Une étude de McKinsey & Company examine l’impact des tarifs douaniers sur les fabricants de camions

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Les fabricants de camions commerciaux en Amérique du Nord seront confrontés à un environnement tarifaire incertain à court terme, mais ils pourront bénéficier de l’augmentation des ventes de pièces détachées et des services au fur et à mesure que les flottes prolongeront la durée de vie de leur matériel roulant.

Et la forte demande sous-jacente des consommateurs obligera les flottes à commencer à remplacer leurs camions existants… un jour ou l’autre.

C’est ce qu’a constaté Umesh Goel, associé chez McKinsey & Company, co-dirigeant mondial des camions commerciaux, des véhicules hors route et des véhicules spécialisés, qui s’est entretenu avec notre publication sœur trucknews.com après avoir étudié l’impact des tarifs douaniers sur l’industrie des véhicules commerciaux.

En conclusion, selon M. Goel, les fabricants verront la demande de nouveaux camions revenir progressivement à mesure que les entreprises de transport se soumettront à l’incertitude et à l’augmentation des coûts d’entretien et commenceront à remplacer leur flotte existante.

«Je décrirais la période actuelle comme une période d’incertitude», a déclaré M. Goel lors d’un entretien avec trucknews.com. «Cette période d’incertitude est liée à deux aspects différents : la réglementation et les tarifs.»

M. Goel fait référence à la phase 3 de la réglementation sur les gaz à effet de serre ou à la réglementation EPA27 sur les oxydes d’azote, qui devraient augmenter considérablement le prix d’un camion de classe 8, entraînant un préachat en 2025 et 2026, les flottes ayant décidé d’investir dans du matériel roulant afin d’anticiper cette augmentation de prix.

L’administration américaine de Trump a suspendu cette réglementation, mettant fin à tout espoir de préachat.

«De nombreux défis se posent du côté de la réglementation, ce qui rend la situation incertaine», a expliqué M. Goel. «Les propriétaires de flottes ne savent donc pas s’ils doivent acheter tout de suite ou attendre. Et dans ces situations, les gens s’en tiennent au statu quo.»

Ce sentiment a considérablement pesé sur les nouvelles commandes de camions, ce qui a amené les fabricants à réduire la production de camions et à revoir leurs prévisions à la baisse.

À cela s’ajoute l’incertitude provoquée par les tarifs douaniers américains sur l’acier, l’aluminium et certains composants.

«Personne ne sait quel est l’impact réel des tarifs douaniers sur un modèle particulier, dans une zone géographique particulière ou pour un segment particulier», a indiqué M. Goel, «car les tarifs n’ont pas encore été fixés. Cette situation est également très incertaine. Donc, dans cette incertitude, les gens adoptent essentiellement la position suivante : faisons une pause et réfléchissons-y».

Les premières prévisions d’un marché nord-américain de la classe 8 robuste cette année, soit 340 000 unités, ont depuis été ramenées à environ 270 000, selon S&P Global.

La réduction de 15 à 20 % des prévisions de marché pour la classe 8 observée par McKinsey reflète une dynamique géopolitique plus volatile que jamais, a reconnu M. Goel. Et il pourrait en être ainsi dans un avenir proche.

«Nous pensons que c’est en quelque sorte le modèle opérationnel dans lequel il faut vivre», a affirmé M. Goel. «Bien sûr, il s’agit d’une histoire de verre à moitié plein et de verre à moitié vide. Si l’on regarde le verre à moitié plein, on constate que la demande des consommateurs est là. La demande des consommateurs est solide, ce qui constitue la base de l’industrie.»

Et comme les flottes parcourent de plus en plus de kilomètres avec leur matériel roulant existant, elles devront augmenter leurs dépenses d’entretien, de réparation et de révision, «ce qui signifie que les fabricants et leurs concessionnaires doivent être à la hauteur de leur temps de fonctionnement et de l’expérience client afin de s’engager avec le client là où il doit l’être», a-t-il ajouté.

Les fabricants devront s’adapter, a souligné M. Goel, et «innover dans leur cahier des charges». Ils devront également se positionner de manière à tirer parti d’une reprise qui pourrait survenir assez rapidement.

Il y aura également des gagnants et des perdants parmi les constructeurs de camions en ce qui concerne les tarifs douaniers, et il reste à voir comment cela se passera.

«Les tarifs douaniers n’ont certainement pas le même impact sur tous les fabricants», a fait part M. Goel à trucknews.com. «Parfois, c’est contre-intuitif. Ce n’est pas parce que vous produisez aux États-Unis et que quelqu’un d’autre produit au Mexique que vous êtes plus privilégié. Il faut procéder à une analyse composant par composant, modèle par modèle, pour voir où l’on aboutit.»

(Photo : James Menzies)

Selon lui, les fabricants chercheront à optimiser leur base d’approvisionnement, voire à changer de fournisseurs, afin de minimiser l’impact des tarifs.

«Tous les fabricants essaient de minimiser les implications tarifaires», a-t-il déclaré. «Mais la réponse courte à votre question est que cela n’a pas le même effet sur chaque fabricant, et même au sein de celui-ci, sur chaque modèle. Cela varie beaucoup d’un modèle à l’autre et je suis certain que tous les fabricants essaient d’en atténuer l’impact autant que possible.»

Malheureusement, les acheteurs potentiels devront probablement attendre un peu plus longtemps pour découvrir à quel point les tarifs douaniers américains augmenteront le coût d’un nouveau camion.

«Il n’est pas facile de faire des projections à ce stade», a affirmé M. Goel. «Tout d’abord, les taux tarifaires sont toujours en évolution et le calendrier n’est pas clair. Je pense que le seul moment où l’on peut vraiment savoir quel est le coût tarifaire d’un nouveau camion particulier, c’est lorsque le camion sort de la chaîne de production.»


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