Selon McKinsey, le rôle des fabricants va changer avec les camions autonomes zéro émission
La transition de l’industrie du camionnage vers des camions autonomes et à émissions nulles ouvrira de nouvelles opportunités de revenus pour les fabricants, tout en remodelant radicalement les relations que les constructeurs de camions entretiennent avec leurs clients flottes.
C’est ce qu’affirme McKinsey & Company, qui a partagé les résultats de sa récente étude avec des journalistes spécialisés dans le camionnage à l’occasion du Consumer Electronics Show de cette année. McKinsey prévoit une croissance du marché du fret cette année et des achats anticipés en raison des normes d’émissions EPA27, ce qui donnera un coup de pouce supplémentaire aux constructeurs de camions.

Plus précisément, le marché nord-américain des camions de poids moyen et lourd est le seul grand marché mondial qui devrait croître jusqu’en 2035.
«Il s’agit du marché le plus rentable pour les fabricants et celui qui connaît la plus forte croissance», a déclaré Prasad Ganorkar, associé chez McKinsey & Company, ajoutant que les ventes devraient augmenter à un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 1% au cours de cette période.
McKinsey et son Center for Future Mobility s’attendent à ce que l’adoption de véhicules zéro émission s’accélère après 2027, mais des investissements importants doivent encore être réalisés dans l’infrastructure de recharge pour soutenir ces véhicules. Pour atteindre les objectifs de réduction des émissions des camions de 23% d’ici à 2030, il faudra investir 7 milliards $ (tous les montants sont en dollars américains) dans l’infrastructure de recharge, puis 20 milliards $ d’ici à 2035.
«Ce chiffre ne tient pas compte des mises à niveau du réseau qui seront nécessaires», a affirmé M. Ganorkar. «Selon nous, ce chiffre peut donc augmenter de 30 à 50 % si l’on tient compte des travaux supplémentaires nécessaires pour permettre la connexion de l’infrastructure du réseau.»
À l’heure actuelle, seulement 1% des nouvelles ventes de camions moyens et lourds en Amérique du Nord sont alimentées par des véhicules électriques (VE). Ce chiffre devrait passer à 17% d’ici à 2030, les camions alimentés à l’hydrogène émergeant pour conquérir environ 6% du marché, tandis que les moteurs à combustion interne resteront l’acteur dominant avec 76% du marché.
D’ici 2040, McKinsey prévoit un marché plus équilibré avec 36% de batteries électriques, 27% d’hydrogène et 37% de moteurs à combustion interne. Le VE est le premier sur le marché, a noté M. Ganorkar, mais il a ajouté qu’il y aura «une place pour différentes technologies, en fonction des cas d’utilisation et des applications».
Tobias Schneiderbauer, également associé chez McKinsey & Company, a noté que l’hydrogène jouera également un rôle, mais que le plus grand obstacle à surmonter est le coût de l’hydrogène vert, qui reste prohibitif. Le camionnage devra également rivaliser avec d’autres utilisateurs industriels pour obtenir ce carburant propre.
De nouvelles opportunités de revenus pour les fabricants
Au fur et à mesure de la transition vers des camions à zéro émission, les fabricants chercheront à accéder à de nouvelles sources de revenus. La vente du camion ne représentera plus qu’une petite partie des revenus et des bénéfices du constructeur, qui élargira son offre à l’ensemble de l’écosystème entourant le camion, suggèrent les analystes.
«Alors que nous commençons à voir l’implantation des camions zéro émission augmenter, nous nous attendons également à ce que les sources de profit de l’industrie commencent à changer», a indiqué M. Ganorkar. «Une grande partie des bénéfices commencera à provenir de nouvelles sources de revenus pour les fabricants au sein de l’écosystème élargi.»
