Tarifs douaniers et aide gouvernementale : le camionnage dans le brouillard

Le gouvernement du Québec a annoncé sa volonté de soutenir l’économie face aux tarifs douaniers américains à venir en offrant de l’aide aux entreprises, notamment par le biais d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Cependant, cette aide semble ciblée pour l’industrie manufacturière, laissant de côté les entreprises qui transportent ses exportations vers les États-Unis et ramènent au pays les intrants qui lui permettent d’assurer la production.

« On oublie un des maillons de la chaîne, qui est celui du transport routier de marchandises », déplore Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).

Gros plan de l’avant d’un camion dont les phares éclairent dans le brouillard de la nuit
(Photo : iStock)

Aide au camionnage

Lorsque nous avons demandé au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) de quelle manière Ies programmes d’Investissement Québec et de la CDPQ pourraient soutenir les entreprises du camionnage risquant de perdre des volumes de transport, à la fois en raison des tarifs américains et des conte-tarifs canadiens, le porte-parole Jean-Pierre D’Auteuil est demeuré prudent.

« Les détails sur les programmes d’aide qui pourraient être déployés pour soutenir les entreprises affectées par l’imposition éventuelle de tarifs douaniers par les États-Unis seront dévoilés en fonction de l’évolution du dossier », a répondu le responsable des relations médias du MEIE.

« Il n’y a rien de concret en ce moment sur la table », estime pour sa part le PDG de l’ACQ, selon qui on en est encore au stade des ultimatums entre politiciens.

Le gouvernement Legault a appelé les entreprises à diversifier leurs marchés et à rehausser leur productivité. Pour l’industrie du transport, une meilleure productivité pourrait passer par des ajouts aérodynamiques aux camions ou l’adoption de carburants alternatifs, qui permettent de réduire les coûts ainsi que les émissions de GES.

À cet égard, le programme Écocamionnage du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD), dont la mouture 2025-2028 doit être présentée au cours des prochaines semaines, pourrait être une option.

« C’est par l’entremise du Programme Écocamionnage que le Ministère soutient l’industrie du camionnage dans ses activités », nous dit dans un premier temps la porte-parole Sarah Bensadoun.

Elle précise par ailleurs qu’Écocamionnage comporte un volet « Projets de logistique », aidant les entreprises de camionnage à améliorer leur productivité en faisant l’acquisition, à titre d’exemple, de logiciels avancés de préparation d’itinéraires afin de limiter le kilométrage inutile et les voyages à vide.

« D’autres technologies permettant l’optimisation des opérations sont aussi admissibles dans le cadre de ce volet », ajoute Mme Bensadoun.

Faciliter le transport interprovincial

Pour Marc Cadieux de l’ACQ, il est impératif d’assouplir les barrières qui limitent les mouvements de camionnage d’une province à l’autre au Canada.

Parce que si le président américain Donald Trump va de l’avant avec des tarifs punitifs sur les exportations canadiennes, l’industrie pourrait perdre d’importants volumes de transport transfrontalier, au profit du secteur maritime si les exportateurs décident de choisir l’Europe ou l’Asie comme destination de leur production.

« Au lieu d’aller la porter à Detroit ou ailleurs aux États-Unis, on va aller la porter au port. Ce ne sont pas les mêmes revenus », analyse M. Cadieux.

Pourtant, ajoute-t-il, des solutions au développement du camionnage interprovincial existent et font déjà depuis un bon moment l’objet de discussions autour de tables comme celle du Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM).

Selon Marc Cadieux, il y a trop de règles différentes d’une province à l’autre en ce qui a trait à la circulation des grands trains routiers, à la mobilité de la main-d’œuvre ou encore aux restrictions de charges pendant la période de dégel.

« Je ne sens pas que l’industrie est consultée de façon adéquate », déclare le porte-parole de l’ACQ.

« Si on avait moins de permis spéciaux à gérer, si on avait moins de restrictions sur certains équipements entre les provinces, on pourrait certainement améliorer notre productivité, améliorer nos coûts d’opération », ajoute-t-il.

Différents degrés d’exposition

Selon M. Cadieux, il importe cependant de rappeler que les transporteurs ne seront pas tous affectés de la même manière par d’éventuels tarifs sur les exportations et les importations en provenance des États-Unis.

Certains sont très présents aux États-Unis et y réalisent jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires, d’autres n’y vont qu’occasionnellement et d’autres encore pas du tout. Bref, dit-il, cela dépend de la manière dont chaque entreprise a bâti son modèle d’affaires.

Dans tous les cas cependant, le flou actuel nourrit l’inquiétude.

Le PDG de l’ACQ dit recevoir de multiples appels de transporteurs inquiets qui posent plus ou moins les mêmes questions que nous et font part de leurs préoccupations face à un avenir incertain.

« L’insécurité fait que plusieurs industries vont avoir moins d’appétit pour investir, ne connaissant pas l’avenir », conclut Marc Cadieux.


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