Qu’est-ce qui se passe quand on prive les camions d’un plein accès au pont Pierre-Laporte?

Qu’est-ce qui se passe quand on prive les camions d’un plein accès au pont Pierre-Laporte? Pas grand-chose, quand c’est bien planifié et communiqué. C’est le constat qui s’impose après la fermeture de deux voies sur trois de ce pont en direction nord pendant quatre nuits consécutives la semaine dernière.

Ces fermetures, de 21h00 à 5h00 le matin suivant, ont été nécessaires pour procéder à des travaux de réparation de la chaussée, appelés du rapiéçage, servant notamment à corriger des ornières s’étant formées sur le revêtement.

« On avait des ornières et il fallait faire des correctifs à la chaussée pour que le confort de roulement soit plus intéressant pour les usagers de la route », indique Émilie Lord, porte-parole du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD)

Le passage des poids lourds ne serait pas l’unique facteur contributif à la formation de ces ornières, ajoute-t-elle.

Au cours de la même entrevue accordée à Transport Routier, après deux nuits de travaux, Mme Lord constate que la fermeture du deux tiers des voies dans une direction n’a pas eu d’effet dévastateur sur la fluidité de la circulation.

« On a certainement un peu de congestion routière lorsqu’on met les entraves parce qu’à 21h00 le soir ou 22h00, c’est des heures qui sont quand même achalandées normalement sur notre réseau », dit la porte-parole du MTMD.

« On peut plus parler de ralentissement que de congestion en tant que telle », ajoute Mme Lord.

Circulation pendant des travaux sur le pont Pierre-Laporte dans la nuit du 15 au 16 septembre 2025.
21h16, alors qu’on vient de mettre en place les entraves. Il n’y a qu’un ralentissement en direction nord. (Photo : Centre intégré de gestion de la circulation/MTMD)

On le constate d’ailleurs sur les photos que nous avons obtenues du Centre intégré de gestion de la circulation, prises pendant la deuxième nuit d’interventions, du 15 au 16 septembre.

C’est que les travaux avaient été bien planifiés et annoncés à l’avance à la communauté du transport. Camionneurs et automobilistes ont ainsi eu le temps d’ajuster leurs itinéraires s’ils le pouvaient et le désiraient.

« On a vraiment beaucoup de communications avec les associations [de camionnage], justement pour les avertir et ensuite c’est eux qui prennent la décision à savoir si ils veulent changer ou pas leurs habitudes », précise la porte-parole.

« Quand on fait des travaux, on essaie de minimiser le plus possible l’impact sur la circulation quand on peut le faire. Là le rapiéçage, c’est faisable de nuit alors on le fait de nuit. On essaie de le faire aussi de manière le plus rapide possible, c’est pour ça qu’on ferme deux voies sur trois. »

Circulation pendant des travaux sur le pont Pierre-Laporte dans la nuit du 15 au 16 septembre 2025.
22h12, un peu plus d’une heure après le début des travaux. Congestion réglée en direction nord. (Photo : Centre intégré de gestion de la circulation/MTMD)
Circulation pendant des travaux sur le pont Pierre-Laporte dans la nuit du 15 au 16 septembre 2025.
Il y a eu plus de congestion en direction sud, même si toutes les voies y étaient ouvertes, comme ici à 21h17. (Photo : Centre intégré de gestion de la circulation/MTMD)

Pire au pont de Québec

Ironiquement, alors que les tenants du projet de troisième lien entre Québec et Lévis plaident l’insécurité économique en cas de fermeture inopinée du pont Pierre-Laporte, ce sont apparemment les fermetures du pont de Québec – comme ça a été le cas ce week-end – qui causent les plus grands épisodes de congestion.

« Quand on ferme le pont de Québec, les automobilistes qui vont là normalement doivent se rabattre sur le pont Laporte. Tandis que quand on ferme le pont Laporte comme on l’a fait cette semaine et qu’on a seulement une voie ouverte dans une direction, les automobilistes peuvent se rabattre sur le pont de Québec tandis que les camions lourds ne peuvent pas le faire lorsqu’on ferme une partie du pont Pierre-Laporte », explique Mme Lord.

« C’est pour ça qu’on voit plus de congestion lorsque le pont de Québec est fermé », constate-t-elle.

Crier au loup? Rappelez-vous l’éclipse

Lorsque le MTMD a annoncé les travaux de la semaine dernière au pont Pierre-Laporte, le communiqué de presse contenait l’avertissement suivant : « Des épisodes de congestion sont à prévoir ». Finalement nous dit Mme Lord, on a plus vécu quelques ralentissements ponctuels que de la réelle congestion.

Ces avertissements sont faits à titre préventif, nous explique-t-on.

« Il vaut mieux avertir que de ne rien faire carrément », estime la porte-parole du MTMD, consciente que des gens accusent parfois les autorités de crier au loup, comme lorsque des avis d’embouteillages avaient été émis en prévision de l’éclipse du 8 avril 2024.

« On avait été congestionnés de 7h00 le matin jusqu’à 17h00. Je pense qu’on avait bien fait de le faire dans les cas qui sont probants pour nous », dit-elle au sujet de ces avertissements qui s’adressaient notamment aux gens de la région de Québec et des environs qui affluaient vers les meilleurs sites d’observation du phénomène céleste.

Leçons retenues

Il semble que le MTMD ait retenu plusieurs des leçons contenues dans un rapport de l’Autorité des marchés publics (AMP), qui dénonçait une forme d’improvisation dans l’octroi de contrats d’urgence pour la consolidation de suspentes sur le pont Pierre-Laporte.

L’AMP avait alors parlé d’une « gestion de l’entretien du pont réactive plutôt que préventive » dans son rapport, pratique qui engendrait des coûts supplémentaires pour les contribuables.

Ce qui nous ramène à la prémisse de départ : les impacts sur la circulation en général, et le camionnage en particulier, peuvent être grandement minimisés lorsqu’une prévention efficace mène à une bonne planification des travaux sur ce que l’on pourrait qualifier de « deuxième lien » Québec-Lévis.


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