D’ici 2035, a ajouté M. Schneiderbauer, 90% des bénéfices des fabricants proviendront des ventes autres que celles de camions, générant 21,7 milliards $ par an de revenus récurrents pour les services liés aux données et autres. Ces services pourraient inclure : le financement et le crédit-bail, la recharge et l’électricité, les services basés sur les données et même l’assurance.
Aujourd’hui, 15% des bénéfices d’un constructeur de camions proviennent de la vente du véhicule ; McKinsey prévoit que ce chiffre tombera à 8% d’ici à 2035, les constructeurs tirant parti de nouvelles sources de profit.
À mesure que les constructeurs de camions font évoluer leurs offres pour couvrir l’ensemble de l’écosystème autour du camion, «le camion ne sera plus considéré comme un facteur de différenciation», a souligné M. Ganorkar. «C’est l’écosystème qui sera le facteur de différenciation. Le camion n’est qu’un facilitateur.»
Cela signifie que les fabricants gagnants seront ceux qui pourront offrir le coût total de possession le plus attrayant dans l’ensemble de l’écosystème. Pour y parvenir, McKinsey pense que l’industrie adoptera le modèle camion en tant que service, modèle qui permettra au fabricant de fournir non seulement le véhicule, mais aussi tous les éléments de l’écosystème qui l’entourent, du ravitaillement en carburant ou de la recharge à la maintenance et à l’assistance après-vente, jusqu’au conducteur virtuel dans le cas des camions autonomes.
Les flottes réceptives au modèle du camion en tant que service
L’étude de McKinsey suggère que les flottes sont réceptives à ce modèle. Plus de 70% des clients de flottes interrogés ont déclaré à McKinsey qu’ils étaient intéressés par le service. Comme les camions deviennent de plus en plus complexes et sont équipés de plus en plus d’électronique, les flottes sont plus susceptibles de compter sur le fabricant pour assurer la maintenance de tous les aspects de ces véhicules, a constaté l’entreprise.
Cela nécessitera une approche différente de l’entreprise de la part des fabricants.
«Cette offre nécessite un état d’esprit différent et un changement de modèle commercial pour les fabricants», a expliqué M. Ganorkar. «Jusqu’à présent, ils se sont concentrés sur : «Je vais vendre camion. Le service sera pris en charge par mon concessionnaire ou par la flotte elle-même. Tout ce que j’ai à faire, c’est de m’assurer que les pièces sont disponibles». L’état d’esprit doit maintenant évoluer pour dire : « je propose une solution intégrée. Je dois être responsable du temps de fonctionnement du camion de bout en bout».»
Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour réduire les coûts des camions autonomes et à émissions nulles avant que le marché ne les accepte. McKinsey a indiqué qu’une réduction de 30 à 50 % du coût des VE sera nécessaire pour égaler le coût total de possession des camions diesel d’aujourd’hui.
Elle prévoit que les camions autonomes de niveau 4 SAE deviendront positifs en termes de coût total de possession sur les itinéraires de plaque tournante à plaque tournante d’ici 2030, sur la base de la maturité continue de la technologie.
6 autres conclusions de McKinsey & Company
- Le marché des camions deviendra moins fragmenté, les transporteurs cherchant à rationaliser la composition de leur flotte en s’appuyant probablement sur deux marques au maximum ;
- Les fabricants pourraient fournir des services de transport, par le biais de leurs modèles en tant que service, aux expéditeurs directement;
- Les partenariats avec les fournisseurs seront essentiels et la normalisation (de la facturation par exemple) entre les marques sera nécessaire;
- L’hydrogène vert devra devenir plus abordable pour être largement adopté ;
- Les fabricants de camions se feront concurrence pour obtenir une plus grande part des revenus associés aux services connectés, y compris la télématique, ce qui pourrait avoir pour effet de déplacer certains fournisseurs tiers;
- McKinsey ne se prononce pas sur la politique, mais prévoit que la nouvelle administration américaine pourrait éventuellement permettre «un chemin plus long vers la transition» vers le zéro émission.
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