Sécurité nationale : nouvelles menaces de tarifs sur les camions et pièces de camions fabriqués au Canada

Le département du Commerce américain évalue en ce moment si l’importation de camions de poids moyen et lourd, ainsi que leurs pièces, provenant de l’extérieur des États-Unis constitue une menace à la sécurité nationale.

Auquel cas, ces véhicules et leurs composants pourraient être frappés de tarifs qui leurs seraient spécifiques.

Ouvriers travaillent sur l’assemblage d’un camion Paccar à Ste-Thérèse.
La grande majorité des Kenworth et Peterbilt assemblés à Sainte-Thérèse prennent le chemin des États-Unis. (Photo : Paccar Canada/Facebook)

L’enquête visant à déterminer l’ampleur de ce risque potentiel à la sécurité nationale a débuté à la fin avril et est toujours en cours.

L’administration Trump utilise l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce de 1962 pour justifier cette mesure, la même voie légale qu’elle a adoptée pour imposer des tarifs de 50% sur l’acier et l’aluminium canadiens.

Au sujet de l’importation de camions, le département du Commerce américain écrit ce qui suit sur son site Web :

« Le Bureau of Industry and Security (BIS) examine les quantités et les circonstances de ces importations afin de déterminer si elles menacent de nuire à la sécurité nationale des États-Unis et à savoir si des actions sont requises pour faire face à une telle menace. La protection de la sécurité nationale des États-Unis et de leurs intérêts économiques demeure la première priorité du président, et cette enquête permettra d’assurer que la fabrication de camions aux États-Unis demeure protégée. »

Le secrétaire américain au Commerce pour l’Industrie et la Sécurité – l’équivalent d’un ministre chez nous – Jeffrey Kessler, y va de sa propre déclaration.

« Une industrie automobile et du camion forte et résiliente est vitale pour notre sécurité nationale. Sous le leadership du président Trump, le département du Commerce travaillera à soutenir ce secteur vital et à évaluer avec soin les risques posés par des menaces externes et des vulnérabilités de chaînes d’approvisionnement », écrit M. Kessler.

Hino avec son usine de Woodstock en Ontario, et Paccar avec son usine de Sainte-Thérèse au Québec, pourraient être touchés, tout comme des centaines de fournisseurs canadiens.

C’est du sérieux, dit un expert

Dans son rapport sur les commandes de camions en Amérique du Nord au cours du mois de juillet, Dan Moyer, analyste principal des véhicules commerciaux chez FTR Transportation Intelligence aux États-Unis, concluait son bulletin avec cette mise en garde :

« L’incertitude quant au marché [des camions] de classe 8 est relevée d’un cran en raison de l’imposition potentielle de tarifs en vertu de l’article 232, ciblant spécifiquement les camions et tracteurs de classes 4 à 8 ainsi que les composants qui leur sont liés. »

Transport Routier a demandé à M. Moyer de préciser sa pensée et, dans un échange de courriels, celui-ci indique qu’il faisait directement référence à l’article 232 mentionné plus tôt, en lien avec les camions et pièces de camions provenant d’ailleurs que des États-Unis.

« L’enquête est toujours en cours, mais il est probable qu’ils mettent des tarifs en place. Une décision pourrait être prise à tout moment », prévient-il, ajoutant que cette initiative est spécifique aux camions, donc séparée des tarifs déjà existants sur les importations d’acier et d’aluminium.

«Une balle courbe» pour les fournisseurs, craint l’AETC

Jean Marc Picard est directeur général de l’Association d’équipement de transport du Canada (AETC).  Il représente ainsi toute la constellation de PME qui fabriquent des composants de camions et de remorques qui, eux aussi, pourraient être frappés par de nouveaux tarifs.

Un soudeur de Tube Caron travaille sur des tubulures de camions
Tube Caron, de Lanoraie dans Lanaudière, fabrique des tubulures pour les camions lourds. En 2022, l’entreprise a été reconnue comme l’un des meilleurs fournisseurs de l’usine Paccar de Sainte-Thérèse. (Photo : Tube Caron)

« C’est définitivement une autre balle courbe. C’est sûr que ça aurait des impacts significatifs parce que c’est vraiment ça notre marché. »

« Avec tout ce qui s’est passé dans les derniers 6 à 9 mois avec les tarifs, on se demande si ç’est de la boucane ou si c’est réel. C’est la première question que je me pose », ajoute-t-il.

« Mais si ça entre en vigueur, évidemment ça va avoir un impact. Il va falloir que les manufacturiers travaillent avec leurs clients pour essayer d’absorber les coûts d’extra », dit-il, précisant que ce genre de discussions est déjà en cours chez les fabricants canadiens de pièces et de composants de camions.

Il trouve la situation d’autant plus complexe que les échanges économiques entourant la fabrication de véhicules commerciaux sont fortement intégrés de part et d’autre de la frontière.

« Il y a des pièces qui rentrent et qui sont mises sur une remorque, et cette remorque est revendue aux États-Unis. On achète des châssis de camions aux États-Unis, on met une boîte ici et on revend un produit fini aux États-Unis », illustre le directeur général de l’AETC.


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