Qui s’occupera des Lion orphelins?

Au début janvier, après avoir demandé la protection contre ses créanciers et avoir fait 150 nouvelles mises à pied, Lion Électrique s’est retrouvé avec 160 employés seulement à son emploi et a annoncé qu’il ne ferait plus que l’entretien des véhicules déjà vendus.

Les difficultés financières du fabricant de camions électriques de Saint-Jérôme, et la diminution draconienne de ses effectifs, chamboulent les projets d’électrification de ses clients et soulèvent des inquiétudes quant à la poursuite de l’exploitation et à la maintenance des camions en utilisation.

Lorsque Lion a dévoilé son camion de classe 8 en 2019, c’est un camion de la Société des alcools du Québec (SAQ) qui trônait dans un espace des installations de Lion à Saint-Jérôme aménagé pour la conférence de presse. Il avait été annoncé que la SAQ avait acheté le premier camion électrique de classe 8 de Lion.

(Photo d’archives)

La relation entre Lion et la société d’État a été douce-amère. En 2023, insatisfaite du véhicule, la SAQ le retournait à Lion. Puis elle l’a retourné une deuxième fois l’été dernier. En 2021, la SAQ devait prendre part au projet Run on Less – Electric Depot du North American Council for Freight Efficiency, mais son nom n’apparaissait pas dans la liste des participants lorsque le projet a eu lieu en 2023.

Les sociétés d’État comme la SAQ sont souvent les premières à lever la main quand vient le temps de défricher des chemins technologiques. Des chemins qui ne sont pas sans risques.

«Concernant les camions électriques, nous sommes tributaires de l’évolution de la technologie et de la disponibilité des véhicules. Avec notre camion Lion, nous avons souhaité participer à faire évoluer les avancées dans ce domaine», nous a dit Linda Bouchard, agente d’information pour la SAQ. «Après plusieurs tests et de nombreuses modifications, malheureusement, le camion acquis ne répond toujours pas à nos besoins et à nos exigences, notamment en matière de sécurité et de performance.»

Suivant la décision de Lion d’arrêter la production de camions électriques, la SAQ a récupéré son camion à la fin du mois de décembre et souhaite en revitaliser le maximum de matériaux et de pièces. La SAQ prévoit, par exemple, récupérer le fourgon et le hayon pour les réutiliser sur l’un de ses camions au gaz naturel comprimé renouvelable qui arrivera prochainement.

»Il est important de comprendre que la fin des tests avec ce camion n’est pas une finalité en soi», insiste Mme Bouchard. Au cours des prochains mois, la SAQ prévoit acquérir deux autres véhicules utilitaires électriques, un tracteur de cour électrique et six camions au gaz naturel renouvelable zéro émission. Ceux-ci s’ajouteront au tracteur eCascadia que la SAQ exploite depuis octobre 2023.

Remises en question

L’entreprise de messagerie Nationex a acquis trois camions Lion6 dans le cadre de son virage vert. Ces camions font des cueillettes et livraisons dans la région de Montréal.

«Nous sommes un partenaire de longue date de Lion, mais la situation nous préoccupe quand même», nous a confié Edwin Richard, directeur des projets spéciaux et du développement durable chez Nationex. «La garantie, on considère qu’elle n’existe plus. On voulait amener un camion à Québec, mais on va plutôt tout garder proche de notre garage, où on pourra trouver des solutions de remplacement», explique M. Richard. «Nous en sommes rendus à une étape dans l’électrification de Nationex où nous devons faire des choix intelligents.»

Les difficultés de Lion ne changent pas les objectifs d’électrification de Nationex, mais modifient sa stratégie. «La prochaine start-up, la prochaine entreprise qui ne compte pas quelques années derrière elle, ne réussira probablement pas à nous vendre des camions. Nous allons nous tourner vers les grands fabricants traditionnels», confie M. Richard.

Mexuscan Cargo, transporteur de Sainte-Martine, a acquis deux camions Lion en 2021 dans le cadre d’un contrat de transport spécifique de Recyc-Québec pour la collecte et le transport de pneus hors d’usage au moyen de véhicules électriques. «Lorsque Lion s’est placé sous la protection de ses créanciers, nous avons tout de suite reçu un courriel de son département de service. En ce qui a trait au service, il n’y a aucun changement», affirme Marie-Chantal Goyette, propriétaire de Mexuscan Cargo.

(Photo: Mexuscan Cargo)

«Ce sont des camions qui servent pour un usage très spécifique dans le cadre de ce contrat. S’il y a des bris, je ne mets pas en péril l’ensemble de mes opérations», explique Marie-Chantal.

S’il arrivait que Mexuscan Cargo ne puisse plus faire entretenir ou réparer ses camions, le transporteur devrait alors en discuter avec Recyc-Québec et trouver une solution.

La solution pourrait venir de Gamotech, une entreprise de Blainville spécialisée dans la conversion de puissance haut voltage et qui œuvre principalement dans le secteur municipal. «Nous électrifions présentement des camions d’entretien municipaux, ce qui nous a amenés à travailler avec les camions Lion, notamment avec la Ville de Saint-Sauveur», explique Olivier Brault, PDG de Gamotech.

La Ville de Saint-Sauveur avait quelques difficultés avec son camion Lion et, comme il était hors garantie, Gamotech a pu le modifier et régler quelques problèmes. L’entreprise a également reçu une formation de Lion en matière de diagnostic du système. Avant les fêtes, Gamotech a fait un appel à tous sur Internet, indiquant aux propriétaires de camions Lion qu’elle pouvait faire les réparations et les mises à jour nécessaires pour maintenir les camions en exploitation.

«Nous sommes allés faire des réparations de camions et d’autobus mais, à la deuxième semaine de janvier, Lion est réapparu pour assurer le service. Nous demeurons à l’écoute, nous sommes formés, nous sommes prêts et nous avons les compétences», assure M. Brault, qui lance le message aux propriétaires de flotte qui pourraient rencontrer des difficultés avec l’entretien de leurs véhicules électriques.

En ce qui a trait aux camions toujours sous garantie, M. Brault indique ne pas en être arrivé à ce point dans ses discussions avec Lion. «Il y a un goulot d’étranglement dans l’entretien et la réparation des camions électriques en général; on essaie de voir comment on pourrait avoir un point de service de plus dans l’électrification.»

Selon les témoignages que nous avons recueillis, les techniciens de Lion sont actifs sur le terrain pour s’occuper de l’entretien et des réparations de leurs camions. Il reste à voir ce qu’il adviendra dans l’avenir.


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