Tempête logistique parfaite : avis de grève au port de Montréal, tous les ports de la côte Est américaine en grève mardi
Le syndicat des débardeurs du port de Montréal a déposé ce matin un préavis de grève de 72 heures pour une grève de trois jours, lequel sera en vigueur du lundi 30 septembre à 7h00, au jeudi 3 octobre, à 6h59. La grève vise seulement les deux terminaux de la compagnie Termont Montréal.
« Le syndicat vise les terminaux de Termont Montréal, car il est un opérateur délinquant qui ne respecte pas le contrat de travail dûment négocié et agit de façon cavalière avec les travailleuses et travailleurs à son service », a déclaré en conférence de presse Michel Murray, conseiller au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Il laisse cependant entrevoir une possibilité que la situation se règle à la table de négociations avant l’échéance de lundi matin.
« Cette grève peut être évitée si l’employeur respecte sa propre parole. L’employeur a déclaré sous serment qu’ils n’utiliseraient qu’à 1 % du temps des dispositions qui obligent les débardeurs à travailler sur des horaires différents de ceux habituels. S’il met cela sur papier, la grève sera évitée », s’engage M. Murray.
Pas de plan B aux États-Unis
La situation se complique parce que la chaîne logistique du grand Montréal n’a pas vraiment de « plan B » puisque les autorités portuaires de la côte Est américaine, incluant le port de New York-New Jersey, seront également aux prises avec une grève de leurs débardeurs dès mardi le 1er octobre.
Le réseau CNN estime que la situation pourrait devenir « la grève la plus perturbatrice de l’économie américaine depuis des décennies ».
Ces conflits de travail aux ports américains étaient sur le radar depuis des semaines et l’industrie du camionnage en a profité, estime la firme spécialisée ACT Research, qui indique que la bonne tenue du marché du transport par camion au deuxième trimestre de 2024 s’explique en partie par le fait que les entreprises, voyant venir la grève portuaire, ont fait le plein de leurs inventaires avant que la vague frappe la chaîne logistique.
Dans un échange de courriels avec Transport Routier, la porte-parole du syndicat des débardeurs du port de Montréal, Lisa Djevahirdjian, affirme que les conflits portuaires chez nous et aux États-Unis ne sont pas liés, ni coordonnés. Le fait que de nombreux ports du nord-est de l’Amérique du Nord voient leurs activités perturbées – ou carrément mises à l’arrêt – en même temps qu’à Montréal serait donc le fruit du hasard.
La loi fédérale anti-briseurs de grève interdisant aux entreprises sous réglementation fédérale de faire appel à des travailleurs de remplacement, bien que votée, n’est pas encore en vigueur. Mme Djevahirdjian ne croit pas pour autant que des « scabs » viendront prendre la place des grévistes à Montréal.
« C’est moins évident de le faire dans un grand port comme à Montréal », dit-elle. « C’est plus troublant dans des plus petits ports comme celui de Québec où les débardeurs sont en lock-out depuis deux ans parce que le port utilise des travailleurs de remplacement. »
L’ACQ et d’autres organisations d’affaires sonnent l’alarme
À l’Association du camionnage du Québec (ACQ), le président-directeur général Marc Cadieux appréhende la possibilité de grève au port de Montréal, notamment en raison de possibles embouteillages de produits saisonniers à l’approche de l’hiver et des Fêtes.
« C’est un autre stress que la chaîne logistique subit. L’appréhension de ça inquiète beaucoup l’industrie. On a eu le rail qui a causé certains soubresauts dans la chaîne. On dit qu’une journée, c’est souvent deux ou trois jours en rattrapage », souligne-t-il.
Là où le PDG de l’ACQ est d’accord avec les syndiqués, c’est à l’effet que le gouvernement du Canada doive se tenir à l’écart du dossier, du moins pour le moment.
« Je pense que le gouvernement est vraiment le dernier maillon à s’impliquer. Il faut vraiment que les parties trouvent les moyens de se parler et de trouver des solutions », nous dit M. Cadieux.
La possibilité que le port de New York-New Jersey soit en grève en même temps que celui de Montréal est un irritant certain, estime-t-il.
« C’est sûr que ce n’est pas une bonne nouvelle de voir que ces deux ports-là, qui sont géographiquement quasiment voisins, sont dans le même scénario », analyse le porte-parole de l’ACQ, précisant que, en cas de grève locale, se tourner vers les ports de la région de New York est souvent le premier réflexe de l’industrie logistique, puisqu’ils se trouvent « à des distances quand même acceptables pour le transport routier de marchandise. »
Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) exhorte de son côté les parties de parvenir à une entente rapidement.
« L’histoire se répète avec les débardeurs du Port de Montréal, au risque de tenir en otage nos entreprises manufacturières, qui payent les frais de ce conflit et dont les produits sont souvent essentiels. Pour demeurer compétitifs, les manufacturiers ont besoin de prévisibilité et non d’une menace perpétuelle d’une paralysie du Port de Montréal », déclare Véronique Proulx, présidente-directrice générale de MEQ.
La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) jette le blâme sur les organisations de travailleurs.
« Les nombreuses grèves portuaires de ces dernières années ont perturbé la chaîne d’approvisionnement, retardé les livraisons, ralenti la production et impacté la santé financière des PME. Il est tout simplement irresponsable de la part des syndicats de déclencher encore une fois une grève », déclare Jasmin Guénette, vice-président des Affaires nationales à la FCEI, demandant par ailleurs que le gouvernement fédéral considère les activités portuaires comme des services essentiels.
À la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), l’inquiétude est palpable.
« Pour l’instant, la FCCQ demande au syndicat des débardeurs de suspendre le plus rapidement possible sa menace de grève et retourner à la table de négociation, afin d’obtenir une entente équitable et viable, permettant surtout de redonner confiance en notre chaîne d’approvisionnement », affirme Alexandre Gagnon, vice-président, Travail et Capital humain à la FCCQ.
La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), elle, n’hésite pas à parler de « chantage ».
« Cette menace survient alors que plusieurs autres ports de la côte Est pourraient aussi tomber en grève prochainement, ce qui entraînerait un déséquilibre complet des chaînes d’approvisionnement pour nos entreprises », dit la CCMM par voie de communiqué.
« Il faut reconnaitre les chaines logistiques pour ce qu’elles sont : des services essentiels au bon fonctionnement et à la santé de la société canadienne », martèle Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.
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