expérimentée, aides au recrutement international, etc.), afin d’assurer une main-d’œuvre qualifiée et durable dans notre industrie, s’étiolent les uns après les autres » se désole-t-il.
Au Conseil du patronat du Québec (CPQ), la vice-présidente à la recherche et économiste en chef Norma Kozhaya joint sa voix à celles des intervenants de l’ACQ.
« Alors que nos entreprises font face à de nombreux défis, Québec alourdit le poids de la fiscalité et met la hache dans plusieurs programmes destinés aux entreprises. Par exemple, les changements apportés au crédit d’impôt pour prolongation de carrière en faisant passer l’admissibilité à 65 ans et plus, au lieu de 60 ans, auront certainement un impact pour attirer ou retenir des travailleurs expérimentés sur le marché du travail », dit la porte-parole du CPQ.
Elle ajoute que le moment est fort mal choisi, dans un contexte où le président désigné des États-Unis, Donald Trump, envisage des mesures protectionnistes susceptibles de nuire à l’économie québécoise.
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