Qui paiera les tarifs douaniers? Une grande partie du coût sera supportée par les acheteurs de matériel roulant

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Les camions et remorques visés par une surtaxe tarifaire sont devenus des patates chaudes : ni les flottes ni les concessionnaires ne veulent les acheter ou les stocker, craignant que les tarifs ne soient soudainement supprimés ou modifiés.

Les transporteurs hésitent à investir de peur de payer trop cher, tandis que les concessionnaires redoutent de devoir liquider du matériel à perte. Même les sociétés de financement refusent désormais de couvrir la portion assujettie aux tarifs.

(Photo : James Menzies)

«Des surtaxes tarifaires sont imposées et nous sommes contraints de stocker certains de ces camions», a expliqué Kyle Treadway, directeur commercial chez Kenworth Sales, lors d’une table ronde de la FTR Transportation Conference 2025. «Nous avons déjà payé pour cela et, lorsque les tarifs disparaîtront, nous serons immédiatement confrontés à un problème.»

Mark Hall, directeur général pour les remorques chez Stoops Freightliner et Quality Trailer, partage le même constat : «Si nous commandons ce stock, nous devons trouver comment le transporter.»

Dans quelle mesure les tarifs douaniers devraient-ils augmenter le coût d’un nouveau véhicule? Dan Moyer, analyste en matériel roulant chez FTR, prévoit que l’impact total sera de 15 à 24 % pour les camions de classe 8, de 15 à 23 % pour les camions de classes 4 à 7, de 16 à 28 % pour les remorques fermées et les remorques frigorifiques, et de 17 à 30 % pour les autres remorques lourdes, y compris les remorques à plateau.

Au-delà des prix, l’imprévisibilité inquiète tout autant. «Si vous ne savez pas quel sera l’environnement opérationnel demain, dans trois semaines ou dans un an, comment pouvez-vous prendre des décisions d’investissement?», a demandé Eric Starks, président de FTR.

Les taux tarifaires aux États-Unis sont passés de 2,5 % au début de 2025 à plus de 30% avant d’être contestés devant les tribunaux, pour se stabiliser autour de 15%. «Combien d’entre vous comprennent à quoi ressembleront les tarifs douaniers dans les 30 prochains jours?», a lancé Starks à la salle. Personne n’a levé la main.

Les fabricants en première ligne

Mack Trucks assemble tous ses camions aux États-Unis, mais cela ne l’immunise pas. «Cela nous affecte», a reconnu Jonathan Randall, président de Mack Trucks North America. L’entreprise applique une surtaxe douanière à ses nouveaux camions, car elle doit payer des tarifs sur de nombreux composants importés. «Nous sommes aujourd’hui désavantagés par rapport à ceux qui produisent au Mexique», a-t-il ajouté.

Chez Cummins, chaque pièce d’un turbo doit être retracée selon son pays d’origine. Sa dirigeante nord-américaine, Krista Toenjes, a expliqué que la société avait tenté de déplacer de la production de Chine vers l’Inde, mais cette stratégie est devenue tout aussi coûteuse : «Nous subissons maintenant des tarifs de 50 % sur l’Inde. Nous cherchons donc à diversifier ou rapprocher nos sources, mais c’est complexe.»

Alan Briley, président de Fontaine Trailer Company, souligne de son côté la difficulté de trouver la main-d’œuvre nécessaire aux États-Unis si la production devait y être rapatriée.

Chez Allison Transmission, Taranjit (Singh) Johar s’inquiète d’un autre enjeu : l’échéance de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). «Si l’ACEUM disparaît, tout sera remis en question. Personne ne peut absorber une baisse de 25 à 30 % des marges.» Il rappelle aussi que certaines machines nécessaires pour remplacer les capacités chinoises n’existent pas aux États-Unis et exigeraient des investissements colossaux.

Tous les intervenants s’accordent : les coûts devront finir par être refilés aux flottes. Les stocks exempts de tarifs s’épuisent rapidement et, selon Moyer, d’ici trois à six mois, les acheteurs de camions de classe 8 ou de remorques ne pourront plus y échapper.

«À un moment donné, tout cela finit par être répercuté», a affirmé M. Briley. Même son de cloche chez Allison : «Nous n’avons pas de marges brutes de 40 à 50 %, c’est inévitable que cela se répercute sur le consommateur final, malheureusement.»


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