Suspension d’Écocamionnage: déjà des annulations de commandes de camions électriques

Guillaume Chénard est vice-président des ventes du groupe Globocam, qui compte 10 concessions, dont neuf au Québec, qui vendent une vingtaine de camions électriques par an, soit cinq poids moyens eM2 et 15 poids lourds eCascadia.

Les camions électriques représentent environ 1 % de toutes les ventes du réseau.

La suspension du programme de subventions à la décarbonation des transports Écocamionnage, entrée en vigueur le 6 septembre, l’a pris de court.

Camions électriques vus de l’arrière avec pylône électrique.
(Photo : NACFE)

« Je vous avouerais que j’ai été quelque peu surpris par l’annonce. On aurait aimé ça que le gouvernement nous dise “on arrive près de la limite, donc on a un sursis d’un mois et après telle date c’est fini.”»

M. Chénard dit par ailleurs être dans l’incertitude quant aux camions électriques que Globocam a livrés avant le 6 septembre et pour lesquels le formulaire de demande Écocamionnage n’avait pas encore été rempli.

«Selon ce qui est écrit, ce n’est pas réclamable. C’est problématique», dit-il, ajoutant qu’en cas d’annulation de commandes par des clients, Globocam ne peut pas de son côté annuler sa commande à l’usine et devra supporter les intérêts et autres frais de possession de ces véhicules, pratiquement invendables sans la subvention de 175 000 $ du gouvernement du Québec.

« Moi, je me fiais là-dessus. Mes démonstrateurs, je ne peux pas donner un rabais de 175 000 $ sur ces camions-là. Ça me met un peu dans l’eau chaude. Un peu beaucoup, même. »

Portrait de Guillaume Chénard, vp ventes chez Globocam.
« J’ai trois camions que j’étais supposé livrer mais que les clients ne vont pas prendre. C’est sur la glace », explique Guillaume Chénard. (Photo : LinedIn)

En fait, certains clients ont déjà commencé à annuler leur commande depuis l’annonce de la suspension temporaire du programme Écocamionnage, et ce n’est probablement pas unique aux concessionnaires Freightliner.

Le vice-président des ventes de Globocam explique avoir profité de la saison estivale pour faire des démonstrations auprès de différents clients potentiels afin de clore les ventes et les livraisons à l’automne.

« Il était vendu mais là le client dit : “je vais attendre, je ne peux pas le prendre, le programme est arrêté”. J’ai trois camions que j’étais supposé livrer mais que les clients ne vont pas prendre. C’est sur la glace. »

Sans compter que le réseau attend sous peu la nouvelle gamme de produits Rizon, de petits camions électriques des classes 4 et 5, qui viennent compléter la famille composée du eM2 (classes 6 et 7) et du eCascadia (classe 8).

« Je me fiais beaucoup sur Écocamionnage pour lancer la gamme. C’est sûr que ça va avoir un impact. Je pensais mettre 15 à 20 camions en inventaire mais là je vais seulement en mettre trois à cinq. Ça vient tout changer la game si je n’ai pas cette subvention-là. »

Quatre mois sous respirateur artificiel

Lorsqu’on demande à M. Chénard combien de temps Globocam pourra tenir sans le programme Écocamionnage, il évoque dans un premier temps une période de six mois. Puis il se ravise.

« En fait je vais être dans le trouble quand ça va faire six mois. D’ici Noël, dans quatre mois, je suis dans le trouble. J’ai déjà trois camions en ce moment que je ne pourrai pas vendre tant que je n’ai pas de programme. Je vais souffrir avec. »

Il se dit néanmoins confiant que le gouvernement Legault va reconduire le programme de subventions, qu’il estime nécessaire, mais peut-être sous une nouvelle forme.

Parmi les modifications à apporter, il suggère de renflouer Écocamionnage en cessant de subventionner des appendices aérodynamiques comme des déflecteurs ou des carénages de carrosserie des modèles diesel, puisqu’ils sont de toute façon déjà offerts en équipement de série par les fabricants de camions.

« On pourrait transférer ces sommes-là vers des unités qui sont plus à zéro émission », résume-t-il.

Dépendance aux subventions?

L’industrie des camions électriques est-elle trop dépendante des aides gouvernementales? M. Chénard estime que ces incitatifs et subventions demeurent absolument nécessaires.

En combinant les programmes québécois et canadiens, le client peut réduire d’environ de moitié la facture de 650 000 $ qui vient avec l’acquisition d’un camion électrique de classe 8, estime le porte-parole de Globocam.

Selon lui, plus la technologie va avancer, plus les batteries permettront une autonomie supérieure, moins l’aide gouvernementale sera cruciale pour l’acheteur puisque le retour d’investissement sera plus substantiel.

« En ce moment on est encore en démarrage. On a besoin de l’aide gouvernementale pour vendre des camions électriques », dit-il.

Lion Électrique en mode analyse

Le vice-président Camion et affaires publiques de Lion Électrique, Patrick Gervais, participait à une conférence à titre de panéliste invité lorsque nous l’avons joint par courriel afin de lui demander quel impact il anticipait que la suspension du programme Écocamionnage aurait sur la production et la vente de camions électriques portant l’écusson Lion.

« Pour le moment on veut bien comprendre ce qui se passe avant de commenter », dit-il jouant de prudence.

« C’est une bonne nouvelle de savoir qu’il y a un engouement pour l’électrique, mais les programmes comme Écocamionnage sont cruciaux pour que les gens transitent vers les véhicules électriques », conclut le vice-président de Lion.

Le gouvernement du Québec n’a pas encore précisé les raisons qui ont motivé à couper les vannes d’Écocamionnage, ni quel avenir est réservé au populaire programme. Des détails seraient à venir dans les prochains jours.


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